L’effet des grandes technologies sur le journalisme au cœur des préoccupations du Conseil des médias

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A group of people with fists in the air.
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L’effet des grandes technologies, la baisse des revenus et la multiplication des suppressions d’emplois dans le secteur des médias, les questions raciales et le harcèlement des journalistes ont fait partie des principaux sujets de discussion du Conseil des médias d’Unifor de cette année, qui s’est tenu du 22 au 24 septembre à Halifax.

La présidente nationale d’Unifor, Lana Payne, s’est adressée par Zoom à la centaine de déléguées et de délégués et a admis que les travailleuses et travailleurs des médias avaient eu leur part de difficultés au cours des dernières années, y compris en 2023.

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A woman at the podium speaks into a mic while a screen shows a woman on a Zoom call to a room full of people.

« Les conditions de travail ont été très dures. Et nous savons qu’en dépit de nombreuses victoires - dans le cadre des négociations, du recrutement et de la législation - des défis de taille nous attendent », a-t-elle ajouté.

Parmi eux, la haine et le harcèlement auxquels les journalistes sont confrontés au quotidien sur leur lieu de travail ou en ligne, souvent sous la forme de propos vitrioliques anonymes émanant de l’extrême droite. Les professionnels des médias continuent de se faire traiter de « fausses nouvelles » alors qu’en réalité, ils défendent la démocratie et fournissent aux communautés un journalisme ancré dans les faits.

Les licenciements dans le secteur des médias continuent d’être une préoccupation majeure pour les membres d’Unifor, a-t-elle affirmé. Depuis le début de l'année, quelque 368 membres d’Unifor travaillant dans les médias ont perdu leur emploi.

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A woman with a blue shirt and glasses on a Zoom call projected on to a screen.

« Tous ces licenciements [depuis le début de l’année] ont été catastrophiques pour nos membres et pour l’état de l’information locale dans ce pays, a expliqué Mme Payne. Je ne cesse de répéter que les Canadiens doivent commencer à prêter attention, car un jour viendra où il n’y aura plus de nouvelles locales. »

Unifor va maintenir son plaidoyer pour des lieux de travail plus sûrs pour les travailleuses et travailleurs des médias, prévenir les pertes d’emploi dues à l’intelligence artificielle (IA) en sécurisant le travail par le biais de la négociation collective, a déclaré Mme Payne. Le syndicat poursuivra également son combat en faveur d’une législation visant à obliger les grandes entreprises technologiques à payer.

« Ne sous-estimez pas vos victoires, a-t-elle ajouté. La bataille contre les grandes entreprises technologiques n’est pas pour les âmes sensibles. La lutte pour la législation, même si elle n’est pas parfaite, est toujours une grande victoire. »

Le premier jour du Conseil, Howard Law, représentant national d’Unifor à la retraite, est monté sur scène pour parler des effets des géants de la technologie sur les médias d’information canadiens.

Plus précisément, le groupe de pression américain Computers and Communications Industry Association (CCIA), qui représente Amazon, Apple, eBay, Twitter, Uber et Yahoo, entre autres, dit au Congrès américain que le projet de loi C-11 est discriminatoire à l’égard des entreprises américaines en fixant les conditions d’une contribution équitable des diffuseurs américains au contenu canadien. 

La CCIA affirme également que le projet de loi C-18 : la Loi sur les nouvelles en ligne, discrimine les entreprises américaines en exigeant une compensation pour le contenu des nouvelles malgré le fait que les mêmes conditions s’appliqueraient à toute version canadienne de Google et Facebook s’il y en avait une.

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A man speaks in a Zoom meeting.

 « Personne ne semble clamer assez fort que le problème est que Facebook, et Google d’ailleurs, ont créé un marché pour la distribution de nouvelles par le biais des médias sociaux et de la recherche, a déclaré M. Law, et qu’après avoir établi leurs monopoles sur ces marchés, ils utilisent ce pouvoir de marché contre les Canadiennes et Canadiens afin de saboter le projet de loi C-18 en bloquant les nouvelles canadiennes ».”

Le différend canado-américain sur les magazines à tirage dédoublé en 1999 peut aujourd’hui servir de mise en garde, a-t-il ajouté, lorsque Sports Illustrated a trouvé le moyen de contourner le code tarifaire canadien qui interdisait aux entreprises d’importer physiquement des magazines à tirage dédoublé dans le pays en transmettant la publication aux imprimeurs au Canada par satellite.

« Le Canada a cédé avant que les sanctions n’entrent en vigueur, a expliqué M. Law. Une entente finale sur les magazines à tirage dédoublé a permis à Sports Illustrated et à ses émules de publier des éditions dites canadiennes avec des tarifs publicitaires peu élevés, à condition qu’elles présentent un contenu canadien plus généreux ».

Il pourrait en être de même lorsque le CRTC appliquera les règles du projet de loi C-11sur le contenu canadien à Netflix et Disney et Apple et Amazon et YouTube, a précisé M. Law, alors qu’Hollywood cherche à diluer les règles sur le contenu canadien.

« La leçon tirée du différend sur les magazines à tirage dédoublé est la suivante : c’est le gorille de 900 livres qui obtient la banane », a-t-il souligné.

« Dans cette industrie, la Californie a toujours intimidé les médias canadiens, et elle le fera toujours. Il faut se tenir debout et rester unis. C’est ce qu’a toujours fait notre syndicat et c’est ce qui me rend le plus fier. »”

Julie Kotsis, présidente du Conseil des médias d’Unifor, a rappelé que le Conseil des médias est un lieu où les travailleuses et travailleurs des médias se réunissent et élaborent des stratégies afin de lutter contre les menaces qui pèsent sur les médias canadiens. Les travailleuses et travailleurs noirs, autochtones et de couleur du secteur de l’information sont, de manière disproportionnée, les cibles de ces abus.

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A man and woman pose together at a podium.

« Ces menaces exercent un effet dissuasif sur les professionnels des médias, qui hésitent parfois à couvrir des événements ou des sujets qui tendent à déclencher ces attaques. Et cela nuit à la démocratie. Les nouvelles locales sont essentielles », a-t-elle déclaré.

« Le combat est difficile, mais nous sommes déterminés à continuer à nous battre pour nos membres et pour l’avenir du journalisme au Canada ».

Randy Kitt, directeur des médias d’Unifor, a parlé des luttes actuelles dans le secteur des médias, notamment le harcèlement contre les journalistes, les projets de loi C-18 et C-11, mais aussi le faible taux d’inscription dans les programmes de journalisme post-secondaires, le travail précaire des pigistes et l’intelligence artificielle.

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Two people posing at a table.

Le message semblait artificiel et comportait des lacunes importantes, mais il était tout de même « assez efficace », a-t-il indiqué. « Voilà pourquoi il nous faut faire preuve de vigilance afin de nous protéger et empêcher l’IA de s’emparer de notre travail. »

Un groupe de réflexion sur les Noirs dans le journalisme a suscité de profondes discussions sur la représentation, les stéréotypes communautaires et la manière de recruter et de retenir les travailleuses et travailleurs noirs et de couleur dans les médias.

Amber Fryday, journaliste à Global News, a déclaré qu’elle était la seule journaliste de couleur lorsqu’elle a commencé sa carrière.

« Je suis ambiguë sur le plan racial, a-t-elle déclaré. J’ai entendu de nombreux commentaires dans la salle de rédaction, certaines personnes ignorant que je suis noire...qui disaient; n’allez pas là-bas avec votre voiture, vous allez vous faire tirer dessus. L’incompréhension des communautés est considérable. »

Valentine Nkengbeza, journaliste à CTV Atlantic, a dit que les guerres comme celle du Cameroun, en Afrique, peuvent être ignorées à cause des préjugés raciaux.

« Des millions de personnes ont été déplacées, des centaines ont été tuées », explique-t-elle.

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Two men sitting at a panel table.

« Mais ces faits n’ont pas été couverts avec la même ampleur que les autres. Et ce, parce que vous n’êtes pas à cette table quand ces décisions [éditoriales] sont prises. Si vous n’êtes pas à la table, vous êtes probablement sur le menu. »

La poète et journaliste El Jones a animé une conférence au cours de laquelle elle a décortiqué les raisons pour lesquellesle racisme systémique a donné lieu à des injustices dans la couverture des communautés noires. Selon elle, les médias ont tendance à protéger les Blancs, notamment en floutant leur visage sur les photos, alors que les reportages sur les communautés noires sont souvent accompagnés d’une photo de la police, contribuant ainsi à la condamnation d’hommes noirs.

« Nous devons prendre conscience [...] des conséquences, a-t-elle déclaré. On ne valide jamais les expériences des Noirs. Interrogez-vous : Cette description est-elle pertinente et quel effet fera-t-elle? »

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A woman speaks at a podium.

Lisa Taylor a pris la parole au nom de l’Étude canadienne des mondes du journalisme, un projet de recherche comparative internationale qui évalue l’état du journalisme dans le monde. Selon elle, lorsque l’on compare les journalistes canadiens à leurs homologues internationaux, il semble que leurs reportages soient plus neutres.

« Nos journalistes font preuve d’un sens plus aigu de la nécessité d’être des observateurs impartiaux - de dire très franchement les choses telles qu’elles sont, a-t-elle indiqué.

Les journalistes canadiens estiment résolument qu’il n'est pas de leur ressort de promouvoir la politique d’un gouvernement. Pourtant, même si l’on compare les journalistes canadiens à ceux des États-Unis et d’autres démocraties occidentales, les nôtres se concentrent davantage sur ce rôle ».

Les déléguées et délégués d’Unifor ont également rendu hommage à Sandy Carroll, qui a pris sa retraite de la section locale 723M après plus de 35 ans de service, mais qui continue à être actif au sein du syndicat. Il a été l’un des organisateurs fondateurs du Conseil des médias en 1993 au SCEP, qui est devenu un modèle pour les conseils de l’industrie.

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A man wearing a blue shirt holds up a glass award.

« Cette expérience a été très enrichissante et c’est ce que j’ai fait de plus beau et de plus grand, a déclaré M. Carroll. Le plus important, ce sont les gens. »

Le conseil a élu trois nouveaux syndics : Colin Freeze, Sarah Ryan et Brian Gibson.

Kotsis, Kitt, Marc Hollin, chercheur à Unifor, et Perry Frigault de la NABET 700-M d’Unifor ont partagé avec le groupe la Politique sur les médias mise à jour par le syndicat;.

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Three people pose outdoors.

Le dernier jour du conseil, Megan Kinch, qui gère les médias sociaux pour le Plan Action Médias, a abordé la façon dont ceux-ci recoupent et influencent le harcèlement constant dont font l’objet les journalistes. Elle a également abordé les questions relatives aux projets de loi C-11 et C-18.

Alors que le public établit des liens et investit dans ces liens sur les plateformes de médias sociaux, les entreprises qui les possèdent, telles que Meta et Google, ne se préoccupent guère des liens sociaux eux-mêmes et du travail nécessaire pour les maintenir, a déclaré Mme Kinch.

« La situation ne fait qu’empirer [sur ces plates-formes], a-t-elle affirmé. Les communications et les médias en pâtissent ».

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A woman speaks at a podium

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