Alors que la pandémie fait rage, il est temps de réformer l'assurance-emploi pour de bon

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Angelo DiCaro, Directeur, Service de recherche

L'année dernière, les travailleuses et travailleurs ont connu un chômage d'une ampleur jamais connue auparavant au Canada. Lors du pic de la première vague en juin 2020, quelque 2,7 millions de travailleuses et travailleurs au pays étaient sans emploi. L'ampleur de ces pertes a effectivement paralysé le système d'assurance-emploi, nécessitant d'autres moyens de soutien du revenu par le biais de la Prestation canadienne d'urgence (PCU). Depuis, Carla Qualtrough, ministre de l'Emploi, du Développement de la main-d'œuvre et de l'Inclusion des personnes handicapées, a annoncé des changements temporaires aux règles d'admissibilité à l'assurance-emploi, des versements de prestations et d'autres mesures visant à soutenir les travailleuses et travailleurs admissibles lorsque les demandes de PCU expirent.

Unifor applaudit les changements qui sont entrés en vigueur en septembre. En vertu des nouvelles règles, il n'y a pas de période d'attente, moins d'heures de travail pour être admissible et un nouveau plancher de prestations minimales, entre autres changements, y compris une nouvelle prestation de la relance pour les personnes non admissibles à l'AE. Unifor a documenté ces changements et d'autres encore dans sa fiche d'information « Que se passe-t-il après la PCU? », disponible en ligne.

Comme prévu, ces changements temporaires ont stimulé l'accessibilité à l'assurance-emploi au Canada. Deux mois de données le prouvent maintenant. En fait, en novembre dernier, la proportion de chômeurs recevant des prestations régulières d'assurance-emploi (appelée « ratio prestataires/chômeurs », ou ratio P/C) était de 75 % (voir tableau).

Cela signifie que les prestations d'assurance-emploi couvraient les trois quarts des chômeurs au Canada – une statistique remarquable, si l'on considère que la couverture mensuelle n'était que de 40 % en moyenne avant la COVID (pour en savoir plus sur les différentes mesures de l'assurance-emploi, lisez le travail de Ricardo Tranjan’s pour le Centre canadien de politiques alternatives).

Ces modifications temporaires de l'AE comportent également une importante dimension d'équité.

Les femmes, par exemple, sont celles qui en ont le plus bénéficié. Selon les données, 80 % des femmes au chômage ont eu accès aux prestations régulières en novembre, soit plus du double du taux d'accès mensuel moyen (36 %) depuis 2008. 

L'assouplissement significatif des conditions d'admission (c'est-à-dire le versement de prestations aux travailleuses et travailleurs après avoir atteint 120 heures de travail assurables au lieu de 700 normalement) rend l'AE plus accessible aux personnes qui occupent des emplois précaires et qui sont confrontées à des horaires de travail irréguliers et indéfinis – des emplois qui surreprésentent les femmes et les travailleuses et travailleurs de couleur. 

En augmentant le nombre de travailleuses et travailleurs admissibles, le régime d'assurance-emploi fait maintenant ce qu'il est censé faire : offrir une sécurité du revenu et une stabilité financière au plus grand nombre possible de chômeurs.

Lorsque le Premier ministre a émis une série de lettres de mandat supplémentaires aux ministres en janvier, il a demandé à la ministre Qualtrough d'élaborer un plan de modernisation de l'assurance-emploi pour améliorer l'accès, y compris pour les personnes qui occupent des emplois précaires. Ces mesures d'urgence constituent un test décisif pour une réforme plus large.

Il est inimaginable de penser comment le régime d'AE existant aurait pu aider les travailleuses et travailleurs à traverser cette pandémie, alors qu'il prive effectivement plus de la moitié des chômeurs (et près des trois quarts des travailleuses et travailleurs à bas salaire) de la moindre aide au revenu.  

La PCU n'a pas seulement été une bouée de sauvetage pour les travailleuses et travailleurs touchés par la crise, elle a également été un signal d'alarme pour les concepteurs du régime d'AE. Des décennies de réformes déstabilisatrices de l'AE ont mis le Canada sur la mauvaise voie. Comme le montrent les données, les mesures temporaires offrent une voie vers une correction permanente de la politique.

La pandémie faisant toujours rage, il n'y a pas de meilleur moment pour corriger l'assurance-emploi, une fois pour toutes.