Un revenu universel de base : trop beau pour être vrai?

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Le mois dernier, il a été rapporté que le caucus libéral considérait l’établissement d’un revenu de base garanti comme la priorité politique absolue à débattre et à voter lors du prochain congrès national du parti en novembre. Ce qui n'est guère surprenant. La pandémie de la COVID-19 et les pertes d'emploi catastrophiques qui en ont résulté ont intensifié les appels au renforcement du filet de sécurité sociale et des programmes de sécurité du revenu du Canada qui se sont avérés inadéquats en temps de crise économique. L'adoption par le gouvernement fédéral de la Prestation canadienne d'urgence (PCU) a renouvelé les appels de nombreux défenseurs du Canada en faveur de la mise en place d'un revenu universel de base universel (RUB) (ou d'un régime similaire de revenu annuel garanti). Bien qu'il ne s'agisse pas d'une idée politique nouvelle, la question de savoir si de tels programmes peuvent protéger adéquatement les personnes en période de difficultés économiques ou s'ils peuvent constituer un outil efficace d'élimination de la pauvreté a été intensément débattue par les partisans et les adversaires de cette idée au sein du spectre politique.  

Raisons de faire preuve de prudence

Pour de nombreux conservateurs des finances, l'idée d'un RUB est attrayante pour la simple raison qu'il permettrait de réaliser des économies et des gains d'efficacité plus importants que le financement et l'administration de multiples programmes de sécurité du revenu qui se chevauchent, comme l'aide sociale ou l'assurance-emploi. Cependant, cela crée une ouverture pour justifier de futures réductions (ou l'élimination complète) des programmes existants sur lesquels beaucoup de gens comptent. En outre, une subvention forfaitaire au revenu ne tient pas compte des questions d'équité et du fait que certaines personnes ont besoin de soutiens et de ressources adaptés, par exemple les personnes ayant une incapacité, les personnes souffrant de problèmes de santé mentale ou de toxicomanie.

L'introduction d'un programme de revenu minimum garanti ne contribuerait guère à s'attaquer aux causes profondes de la pauvreté et des inégalités. Notre système économique actuel engendre des inégalités en canalisant les richesses extrêmes vers un petit groupe de personnes. Un indice de richesse non accompagné d'une transformation radicale des conditions économiques structurelles qui favorise une concentration insoutenable des richesses ne fait que fournir aux gens le strict minimum pour survivre. Même si le revenu minimum vital était fixé à un niveau juste au-dessus d'un seuil de pauvreté convenu, cela ne se traduirait pas par des conditions de vie plus abordables pour les travailleuses et travailleurs. Par exemple, plusieurs personnes continueraient à consacrer plus de la moitié de leur revenu au logement ou à payer des frais de service de garde toujours plus élevés.

Les employeurs sont souvent favorables aux programmes de RUB car ils font essentiellement reposer sur le public la responsabilité de sortir les travailleuses et travailleurs de la pauvreté. En bonifiant par des fonds publics les bas salaires et les emplois précaires, il y a peu d'incitation à augmenter les salaires, à créer des emplois à temps plein et à améliorer les conditions de travail. Alors que les grandes multinationales continuent de réaliser d'énormes profits sur le dos des travailleuses et travailleurs précaires, on constate des décennies de stagnation des salaires, et les travailleuses et travailleurs doivent compter sur les régimes publics pour survivre. La grève actuelle menée par les travailleuses et travailleurs des épiceries Dominion à Terre-Neuve, représentés par Unifor, est un excellent exemple de la façon dont une entreprise très rentable (et cupide) réduit délibérément les salaires et élimine les emplois à temps plein, tandis que son PDG milliardaire fait des déclarations de relations publiques pour montrer à quel point il est favorable à un « salaire minimum progressiste » et à un « salaire de subsistance ».    

La priorité établie par les gouvernements pour s'assurer que les programmes de sécurité du revenu existants peuvent répondre adéquatement aux besoins des gens, ne rassure guère sur le fait qu'un RUB suffira à répondre aux besoins fondamentaux des gens. Avec des prestations d'aide sociale au niveau de la pauvreté (un parent seul avec un enfant en Ontario, par exemple, recevrait une prestation maximale de 1 122 $ par mois), un salaire minimum généralement inadéquat et un régime d'assurance-emploi qui laisse de nombreux travailleurs et travailleuses sans protection, il y a beaucoup de scepticisme quant à l'efficacité réelle d'un système de RUB (ou même quant à savoir qui pourrait y avoir accès). Même aujourd'hui, certains membres du gouvernement continuent de rejeter la simple notion de fournir aux travailleuses et travailleurs un salaire vital.  

Corriger ce que nous savons fonctionne

Les gens ont besoin d'une aide immédiate. Sans s'opposer aux mesures qui créeraient un revenu minimum vital, nous devons veiller à ne pas abandonner les politiques et programmes existants qui ont été délibérément démantelés au fil du temps et qui peuvent être facilement corrigés pour améliorer la qualité de vie des travailleuses et travailleurs et des familles. C'est pourquoi Unifor a élaboré une liste complète de recommandations politiques dans le cadre de sa campagne Rebâtir en mieux, qui, selon nous, permettra d'améliorer la sécurité du revenu et la résilience économique des personnes. Par exemple, pour une majorité de personnes au Canada, l'emploi est la principale source de revenu. C'est pourquoi des interventions politiques telles que l’établissement d'un salaire minimum plus élevé, des normes d'emploi strictes et une législation du travail (qui sont appliquées) et l'accès à la syndicalisation et aux négociations collectives doivent être mises sur la table. Combinées à d'autres politiques sociales clés, telles que des mesures de contrôle des loyers, la construction de logements abordables, l'enseignement postsecondaire public gratuit et le transport en commun, ainsi qu'un programme national de services de garde et un régime d'assurance-médicaments, nous pouvons favoriser de plus grandes possibilités de renforcer la qualité de vie des travailleuses et travailleurs, et d'aller au-delà de la simple survie et vers la dignité, les opportunités et la justice économique pour tous.