Pourquoi nous avons besoin d'une législation anti-briseurs de grève

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Rien ne me fait bouillir le sang comme de voir un travailleur franchir le piquet de grève d'un autre travailleur pour lui voler son emploi – et je l'ai vu bien trop souvent.

Dans la plupart des régions du pays et dans tous les secteurs sous réglementation fédérale, il n'y a pratiquement rien pour empêcher que cela se produise – et cette situation doit changer.

Heureusement, un projet de loi d'initiative parlementaire présenté jeudi à la Chambre des communes par le député néo-démocrate Scott Duvall (Hamilton Mountain) interdirait aux employeurs des secteurs sous réglementation fédérale d'engager des briseurs de grève pendant une grève ou un lock-out légal.

Tout politicien fédéral qui prétend défendre les travailleuses et travailleurs, être solidaire des syndicats et vouloir réellement obtenir de meilleures conditions pour les travailleuses et travailleurs et leurs familles, doit soutenir ce projet de loi d'initiative parlementaire et veiller à son adoption rapide.

Je vous regarde, Erin O'Toole.

Il ne suffit pas de parler de défendre les travailleuses et travailleurs. Vous devez vraiment faire quelque chose. Cette loi anti-briseurs de grève est importante, et elle doit être soutenue.

Franchement, c'est une évidence.

Le principe de la négociation collective est d'uniformiser les règles du jeu entre les travailleurs et les employeurs. Trop de pouvoir entre les mains de l'employeur, comme c'est souvent le cas, signifie que l'équilibre est rompu et qu'il est impossible de parvenir à une convention collective équitable.

Permettre aux employeurs d'embaucher des briseurs de grève, c'est rompre l'équilibre. La Cour suprême du Canada a déclaré que le droit de grève est un droit fondamental protégé par la constitution, mais ce droit n’existe plus lorsque l'employeur peut simplement faire appel à n'importe qui pour vous voler votre emploi.

En d'autres termes, l'embauche de briseurs de grève porte atteinte au droit de tous les travailleurs syndiqués de faire la grève face à un employeur intransigeant. Elle supprime toute incitation pour un employeur à négocier une fin équitable à toute grève ou lock-out.

En fait, les lois qui permettent aux employeurs d'engager des briseurs de grève créent une situation perverse où les employeurs peuvent choisir de mettre les travailleuses et travailleurs en lock-out lorsque les négociations contractuelles échouent, et les affamer tout en continuant à travailler avec des briseurs de grève. C’est injuste et franchement absurde. Mais c'est ainsi que les lois actuelles sont rédigées.

Les travailleuses et travailleurs chez DJ Composite à Gander ont vécu trois Noëls sur le piquet de grève après que leur employeur les ait mis en lock-out et ait engagé des briseurs de grève en 2016. Il y a un an, la raffinerie Co-op de Regina a mis ses employés en lock-out quelques jours avant Noël et a fait venir des briseurs de grève par hélicoptère plutôt que de négocier une entente équitable. Les briseurs de grève ont fait en sorte que le conflit dure des mois et ont semé la division dans la communauté.

Tout cela aurait pu être évité si leurs provinces avaient une législation anti-briseurs de grève comme celle qui est maintenant proposée au niveau fédéral. J'espère sincèrement que cette initiative sera suivie d'une législation similaire dans chaque province et territoire. À l'heure actuelle, seuls la Colombie-Britannique et le Québec interdisent les briseurs de grève.

Il y a deux ans, Unifor a barricadé une mine de sel à Goderich, dans l'Ontario, où depuis dix semaines, des briseurs de grève franchissaient le piquet de grève des membres d'Unifor en grève légale. J'ai personnellement fait traverser la barricade aux briseurs de grève et les ai fait sortir de la mine, pour ne plus jamais y revenir.

Nous avons conclu une entente en quelques jours. Sans les briseurs de grève, la compagnie a finalement pris les négociations au sérieux et nous sommes parvenus à une entente équitable pour les deux parties.

Alors que nous commençons à penser au jour où la pandémie sera terminée, les droits des travailleuses et travailleurs doivent être au premier plan. La COVID-19 a révélé les grandes inégalités qui existent dans notre société. Les communautés vulnérables et les travailleuses et travailleurs au bas de l'échelle salariale ont été durement touchés.

Des travailleuses et travailleurs sur lesquels nous comptons tous.

Pour remédier à ces inégalités, il faudra que les travailleuses et travailleurs et les employeurs soient sur un pied d'égalité. Cette législation en est un élément essentiel.