Le Canada doit s'opposer à toute réimposition de droits de douane injustes sur l'aluminium

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par Jerry Dias

L'American Primary Aluminum Association (APAA) a récemment demandé au gouvernement fédéral américain de réimposer des droits de douane pour motif de sécurité nationale sur certains produits en aluminium, en prétendant qu'une « forte hausse » des importations canadiennes met en danger l'avenir de l'industrie américaine.

Les nouvelles informations suggèrent maintenant que l'administration Trump va probablement accéder à la demande de l'APAA en réimposant des droits de douane de 10 % sur les exportations canadiennes d'aluminium, à moins que le gouvernement canadien n'accepte de restreindre ses volumes d'exportation par le biais de quotas. Selon certains rapports, ces droits de douane pourraient être annoncés dès le 1er juillet.

Nous devons être clairs sur un point : la soi-disant hausse de prix que l'APAA colporte est une fabrication totale. Cette tactique est conçue pour flatter la base électorale de M. Trump des mois avant l'élection présidentielle américaine en lui donnant le pouvoir nécessaire pour se vanter d'avoir forcé le Canada à faire des concessions commerciales.

Par exemple, les données de l'APAA montrant une soi-disant hausse des importations d'aluminium en provenance du Canada ont été visiblement triées sur le volet pour se concentrer sur une augmentation artificielle causée par la reprise des exportations canadiennes après le cycle de droits de douane de 2018-2019. En réalité, les exportations canadiennes d'aluminium vers les États-Unis n'ont pas encore retrouvé leurs niveaux antérieurs.

Ce que l'APAA néglige de mentionner dans sa lettre à l'ambassadeur américain au commerce Robert Lighthizer est que l'industrie américaine de l'aluminium n'a tout simplement pas la capacité de satisfaire la demande intérieure. De 1993 à 2017, le nombre de fonderies d'aluminium aux États-Unis est passé de 23 à seulement 5.

Privés d'aluminium domestique, les fabricants américains se tournent naturellement vers l'étranger pour s'assurer les approvisionnements nécessaires. L'administration américaine a fait en sorte que cela soit très facile, surtout lorsqu'il s'agit de fournisseurs non canadiens.

Les produits d'aluminium chinois subventionnés ont bénéficié d'exemptions tarifaires de plusieurs milliards de dollars, ce qui, en fin de compte, a fait baisser la demande d'aluminium primaire fabriqué au pays. L'administration américaine continue également à ignorer l'échec du Mexique à mettre en place un système robuste de surveillance des importations, qui a permis à un flot d'aluminium bon marché provenant de l'étranger de se faufiler par la porte de derrière, notamment de Russie.

Tout cela signifie que le véritable afflux d'aluminium aux États-Unis provient de sources non canadiennes. Alors que l'aluminium canadien satisfaisait près de 50 % de la demande d'aluminium des États-Unis en 2010, il est tombé à 43 % depuis. Entretemps, les sources non canadiennes ont plus que doublé au cours de cette période, et représentent maintenant près de 40 % de la consommation américaine d'aluminium (contre 18 % en 2010).

Même l’Association américaine de l'aluminium – représentant la société Alcoa, le groupe Rio Tinto et de nombreux fabricants de pièces en aluminium – a confirmé que les importations canadiennes sont pratiquement inchangées par rapport à 2017 et identifie la surcapacité chinoise comme le véritable problème. Malheureusement, les arguments fondés sur des faits ont tendance à tomber dans l'oreille d'un sourd avec cette administration américaine particulière.

En entendant tout cela, les Canadiens pourraient se demander quel est le problème. L'industrie canadienne de l'aluminium a survécu à une précédente série de droits de douane, alors pourquoi en serait-il autrement cette fois-ci?

Le fait est que la récente baisse des prix et de la demande – en partie causée par la pandémie de la COVID-19 – signifie qu'une deuxième série de droits de douane serait beaucoup plus coûteuse pour l'industrie canadienne de l'aluminium.

Alors que la hausse des prix de l'aluminium en 2018-2019 signifiait que le coût des droits de douane pouvait être partiellement répercuté sur les consommateurs d'aluminium primaire, les producteurs canadiens ont moins de marge de manœuvre pour absorber un coup de 10 % cette fois-ci. Selon toute vraisemblance, un nombre important de fonderies au Canada seront obligées de fermer leurs portes et des centaines, voire des milliers, de travailleuses et travailleurs canadiens seront contraints au chômage.

Ce n'est pas un scénario que nous pouvons nous permettre de risquer.

J’ai demandé au Premier ministre de rejeter toute concession qui verrait le Canada limiter ses exportations vers les États-Unis. En aucun cas, un groupe restreint d'initiés de l'industrie ne devrait être récompensé pour avoir déployé des tactiques d'intimidation et lancé une campagne de désinformation.

Le Canada n'a pas cédé sur les quotas lors des récentes négociations commerciales avec les États-Unis, et il n'y a aucune raison de céder à ces exigences maintenant.