La « remise à zéro » entraînerait d’importantes pertes d’emplois

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À l’heure actuelle, bon nombre d’habitants de la province sont familiers avec le rapport The Big Reset, le plan de « remise à zéro » proposé par l’équipe de relance économique du premier ministre qui vise à stimuler l’économie, à créer des emplois et à attirer les jeunes dans la province.

Si le gouvernement pense que le plan de l’équipe de relance économique permettra d’atteindre cet objectif, il se trompe lourdement et les travailleurs en payeront le prix.

À elles seules, les compressions budgétaires réduiront le nombre d’emplois disponibles dans l’économie de Terre-Neuve-et-Labrador d’un taux ahurissant de 4 %. Bien que ce chiffre puisse sembler faible à première vue, il signifie en réalité une perte massive d’emplois et la mise au chômage de quelque 9 000 personnes.

D’autres éléments du plan, notamment la sous-traitance, la réduction des salaires et des avantages sociaux, ainsi que la privatisation, réduiront la qualité de l’emploi pour des milliers d’autres personnes (sans parler de la réduction de la qualité des services dont dépendent quotidiennement les habitants de la province).

Il est terriblement frustrant de voir un tel plan mis de l’avant puisqu’il fait exactement le contraire de ce que les auteurs du rapport disent vouloir faire, soit créer des emplois et des occasions d’attirer des gens dans la province.

Statistique Canada estime que l’effet multiplicateur des dépenses gouvernementales à Terre-Neuve-et-Labrador est de 11 emplois par million de dollars dépensés en soins de santé publics, de 10 emplois par million de dollars dépensés en éducation, et de 7 emplois par million de dollars dépensés pour les autres services gouvernementaux.

Au total, cette « remise à zéro » recommande au gouvernement de réduire les dépenses de près de 900 millions de dollars par année d’ici 2026, soit 590 millions de dollars en santé, 100 millions de dollars en éducation et 200 millions de dollars pour les autres services.

En utilisant ces multiplicateurs, il est possible d’estimer le nombre d’emplois qui seront perdus en raison de ces coupes : 7 000 emplois dans la fonction publique et 2 000 autres dans le secteur privé qui fournit des biens et des services au gouvernement.

Les données de Statistique Canada montrent qu’il y avait 227 000 personnes employées à Terre-Neuve-et-Labrador en 2019 et 214 000 personnes employées dans la province en 2021.

Dans l’ensemble, cette suppression de 9 000 emplois représente une baisse de 4 % du nombre d’emplois disponibles dans la province et est bien loin du plan de création d’emplois que l’équipe de relance économique du premier ministre prétend avoir mis de l’avant.

Près des trois quarts des pertes d’emplois se produiraient dans le secteur des soins de santé, en grande partie dans les zones rurales où les possibilités d’emploi font déjà défaut et où les travailleurs de la santé sont déjà à bout de souffle. Ces dernières semaines, les médias ont publié une litanie d’articles sur la multitude de problèmes de notre système de santé, notamment en ce qui concerne les temps d’attente, les travailleurs de la santé épuisés et en sous-effectif, et les retards dans les rendez-vous et les chirurgies. Si vous avez de la difficulté à accéder à des services de soins de santé appropriés maintenant, imaginez simplement qu’il y ait 6 500 travailleurs de moins dans le système.

Les compressions budgétaires entraîneront la suppression de 800 emplois à l’Université Memorial de Terre-Neuve et de 200 emplois au Collège de l’Atlantique Nord.

 

L’équipe de relance économique ne fait pas vraiment ces calculs et ne fournit pas non plus de preuves que cette réduction des dépenses se traduira par une hausse du nombre d’emplois, une meilleure prestation de services ou une croissance économique. Il s’agit d’une énorme omission dans le rapport.

Une bien meilleure façon, fondée sur des données probantes, de stimuler l’économie et de créer des emplois dans la province serait d’investir dans les programmes et les services sur lesquels comptent chaque jour les habitants de Terre-Neuve-et-Labrador et de s’assurer que les emplois créés et maintenus sont suffisamment bien payés pour que les gens puissent se sortir de la misère, offrent des horaires équitables et fournissent des services de qualité aux patients et aux bénéficiaires.

Le gouvernement pourrait en fait se lancer dans un programme de création d’emplois qui ferait d’une pierre deux coups : fournir les services nécessaires et créer des emplois permettant de subvenir aux besoins des familles que certains habitants de la province espèrent obtenir.

Les politiques qui favorisent la justice et l’équité sur le marché du travail peuvent faire croître l’économie à partir de la base et faire en sorte que les avantages de la croissance économique profitent réellement à la population de la province.

À cette fin, le premier ministre Andrew Furey doit établir un salaire minimum de 15 $ l’heure qui est comparable à 60 % du salaire moyen des travailleurs à temps plein, élaborer des règlements sur l’établissement d’horaires équitables pour s’assurer qu’un plus grand nombre d’emplois à temps plein sont offerts dans les secteurs qui privent actuellement les travailleurs des heures qu’ils désirent, et assurer une transition juste pour les travailleurs, qu’ils soient déplacés par une nouvelle technologie, un virage vers une économie plus verte ou une restructuration économique en raison de la COVID-19.

L’économie de Terre-Neuve-et-Labrador aurait certainement besoin d’une remise à zéro, mais pas celle que réclame l’équipe de relance. Le premier ministre devrait plutôt se concentrer sur la réinitialisation des règles afin de créer une relance économique juste et inclusive pour tous.