« BIENVENUE DANS LA LUTTE » : Le Conseil canadien d’Unifor s’ouvre sur un appel en faveur de la protection des emplois au Canada

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A crowd in front of Parliment Hill in Ottawa behind a Protect Canadian Job banner and a sea of red Unifor flags
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Lana Payne a déclaré qu’Unifor ne va pas « abandonner ni céder » alors que la guerre tarifaire avec les États-Unis continue de s’intensifier.

Dans son allocution aux déléguées et délégués lors de cette première journée du Conseil canadien 2026 d’Unifor qui se déroule à Ottawa, la présidente nationale du syndicat a martelé que la solidarité est la réponse aux efforts déployés pour diviser les travailleuses et travailleurs.

Lana Payne speaks at a podium with Protect Canadian Jobs Unifor logo and red flags behind her.

« Notre syndicat lutte dans cette guerre commerciale depuis près de deux ans, et nous voyons enfin un renforcement de la détermination un peu partout. Je dis : “Bienvenue dans la lutte”. Nous sommes le syndicat qui va sauver le Canada en protégeant les emplois au pays. Oui, c’est ce que nous allons faire, a-t-elle affirmé. Tant qu’il me restera un souffle de vie, nous – notre syndicat – nous n’abandonnerons pas et nous ne céderons pas. »

Plus de 1 000 membres d’Unifor, de dirigeantes et dirigeants de section locale, de militantes et militants et d’invitées et invités se sont rassemblés au Centre Rogers, à Ottawa, pour le Conseil canadien, qui se déroulera du 28 au 30 août, renouvelant leur détermination à protéger les emplois canadiens dans le contexte de la guerre commerciale menée par les États-Unis.

À quelques pas seulement de la Colline du Parlement, Lana Payne a averti les déléguées et délégués que les décisions prises au cours des prochaines semaines allaient orienter l’économie du Canada pour des générations. En tant que membre du Comité consultatif du premier ministre Mark Carney sur les relations économiques canado-américaines, elle a salué la décision de l’équipe de négociation du Canada de se retirer d’un accord commercial comportant des tarifs douaniers et des concessions aux conséquences désastreuses. 

Mme Payne a exhorté les gouvernements à placer les travailleuses et travailleurs au cœur de la réponse du Canada aux tarifs douaniers américains et de protéger les usines, les usines de pâtes et papiers, les chaînes d’approvisionnement et la capacité industrielle qui soutiennent les collectivités du pays.

« La situation actuelle est beaucoup plus qu’une guerre commerciale. C’est une guerre contre les travailleuses et travailleurs. Regardez ce qui est attaqué, a-t-elle déclaré. Nous n’avons pas d’autre choix que de tracer une ligne dans le sable et de nous battre de toutes nos forces. Parce que c’est une chose de se voir imposer des tarifs douaniers punitifs, mais c’est autre chose de les accepter. Je n’ai jamais eu l’intention de lâcher prise à ce sujet. »

Elle a également prévenu Ottawa contre l’affaiblissement du droit de grève dans le cadre d’une révision du Code canadien du travail, soulignant que la coopération du syndicat avec le gouvernement fédéral sur les échanges commerciaux entre le Canada et les États-Unis n’empêcherait pas Unifor de s’y opposer en évoquant les droits des travailleuses et travailleurs.

Lana Payne a rappelé les luttes menées par le syndicat, dans les secteurs forestier, de l’automobile et des soins de santé, ainsi que dans les secteurs des médias, des transports en commun, des jeux et de l’énergie. Elle a mentionné les gains obtenus lors des négociations avec General Motors, les succès de la campagne de syndicalisation dans les entrepôts de Walmart et la lutte en cours pour une première convention collective à un centre de distribution d’Amazon.

« Nous sommes la contre-force, a-t-elle ajouté. Nous nous battons pour changer le monde. Pour bâtir le monde dans lequel nous voulons vivre, mais aussi pour les travailleuses et travailleurs qui viendront après nous. »

RASSEMBLEMENT POUR LA PROTECTION DES EMPLOIS AU CANADA

Peu de temps après le message de leur présidente, les membres d’Unifor ont été porter leur message directement au Parlement pendant un rassemblement organisé pour réclamer la protection des emplois canadiens.

Unifor leadership in black Unifor Protect Canadian Jobs t-shirts

Agitant des drapeaux rouges d’Unifor, les membres ont exhorté le gouvernement fédéral à défendre la main-d’œuvre et les industries du Canada contre les tarifs douaniers américains et l’incertitude économique.

Le directeur québécois d’Unifor, Daniel Cloutier, a rappelé à la foule de faire entendre leur voix collective parce que « c’est vous qui bâtissez ce pays », pendant que la présidente du Congrès du travail du Canada, Bea Bruske, affirmait que le mouvement syndical s’unit dans la lutte contre le président Donald Trump. 

« Nous disons aux hommes et aux femmes politiques que nous délimitons clairement nos limites. Ils ont été élus pour défendre les travailleuses et travailleurs canadiens et leurs emplois et c’est ce que nous attendons d’eux, a affirmé Lana Payne à la foule. Nous sommes ici pour leur rappeler qu’une promesse faite doit être une promesse respectée.  Et nous allons nous battre pour protéger les emplois canadiens aujourd’hui, demain et aussi longtemps qu’il le faudra. »

Le Conseil canadien a débuté vendredi matin par une cérémonie de reconnaissance territoriale et d’accueil autochtone dirigée par Donovan Gordon Tootoo, un professionnel de la danse au son du tambour, et des artistes du groupe Isaruit, un organisme inuit établi à Ottawa, qui a présenté une prestation de chant guttural traditionnel.

Les déléguées et délégués ont ensuite observé un moment de silence à la mémoire des membres d’Unifor qui sont décédés au cours de l’année écoulée.

AVENIR ÉCONOMIQUE DU QUÉBEC

Dans son discours, Daniel Cloutier a prévenu que la guerre commerciale avec les États-Unis menace les emplois manufacturiers, les collectivités et la souveraineté économique du Canada.

Il a réclamé d’accroître la production nationale, de renforcer les chaînes d’approvisionnement et la politique industrielle, arguant que les syndicats doivent orienter l’économie plutôt que de simplement réagir aux mises à pied et aux fermetures des lieux de travail. 

A man at a podium

« Nous devons maintenant cesser d’éteindre les feux et devenir architectes », a-t-il déclaré. Nous devons arrêter de courir d’un feu à l’autre. Nous devons commencer à établir des plans. Nous avons déjà bâti des industries de classe mondiale dans ce pays. Nous pouvons le faire encore. Mais nous devons premièrement décider de le faire. Et nous devons prendre cette décision ensemble. »

M. Cloutier a affirmé qu’Unifor maintiendra son engagement politique, et qu’il le fera pendant la prochaine élection provinciale au Québec.

« Être assis à la table, cela veut dire que l’on ne laisse plus les autres décider à notre place », a-t-il ajouté en terminant. 

SOUTIEN AUX TRAVAILLEUSES ET TRAVAILLEURS EN GRÈVE ET EN LOCK-OUT

Les déléguées et délégués se sont levés en solidarité avec les membres d’Unifor engagés dans des grèves et des lock-out d’un bout à l’autre du pays.

La présidente de la section locale 12, Kim Davidson, a parlé des 42 membres à l’usine Saint-Gobain, à Plattsville, en Ontario, qui sont en grève depuis le 24 juillet pour obtenir des salaires équitables et des régimes de retraite sûrs.

A group holding "On Strike" signs

« Je tiens à remercier les membres de la section locale 12, qui ont tenu bon et se sont engagé à tenir tête à cette entreprise et d’obtenir ce qui est juste pour nous tous », a-t-elle déclaré.

Les déléguées et délégués ont aussi entendu les représentants des travailleuses et travailleurs de casino de la section locale 1090, dans la région du Grand Toronto. Une centaine d’agents de sécurité au Great Canadian Casino Resort Toronto sont en lock-out depuis le 23 juillet, tandis que plus de 900 membres qui travaillent au Casino Ajax et au Pickering Casino Resort sont en grève depuis le 31 juillet.

« Nous nous sommes battus pour les mêmes objectifs il y a quatre ans, a rappelé Samuel Ho, président de l’unité en place au Casino Ajax et au Pickering Casino Resort. Et nous lutterons encore aujourd’hui. »

En Colombie-Britannique, le président de la section locale 111, Mike McMillan, le président de la section locale 2200, Scott Walters, et le président de la section locale 333-BC, Stephen Bains, a fait le point sur les conflits de travail impliquant plus de 6 000 travailleuses et travailleurs des transports en commun, qui luttent pour obtenir des salaires équitables et préserver leur dignité en améliorant leurs conditions de travail, en demandant des temps de pause adéquats et un accès fiable à des toilettes.

« Nous travaillons tous avec fierté pour garder nos autobus sur la route, a expliqué M. Bains. Nous arrivons tous les matins à 4 h pour transporter les personnes à leur travail, et nous le faisons chaque jour avec fierté.  Nous sommes les témoins d’une société, nous voyons de plus en plus de gens qui prennent du fentanyl aux arrêts d’autobus et même dans les autobus. Pendant que toutes nos conditions de travail deviennent de plus en plus malsaines, nous perdons notre pouvoir d’achat et notre dignité. »

Les membres de la section locale 433 ont eux aussi entrepris une action de grève à Veolia, une installation de valorisation énergétique des déchets, à Burnaby, en Colombie-Britannique, le 25 août dernier. Le vice-président de la section locale 433 et représentant en milieu de travail à Veolia, Bryan Lesko, a appris aux déléguées et délégués que les 37 membres demeurent unis contre les concessions de l’employeur. 

« Ce sont ces travailleuses et travailleurs qui effectuent les tâches les plus dangereuses parmi les membres de notre section locale, a précisé M. Lesko. C’est encore un autre exemple d’une entreprise étrangère privée qui utilise les dollars des contribuables au détriment de Canadiennes et de Canadiens qui triment dur. »

Le Conseil canadien a également rendu hommage aux membres de la section locale 195 d’Unifor, à l’usine Titan Tool and Die, qui ont récemment résolu leur conflit de travail après 350 jours sur la ligne de piquetage.

« Notre section locale a tenu bon pendant quatre saisons entières, malgré le froid, la pluie, les tempêtes et la chaleur, sans céder à l’employeur », a déclaré le sergent d’armes de la section locale 195, Bernie Coates. 

HOMMAGE RENDU À UNE DÉFENSEURE DES DROITS DE LA PERSONNE

La défenseure des droits de la personne et ancienne officière des Forces armées canadiennes, Michelle Douglas, a parlé de son expérience vécue aux déléguées et délégués.

Michelle Douglas a commencé son service militaire comme sous-lieutenante des Forces aériennes vers la fin des années 1980. Elle est devenue l’une des premières femmes à devenir membre de l’Unité des enquêtes spéciales des Forces armées canadiennes.

Après avoir été victime de discrimination en raison de son orientation sexuelle, elle a été renvoyée de l’armée en 1989. Elle a lancé une contestation judiciaire qui a aidé à mettre fin à l’interdiction officielle contre les personnes 2ELGBTQIA+ servant dans les Forces armées canadiennes.

A women speaking at a podium

« Il y a eu 9 000 Canadiennes et Canadiens qui ont vécu cette situation entre les années 1950 et 1990. Les pertes infligées à ce milieu de travail canadien ont été incalculables. Il y a tellement de bonnes personnes qui s’étaient enrôlées dans l’armée et qui ont été perdues, changées, humiliées, arrêtées et accusées d’avoir commis un crime », a déploré Mme Douglas.

Michelle Douglas a invité les déléguées et délégués à aller visiter Coup de tonnerre, le monument national 2ELGBTQIA+ du Canada à Ottawa.

« Si vous avez passé, peut-être, toute votre vie dans le placard, peut-être sans utiliser les pronoms qui vous conviennent vraiment, peut-être en vous cachant, peut-être sans dire toute la vérité sur vous-même aux personnes en qui vous aviez pourtant confiance au travail – ce monument pourrait vous apporter un merveilleux réconfort », a-t-elle déclaré. 

RENFORCER LE POUVOIR DES TRAVAILLEUSES ET TRAVAILLEURS GRÂCE À UN NOUVEAU PLAN

Les déléguées et délégués ont eu un premier aperçu du nouveau Programme de négociation national qu’Unifor a élaboré récemment pour les années 2026 à 2029.

Créé avec la participation de nombreux membres du pays, le programme établit des priorités pour l’ensemble des secteurs, que les comités de négociation et les représentantes et représentants nationaux pourront faire valoir lors des négociations contractuelles. 

Bruce Snow, adjoint (bientôt retraité) à la présidente nationale, et Martin Lambert, adjoint au directeur québécois, ont coprésidé le comité du programme de négociation national et présenté la première partie.

« Ce programme est plus qu’un document que nous ajoutons à votre trousse. C’est un engagement. C’est un plan d’action préparé pour et par les membres d’Unifor, a précisé Martin Lambert. C’est un programme inspiré par vos expériences, votre structure et vos victoires. La négociation collective est l’outil le plus puissant que nous possédons. C’est l’outil le plus puissant que nous avons pour protéger les emplois au Canada. »

Bruce Snow a dit la même chose au sujet de « poursuivre la conversation » afin de mettre en commun nos expériences dans les différents milieux de travail, mettre en avant les idées qui fonctionnent, ce qui manque et ce dont nous avons besoin pour améliorer davantage le programme. 

« Le succès de ce programme repose sur les connaissances, le courage et le leadership de toutes les personnes présentes dans cette salle », a-t-il déclaré.

Les déléguées et délégués ont de plus adopté les recommandations de la présidente nationale sur la défense du Canada dans les négociations commerciales et la protection des emplois canadiens.