Les travailleuses et travailleurs d’un entrepôt Amazon, au Royaume-Uni, rencontrent Unifor pour mettre en commun des stratégies de syndicalisation

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A group of people posing with their fists raised.
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Des travailleuses et travailleurs d’un entrepôt Amazon situé à Coventry, au Royaume-Uni, ont rencontré des recruteuses et recruteurs d’Unifor, le 5 février, au bureau national du syndicat, à Toronto, afin de mettre en commun des leçons, des stratégies et des connaissances durement acquises dans le cadre des efforts déployés pour syndiquer les effectifs de l’un des plus grands employeurs au monde.

Cette rencontre rassemblait des travailleuses et travailleurs d’Amazon, des représentantes et représentants d’Unifor, des militantes et militants des États-Unis et des recruteuses et recruteurs du syndicat britannique GMB pour une discussion internationale portant sur les tactiques de syndicalisation, la sécurité au travail et le renforcement de la solidarité mondiale contre ce que les participantes et participants ont décrit comme « le modèle de travail d’Amazon », dont l’influence est de plus en plus grande.

« Nous menons ce combat évidemment pour les travailleuses et travailleurs d’Amazon, mais aussi pour l’avenir du travail et le droit des travailleuses et travailleurs d’avoir un accès libre et légitime aux syndicats, ici au Canada et ailleurs dans le monde, en vertu de nos lois respectives », a déclaré le directeur du Service de recrutement d’Unifor, Justin Gniposky.

Cette discussion s'inscrit à la suite de la campagne de syndicalisation de 2024 très suivie qui s’est déroulée au centre de traitement des commandes d’Amazon à Coventry, alors que les travailleuses et travailleurs ont cherché à devenir membres de GMB afin d’obtenir la reconnaissance syndicale exigée par la loi pour obliger Amazon à négocier les salaires et les conditions de travail. 

Dans une défaite serrée lors d’un scrutin prescrit par la loi et supervisé par le Central Arbitration Committee (comité central d’arbitrage britannique), le nombre de votes en faveur du syndicat a été légèrement inférieur au nombre requis pour obtenir la reconnaissance syndicale.

En vertu du droit du travail du Royaume-Uni, le GMB n’a dorénavant plus le droit de demander une nouvelle reconnaissance légale à ce lieu de travail pendant trois ans, ce qui suspend dans les faits toute négociation ayant force exécutoire jusqu’à la fin de cette période. Il reste toutefois de l’espoir.

« En luttant ensemble, nous pourrons influencer les conditions des travailleuses et travailleurs dans tous les secteurs et mettre systématiquement fin au modèle d’affaires créé par Amazon », a expliqué une recruteuse de GMB, Ferdousara Uddin, qui participait virtuellement à la rencontre.

Les participantes et participants ont mis en évidence les obstacles communs à la syndicalisation des entrepôts d’Amazon, notamment un taux de roulement du personnel élevé, les longs quarts de travail, les barrières linguistiques, la peur des travailleuses et travailleurs et des tactiques antisyndicales agressives. La santé et la sécurité sont devenues un sujet de préoccupation central pour les travailleuses et travailleurs d’entrepôt en général.

« Nous avons souvent entendu des histoires horribles», a déclaré Angela Drew-Kimelman, représentante nationale d’Unifor.

« Un travailleur a été écrasé par une palette de 1 200 livres, et il ne peut plus marcher. Il a fallu cet accident pour que l’employeur commence à inspecter les palettes. », a-t-elle a ajouté

D’autres ont fait savoir qu’Amazon se sert de la gestion et de la surveillance par algorithmes dans le cadre d’une transition plus vaste visant à contrôler le travail de ses effectifs.

« Il y a 90 ans, les capitalistes considéraient comme des employeurs modèles General Motors et les producteurs d’acier, parce qu’elles optimisaient la rentabilité de la production, l’exploitation des travailleuses et travailleurs et l’extraction des bénéfices », a déclaré Jonathan Rosenblum, un militant en résidence au Center for Work and Democracy, à l’Université d’État de l’Arizona.

« Aujourd’hui, c’est Amazon qui ouvre la voie », a-t-il ajouté. 

Plusieurs intervenants ont souligné la vulnérabilité des travailleuses et travailleurs immigrants et temporaires, qui, souvent confrontés à des barrières linguistiques, craignent des représailles ou des conséquences sur leur statut d’immigration.

« Il y a une barrière linguistique lorsque les travailleuses et les travailleurs immigrants ne peuvent même pas exprimer ce qu’ils ressentent », a précisé Mohamednur J. Mohammed, vérificateur et représentant de la section des travailleuses et travailleurs d’Amazon.

« La majorité de nos familles sont restées dans notre pays d’origine, et elles dépendent de nous. Amazon est parfaitement au courant de ce fait. C’est pour cette raison qu’Amazon nous exploite. Amazon sait que nous ne partirons pas et c’est pour cela que les pratiques abusives se perpétuent jour après jour. Il faut que ça cesse. », explique M. Mohammed.

En juillet 2025, Unifor a reçu l’accréditation pour représenter les travailleuses et travailleurs d’Amazon à Delta, en Colombie-Britannique, et est actuellement en négociations collectives

Justin Gniposky a fait observer que les tactiques utilisées par Amazon au Canada ressemblent à celles qui sont utilisées mondialement, entre autres, des embauches rapides pendant les campagnes de syndicalisation et l’envoi de messages dans le but de diviser les travailleuses et travailleurs.

Malgré les difficultés, les participantes et participants ont affirmé que la réunion a mis en évidence le pouvoir de la syndicalisation transfrontalière.

« Nous devons voir cela comme une lutte mondiale », a fait observer Garfield Hylton, un travailleur à l’entrepôt de Coventry depuis 2018, qui est devenu secrétaire et représentant du syndicat GMB pour la section des travailleuses et travailleurs d’Amazon durant la campagne de syndicalisation.

Pour faire échec au modèle d’Amazon et renforcer de façon durable le pouvoir des travailleuses et travailleurs, il est essentiel de coordonner des journées internationales de solidarité; de lancer des invitations multilingues en faveur de la syndicalisation; de favoriser les échanges entre les travailleuses et travailleurs d’Amazon dans des pays différents; d’encourager la solidarité transfrontalière; de coordonner les moyens de pression – et il faut conjuguer tout cela à des stratégies juridiques, politiques et médiatiques.

Les représentantes et représentants d’Unifor ont expliqué que le syndicat a l’intention de renforcer le pouvoir des travailleuses et travailleurs à l’échelle internationale, alors que les négociations se poursuivent en Colombie-Britannique et que la syndicalisation s’étend ailleurs.

« C’est bien plus qu’un simple entrepôt ou un pays qui sont en jeu ici, a fait remarquer Justin Gniposky. 

Si nous laissons Amazon s’en tirer avec des pratiques antisyndicales de cette ampleur, il ne faudra pas attendre longtemps avant que tous les employeurs fassent de même. »

Cliquez sur ce lien pour regarder les photos de la réunion.

Media Contact

Jenny Yuen

Représentante aux communications
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