Mémoire d'Unifor déposé dans le cadre des consultations sur le Plan d'action pour des emplois durables 2026-2030

Unifor est le plus grand syndicat du secteur privé au Canada, représentant 320 000 travailleuses et travailleurs d'un océan à l'autre. Les membres d'Unifor sont présents dans des industries clés où la transition énergétique est déjà en cours et sont en première ligne pour subir les profondes répercussions de la guerre commerciale actuelle avec les États-Unis.

La détérioration de nos relations commerciales avec les États-Unis nous oblige à agir de manière décisive. La diplomatie chaotique de l'administration Trump devrait encourager le Canada à renforcer ses capacités économiques là où les Canadiennes et Canadiens disposent à la fois d'une marge de manœuvre et d'une base industrielle existante sur laquelle s'appuyer. Cet objectif de renforcement des capacités correspond à l'objectif inhérent au Plan d'action pour des emplois durables (PAED).

Le PAED était très prometteur lorsqu'il a été présenté, à la fois comme un moyen de tracer une voie viable vers la carboneutralité qui permettrait de maintenir de bons emplois syndiqués et comme un moyen de renforcer l'économie canadienne grâce au dialogue social et à des stratégies menées par les travailleuses et travailleurs. Malheureusement, les progrès dans la mise en œuvre de cette promesse ont été trop lents, ce qui a semé le doute quant au maintien des priorités du PAED et du Conseil du partenariat pour des emplois durables sous le gouvernement fédéral actuel.

À l'approche des consultations sur la législation relative à la transition équitable et sur ce qui allait devenir le PAED, les syndicats de tout le Canada avaient appelé à l'élaboration de stratégies industrielles solides afin de développer une approche globale de la chaîne d'approvisionnement visant à restaurer la capacité de production au Canada, soulignant la nécessité de s'attaquer à la transition énergétique tout en favorisant des emplois syndiqués durables et de qualité. Malgré cet appel de longue date lancé au gouvernement pour qu'il joue un rôle plus actif dans la mise en place d'une économie carboneutre, la création d'emplois de qualité et l'élaboration d'un nouveau vocabulaire et d'un nouveau positionnement politique utiles pour les interventions en matière de politique industrielle, les gouvernements à tous les niveaux agissent lentement pour mettre en œuvre des stratégies industrielles conçues pour atteindre les objectifs à long terme du PAED et garantir une économie plus robuste face aux chocs externes tels que la guerre commerciale actuelle avec les États-Unis.

La guerre commerciale actuelle a également mis en évidence la nécessité d'élargir la portée du PAED. Unifor continue de souligner l'importance de ne pas se limiter au secteur de l'énergie, mais de s'intéresser également à d'autres industries clés, notamment la construction automobile et aérospatiale, la foresterie, la métallurgie, l'exploitation minière, les transports, les services publics, etc. De plus, les transformations économiques ne résulteront pas seulement de la nécessité de réduire les émissions de carbone, mais aussi d'autres mesures de protection de l'environnement, par exemple pour protéger la biodiversité, ce qui signifie élargir le concept de transition.

Le PAED doit accorder une priorité accrue au maintien des emplois existants, en particulier les bons emplois syndiqués, plutôt que de se contenter de comprendre la transition équitable dans le contexte d'une réorientation vers de nouveaux emplois dans de nouveaux secteurs. Unifor a souligné la distinction entre les stratégies compensatoires, qui visent à atténuer les effets négatifs des pertes d'emplois, et les stratégies transformatrices, qui visent à maintenir les travailleuses et travailleurs en emploi tout en aidant leurs lieux de travail à s'adapter avec succès à la transition. Ces deux types de stratégies sont nécessaires pour favoriser la création d'emplois durables. Un exemple clair de l'importance de ces deux stratégies peut être observé dans la campagne « Luttons contre les fuites de gaz » développée par le Conseil de l'énergie d'Unifor, qui vise à préserver les bons emplois syndiqués dans le secteur de l'énergie tout en créant de nouvelles opportunités d'emploi et en réduisant les fuites de méthane à forte intensité de carbone.

Comme indiqué ci-dessous, ces principes devraient guider la transformation de l'approche du gouvernement afin de tracer la voie à suivre pour l'économie canadienne dans un environnement caractérisé par un degré élevé d'incertitude et des relations commerciales en rapide évolution. Le PAED devrait jouer un rôle central dans la définition des critères de réussite. Les stratégies industrielles qui définissent clairement des objectifs économiques et environnementaux réalistes doivent être liées à une refonte des prévisions du marché du travail et à un système de formation ciblé basé sur la demande de main‑œuvre prévue. Pour tenir la promesse d'emplois durables, le gouvernement doit finalement jouer un rôle plus actif, en collaboration avec les syndicats et les employeurs, afin de bâtir une économie canadienne réactive, moins dépendante des États-Unis et plus durable sur le plan économique et environnemental.

Afin de promouvoir les opportunités pour votre région/secteur et le Canada en général, quelles devraient être les priorités du Plan d'action pour des emplois durables 2026-2030 pour les cinq prochaines années? Quelles mesures fondamentales sont nécessaires pour assurer le succès à long terme, notamment pour garantir que les principes législatifs relatifs aux emplois durables soient appliqués à l'ensemble du gouvernement?

Dans le contexte actuel, marqué par un conflit commercial majeur avec notre plus grand partenaire commercial et marché d'exportation, la durabilité et les emplois durables doivent prendre un nouveau sens. Les mesures fondamentales doivent inclure l'établissement de nouveaux paramètres de durabilité commerciale et écologique, fondés sur l'évolution rapide des conditions économiques et industrielles sur le terrain, afin de contribuer à la réalisation du plan et de l'intention initiale de la loi.

  • Premièrement, l'industrie canadienne doit transformer sa conception dépassée, vieille de plusieurs décennies, de la manière d'exploiter nos richesses naturelles et s'empresser de réduire sa dépendance excessive à l'égard d'une approche d'exportation axée sur les produits de base à faible valeur ajoutée, principalement destinés aux États-Unis.
  • Deuxièmement, l'industrie canadienne doit également renforcer son engagement à extraire et à transformer les ressources naturelles selon les normes environnementales les plus élevées possibles, à garder clairement à l'esprit les objectifs de carboneutralité et à s'efforcer de parvenir à la réconciliation avec les Premières Nations.

Unifor est fermement convaincu que ce changement stratégique global devrait être considéré comme un principe central du PAED et que ses résultats potentiels doivent refléter positivement certaines des priorités clés identifiées par le gouvernement concernant « le soutien aux travailleuses et travailleurs canadiens et à leurs communautés dans la transition vers une économie carboneutre et la promotion de la création d'emplois bien rémunérés et de haute qualité », ainsi que « l'établissement de nouvelles relations commerciales avec les États‑Unis, le renforcement des relations avec les alliés et l'accélération des projets d'intérêt national ».

Comme le savent bien les membres d'Unifor, les employeurs peuvent innover et ils possèdent le capital nécessaire pour investir dans une transition efficace qui peut à la fois préserver et créer de bons emplois syndiqués. Cependant, les chefs de file de l'industrie se sont souvent montrés lents ou réticents à changer leurs modèles d'affaires, au détriment de l'environnement, de nos besoins collectifs et, en fin de compte, de la résilience et de la compétitivité économiques du Canada.

Dans un contexte budgétaire difficile et compte tenu de la surveillance accrue des investissements publics, nous pensons que la meilleure façon pour le gouvernement d'impliquer l'industrie et de contribuer au développement de nouveaux flux de production durables qui profiteront aux travailleuses et travailleurs canadiens et soutiendront les bons emplois syndiqués est de mettre en place des politiques et des mesures réglementaires solides, axées sur les priorités et à long terme.

Ces priorités et l'identification des résultats les plus souhaitables devraient s'appuyer sur des processus structurés de dialogue social sectoriel s'inspirant des principes de transition équitable de l'OIT. Ces processus doivent rester dynamiques, avec un suivi continu et des mesures d'évaluation communes.

En ce qui concerne les ressources naturelles et le secteur manufacturier du Canada, Unifor continue de plaider fermement en faveur du développement de filières de production à forte valeur ajoutée, du maintien d'un approvisionnement stable et de chaînes de valeur axées sur la préservation de la surveillance nationale, ainsi que d'une utilisation accrue de notre demande intérieure et de la diversification de nos marchés d'exportation.

Ces objectifs sont intrinsèquement liés au programme de développement durable qui sous-tend cette consultation. Ainsi, Unifor demande au gouvernement d'envoyer un signal clair aux industries canadiennes quant à ses objectifs en matière de développement économique et écologique durable. Le gouvernement canadien devrait s'efforcer de communiquer clairement ces priorités et de créer un environnement propice à la promotion des meilleures pratiques tant sur le plan économique qu'environnemental, en mettant systématiquement l'accent sur la durabilité environnementale et la résilience économique.

En agissant sur ces priorités, l'industrie peut orienter ses capitaux et suivre ses propres objectifs stratégiques, mais elle le fera dans un environnement qui reflète mieux les objectifs économiques à long terme du Canada et le bien‑être collectif des travailleuses et travailleurs canadiens. Le PAED peut jouer un rôle central dans l'établissement de telles lignes directrices et dans la promotion d'un dialogue inclusif sur les politiques et les réglementations qui permettront d'atteindre ces objectifs.

Pour donner un exemple concret de la manière dont ces lignes directrices pourraient prendre forme, on peut se tourner vers le secteur forestier.

La foresterie est confrontée à une crise existentielle en raison des droits et tarifs douaniers de 45 % imposés par les États‑Unis sur le bois d'œuvre canadien. Le secteur suit généralement des cycles de prix des matières premières loin d'être optimaux, qui ont entraîné des ralentissements répétés de l'activité, avec des répercussions négatives sur les travailleuses et travailleurs forestiers et leurs communautés, souvent dépendantes de la foresterie.

Cependant, ce secteur recèle également un immense potentiel pour la fabrication d'une variété de produits à forte valeur ajoutée, tout en constituant une ressource renouvelable essentielle à la décarbonisation de la construction. Au cours des dernières décennies, la plupart des mesures politiques liées à ce secteur clé se sont limitées à gérer son déclin. Le Canada peut et doit faire mieux en adoptant un cadre politique ambitieux en matière de carbone incorporé (y compris des changements transformateurs au Code canadien du bâtiment) afin de stimuler massivement l'utilisation nationale du bois d'œuvre, du bois massif et des produits du bois d'ingénierie. Ce résultat, qui dépend des politiques, peut compenser le déclin des exportations vers les États‑Unis, garantir des emplois syndiqués bien rémunérés dans les communautés rurales, faire progresser nos objectifs climatiques et contribuer à la réconciliation économique avec les communautés des Premières Nations.

Le même type de pivot stratégique peut et doit être exploré dans le cadre du PAED pour toute une série de secteurs à fort impact, de l'automobile à l'aluminium en passant par l'énergie. Cela devrait être un aspect clé du travail mené dans le cadre du Plan.

Le modèle à court terme, réactif et souvent fragmenté que nous avons suivi a montré ses limites. Par conséquent, le Canada doit revoir son approche. Il était justifié de réagir à la loi américaine sur la réduction de l'inflation et d'investir dans les technologies propres, mais cela a également révélé les limites de notre modèle stratégique de développement industriel à long terme, le Canada continuant à jouer un rôle de rattrapage. Cela doit changer, d'autant plus que nous sommes confrontés à des défis importants en matière de carboneutralité et de préservation des écosystèmes.

Comment vous ou votre organisation accédez-vous actuellement aux données sur le marché du travail, notamment pour la planification énergétique future, et comment les utilisez-vous? Quels sont les défis auxquels vous êtes confrontés et quels types de données sont les plus utiles pour votre travail ou votre prise de décision? (par exemple, niveau géographique, industries, professions/métiers, groupes démographiques, autres formes de données désagrégées)

Bien qu'Unifor n'utilise pas les données sur le marché du travail pour la planification énergétique future, nous publions actuellement une revue mensuelle des performances du marché du travail intitulée [*Observations sur le marché du travail*] (https://www.unifor.org/fr/ressources/marche-du-travail), qui s'appuie largement sur les données de l'Enquête sur la population active (EPA), y compris le fichier de microdonnées à grande diffusion (FMGD). Cependant, les éléments clés de l'Enquête sur la population active, notamment les entrées et les sorties du marché du travail, les transitions d'un emploi à l'autre (p. ex. le « roulement » au sein du marché du travail) et les données sur les groupes minoritaires visibles et le statut d'immigrant, ne sont pas disponibles dans le FMGD. Les catégories sectorielles plus détaillées que le code à deux chiffres du Système de classification des industries de l'Amérique du Nord (SCIAN) sont également absentes du FMGD, ce qui oblige à acheter des tableaux personnalisés auprès de Statistique Canada pour accéder aux données au niveau des sous‑secteurs selon des variables clés telles que la densité syndicale.

Bien que les erreurs d'échantillonnage posent problème à des niveaux plus détaillés, ces données devraient être mises à la disposition du public afin de permettre une évaluation plus précise des conditions du marché du travail. Les données sur le marché du travail et les flux d'emploi devraient être facilement accessibles grâce à des tableaux mensuels mis à jour par Statistique Canada, tandis qu'un éventail plus large de variables du marché du travail, ainsi que des données démographiques sur les groupes minoritaires visibles et le statut d'immigrant, devraient être publiés et inclus dans le fichier de microdonnées à grande diffusion de l'EPA.

Depuis 2021, la Banque du Canada publie également un tableau de bord du marché du travail qui suit un certain nombre d'indicateurs mensuels clés afin d'évaluer la reprise du marché du travail après la pandémie de COVID‑19, y compris certains calculs personnalisés tels que le taux de cessation d'emploi et le resserrement du marché du travail. Compte tenu de leur utilité pour évaluer la santé du marché du travail, ces indicateurs devraient être rendus disponibles en permanence par Statistique Canada et élargis afin que des variables sectorielles et démographiques puissent être spécifiées pour chaque indicateur.

Quelles données et informations le gouvernement fédéral devrait-il analyser ou collecter en priorité afin de mieux suivre les manques actuels et futurs en matière de compétences et de professions/métiers carboneutres, ainsi que la formation connexe?

Comme l'a souligné Unifor dans son mémoire de 2021 déposé dans le cadre des consultations du gouvernement fédéral sur la transition équitable, le gouvernement fédéral doit améliorer la collecte de données au niveau des industries et des sous‑industries afin d'améliorer les prévisions sectorielles du marché du travail, tout en menant davantage d'enquêtes auprès des employeurs concernant les pénuries de main‑œuvre et de compétences existantes et prévues.

La nécessité d'une évaluation globale des pénuries de compétences et de main‑œuvre ne