Une omission flagrante à l’égard des secteurs de l'automobile et de l'aérospatiale dans le budget

Partager
Main Image
Image

Article publié dans le Huffington Post du jeudi 24 mars, 2016

Le premier budget du nouveau gouvernement libéral est rempli de promesses, et de bons gestes ont même été posés à plusieurs égards. En revanche, ce budget omet beaucoup trop de choses, comme le soutien aux secteurs importants de l’automobile et de l’aérospatiale.

Comprenez-moi bien, il y a beaucoup à célébrer dans ce budget, notamment la décision essentielle de s'éloigner des mesures d'austérité et d'utiliser les outils du gouvernement pour relancer la faible économie. Mais, il semble qu’à plusieurs égards, des opportunités ont été perdues pour en faire davantage.

Par exemple, la réforme de l'assurance emploi signifie que les bénéficiaires n'attendront pas aussi longtemps pour commencer à recevoir des prestations et pourront en recevoir plus longtemps. Et pour ceux qui ont été durement frappés par la chute des cours du pétrole, d’autres améliorations sont prévues.

Ces décisions sont bonnes, mais le taux des prestations n’a pas changé. C'est une occasion manquée d'aider davantage les travailleuses et travailleurs qui ont perdu leur emploi.

La station de la Garde côtière à Kitsilano, fermée par le précédent gouvernement conservateur, va rouvrir et s’étendre. Mais, rien n'a été dit à propos des autres stations fermées, ni sur la station de Comox censée fermer à son tour. Il s’agit là d’une autre occasion ratée.

L’allocation de 89,9 millions de dollars prévue au budget pour bâtir 3 000 places dans des refuges pour femmes, ce qui aidera un plus grand nombre de femmes à fuir des situations de violence, est aussi la bienvenue, mais une occasion a été manquée de restaurer le financement accordé aux groupes de femmes partout au pays.  Le budget prévoit un nouveau financement de 60 milliards de dollars pour les infrastructures sur une période de dix ans, mais l'essentiel de cette somme sera débloquée seulement dans cinq ans, c'est-à-dire bien après le mandat de ce gouvernement. Seuls 11,9 milliards de dollars seront dépensés au cours des cinq prochaines années dans un programme que le gouvernement prétend établir pour aider la classe moyenne. Ce financement en aval compromet sérieusement l’atteinte de cet objectif. Il s’agit encore d’une autre occasion ratée.

Les besoins des familles canadiennes sont réels et immédiats. Pour les familles éprouvant des difficultés aujourd’hui, des années de consultation avant que des sommes réelles commencent à circuler ne vont qu'aggraver leurs difficultés. Leurs enfants vont grandir, peut-être même quitter la maison pour commencer leur propre vie, alors que le gouvernement procèdera à des consultations.

Ce nouveau gouvernement doit agir plus rapidement. Avec des taux d’intérêt à un creux historique et un ratio de la dette au PIB au Canada bien inférieur à la moyenne des pays du G-7, il est temps d'agir maintenant.

Les secteurs de l’automobile et de l’aérospatiale seraient un bon endroit où commencer. À eux seuls, ces deux secteurs de fabrication de pointe emploient directement plus de 200 000 Canadiennes et Canadiens dans des emplois de qualité formant l’épine dorsale de la classe moyenne au Canada. Un nombre encore plus élevé est employé dans des dérivés de ces deux secteurs - les fournisseurs des secteurs de l’automobile et de l’aérospatiale, et les habitudes de consommation des travailleuses et travailleurs bien rémunérés.

Aucun plan en vue de rebâtir la classe moyenne au pays ne peut être complet sans soutien aux secteurs de l'automobile et de l’aérospatiale. 

Or, le budget n’a rien apporté à aucun de ces secteurs. Plutôt que de réformer ou remplacer le fonds d’investissement dans le secteur de l’automobile, le budget de cette semaine a à peine prolongé la politique infondée du précédent gouvernement conservateur d’un autre trois ans, alors que le gouvernement libéral va consulter pour décider comment agir.

Il y a déjà eu beaucoup de discussion au sujet du fonds d’investissement dans le secteur de l’automobile, et un consensus a été établi que le système de l’industrie au sujet des prêts imposables ne fonctionne pas. Alors, il est très décevant que ce budget ne contienne aucune mesure concrète à apporter dans un programme réalisable.

Le gouvernement doit reconnaître qu’il a un rôle important à jouer si le Canada veut continuer à avoir un secteur de l’automobile vigoureux, notre principal exportateur.

De la même façon, il est décevant de constater qu’aucune mesure concrète n’est prévue pour soutenir l’industrie de l’aérospatiale au-delà du programme spatial – une omission flagrante dans un budget qui prétend que l’innovation et l’économie verte sont ses priorités absolues.

Par exemple, le programme de la C-Series de Bombardier n’est pas la seule incursion de la compagnie dans le segment lucratif des aéronefs commerciaux à couloir unique, dominé présentement par les Airbus 319 et les Boeings 737, mais son utilisation de 20 p. cent de moins en carburant représente une étape importante en recherche aéronautique.

C’est exactement ce que le gouvernement libéral a signalé dans son premier budget en tant que priorités absolues - l'innovation en recherche et une économie plus verte. Alors qu’aucune mention n’a été faite à l’égard de Bombardier dans le budget, nous espérons encore qu'une annonce sera faite bientôt pour soutenir le programme de la C-Series.

Dans tout le budget, les mots « consulter » et « consultations » apparaissent sans cesse, y compris concernant tout plan au sujet de l’automobile et de l’aérospatiale. Le fait de consulter peut être une bonne chose en soi, pourvu que le processus ne soit pas trop long ou qu’il ne soit une excuse pour ne rien faire.

Mais les discours ne rétabliront pas la classe moyenne. Les discours ne redonneront pas de travail aux Canadiennes et Canadiens, et ne les aideront pas non plus à prendre leur retraite dans la dignité. L’important, c’est d'agir.

Consulter les parties concernées, y compris Unifor, c’est bien, mais le processus doit être rapide.

Il y a du travail à abattre.