Toyota ne respecte plus sa philosophie de gestion

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Ken Cleveland, membre de l’équipe Toyota, est l’auteur de cette chronique publiée dans le Waterloo Region Record le 4 avril 2014.

par Ken Cleveland

Parmi les attraits qui m’ont amené à travailler chez Toyota il y a 17 ans, outre le salaire, les avantages sociaux et la pension, bien sûr, l’employeur avait la réputation d’écouter ses employés et de travailler avec eux pour régler les problèmes dans l’usine.

Cette pratique s’appelait la « philosophie de gestion de Toyota », le système de production unique de l’employeur qui invitait tous les employés à chercher des moyens plus efficaces de faire les choses, à trouver des économies de coûts afin de rentabiliser davantage l’entreprise.

Toutes les entreprises disent qu’elles croient en ces pratiques, mais Toyota semblait prendre des mesures concrètes en donnant à tous les travailleurs le droit de ralentir et même d’arrêter la production pour présenter l’une de leurs idées. Voilà une preuve que notre voix était reconnue et que notre contribution était respectée, et cela était très important pour nous.

Nous ne sommes même pas appelés « travailleurs » ni « employés », mais « membres de l'équipe ». Être « membre de l’équipe » représente beaucoup pour moi, même si cette approche d’équipe fait défaut depuis longtemps.

Lorsque j’ai commencé mon emploi, nous pouvions procéder à de simples changements et améliorations et, si nous commettions une erreur, personne ne nous blâmait; nous tentions seulement de faire notre travail. Cette attitude encourageait l’innovation et la réflexion originale, des éléments qui ont rendu Toyota si célèbre.

Maintenant, si quelque chose ne va pas, on se retrouve dans un climat qui cherche un coupable et nous n’avons même pas la permission d'apporter des changements même les plus élémentaires sans obtenir l'approbation de la direction, dont la plupart des membres ont moins de connaissance et d'expérience que nous.

Toyota a augmenté le rythme de production, le coût des soins de santé, la durée de temps permettant aux travailleurs contractuels à atteindre le haut de l’échelle salariale et aboli le régime de retraite à prestations déterminées pour les nouveaux employés, pour ne mentionner que quelques changements apportés par l’employeur.

Je vote pour Unifor afin que nous retrouvions la voix que nous avions dans notre milieu de travail et pour préserver les meilleurs éléments de la philosophie de gestion Toyota.

Ainsi donc, parce que cette philosophie de gestion a joué un rôle vital dans le succès de l'entreprise, au final, la présence d'un syndicat chez Toyota profitera à l'entreprise.  

Je participe à cette campagne de recrutement syndical pratiquement depuis le début. Je suis emballé à l’idée d’adhérer à Unifor (créé en 2013 à la suite de la fusion des Travailleurs canadiens de l’automobile et du Syndicat canadien des communications, de l’énergie et du papier) parce que cette organisation partage les mêmes valeurs qui consistent à créer un milieu de travail positif et productif.

À cette fin, les membres de l’équipe Toyota doivent avoir leur mot à dire lorsqu’il s’agit de leurs conditions de travail, particulièrement en matière de santé et sécurité, d’heures et de règles de travail. Actuellement, toutes ces conditions sont entièrement dictées par Toyota.

Les préoccupations des membres de l’équipe Toyota sont ignorées. Les membres de l’équipe cherchent l’équité et veulent une voix dans leur milieu de travail. Ce n’est pas une question de salaire : il s’agit d’être en mesure de négocier un contrat qui répond aux besoins des membres de l’équipe. Comme les membres d’Unifor, les membres de l’équipe auront un mot à dire sur les dispositions de leur convention collective et seront appelés à voter sur leur acceptation ou leur rejet.

Les récents commentaires du porte-parole de l’employeur, Greig Mordue, montrent jusqu’à quel point l’entreprise s’est écartée de sa philosophie de gestion. Par exemple, il questionne pourquoi nous devrions verser des cotisations syndicales en ajoutant que c’était de l’argent que l’on soutire de nos poches. En fait, une adhésion à Unifor nous donnera cette voix que nous avons tant souhaitée ainsi qu’une convention collective établissant les conditions de travail afin que l’employeur ne puisse plus les abolir de façon arbitraire.

En réduisant les pensions pour les nouveaux employés, en augmentant le coût des avantages sociaux et en diminuant les salaires des employés contractuels sans leur offrir d’avantages sociaux,  Toyota a soutiré beaucoup plus d’argent des poches des membres de l’équipe. Les cotisations syndicales sont un bon investissement pour nous protéger contre toute réduction future et améliorer ce que nous possédons déjà.

Ce n’est pas une coïncidence que les premières cartes syndicales aient été imprimées par les membres de l’équipe eux-mêmes au verso des bulletins du Service des ressources humaines de Toyota sur les récents changements arbitraires de l’employeur.

Le message était clair : nous voulons retrouver notre voix. Nous avons besoin d’un syndicat.