Solidarité toujours

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Par Lana Payne, Directrice de la région de l'Altantique

La solidarité, c’est ce que nous créons!

La plupart des personnes qui me connaissent savent à quel point je respecte profondément les organisations syndicales centrales pour leur capacité à promouvoir la solidarité entre syndicats et en tant que moteurs de changement pour les travailleuses et travailleurs. C’est particulièrement le cas des fédérations et des conseils du travail à la grandeur du pays, qui sont les instigateurs des mobilisations et des campagnes populaires.

En tant qu’ancienne présidente de la Fédération du travail de Terre-Neuve-et-Labrador, je connais très bien les défis de ces organisations.

Même si nous faisons partie du club, la solidarité n’est pas garantie ni automatique. Elle doit être renforcée jour après jour. Elle repose sur le travail que nous accomplissons ensemble.

J’en suis si sûre, car je suis d’abord et avant tout une militante. Et la militante en moi a trouvé la décision de quitter le Congrès du travail du Canada (CTC) très déchirante, même si elle y a participé. Comme vous, j’ai mal. Mais j’appuie cette décision, et je vais vous dire pourquoi.

Alors que j’étais présidente de la Fédération du travail de Terre-Neuve-et-Labrador en 2010‑2011, le CTC a pris la décision d’exclure de ses rangs le Syndicat national des employées et employés généraux du secteur public (SNEGSP), car il ne payait pas ses cotisations.

Le SNEGSP retenait ses cotisations individuelles, car il estimait que l’article 4 des statuts du CTC devait être renforcé.  Cet article a trait au maraudage.

À l’époque, le CTC s’est montré ferme avec les fédérations du travail, leur ordonnant de chasser toutes les sections locales provinciales du SNEGSP en raison de la position qu’il avait adoptée.  Les fédérations n’ont pas été consultées. Elles ont reçu un ordre.

Or, nous avons résisté.

À Terre-Neuve-et-Labrador, comme dans d’autres provinces, nous avons refusé d’expulser nos affiliés provinciaux du SNEGSP qui payaient leurs cotisations aux fédérations. Nous avons demandé une période de réflexion pour nous donner le temps de régler les problèmes en suspens et parvenir à un consensus. Certains dirigeants syndicaux ont tenté de faire la même chose la semaine dernière, mais ils ont été bâillonnés.

Vers la fin de 2010, comme je savais qu’il avait un immense respect pour les fédérations et les conseils du travail, j’ai demandé à Ken Lewenza, président des TCA, d’envisager de proposer une autre voie aux dirigeantes et dirigeants nationaux pour éviter que les fédérations et les conseils du travail soient pris entre l’arbre et l’écorce. Ken et d’autres dirigeants qui partageaient son point de vue ont forcé la tenue d’un dialogue différent à l’échelle nationale.

Néanmoins, au niveau du CTC, le conflit a mis en relief un problème dont les fédérations et les conseils du travail discutaient ouvertement depuis des années : l’injustice avec laquelle les statuts du CTC étaient appliqués dans les affaires d’affiliation. Rappelons qu’un syndicat affilié au CTC doit également s’affilier aux fédérations et aux conseils du travail. Par contre, cette exigence n’est jamais appliquée.  De plus, les statuts empêchent les syndicats qui ne souhaitent pas s’affilier au CTC d’appuyer des instances syndicales provinciales et communautaires. Cette manière de faire fonctionne bien pour le CTC, mais pas vraiment pour les autres.  Qui plus est, au moment du conflit, le SNEGSP avait soulevé la question de l’affiliation.

Au début de 2011, le CTC a formé un comité de haut niveau pour traiter du maraudage, mais aussi pour définir un processus permettant aux syndiqués de quitter leur syndicat et d’adhérer à un nouveau syndicat lorsqu’ils démontraient qu’ils détenaient les appuis nécessaires au sein de leur section locale.  C’était important pour mon syndicat, qui se battait depuis longtemps pour le droit démocratique à l’autonomie et à la prise de décision des travailleuses et travailleurs canadiens.

Les dirigeantes et dirigeants des syndicats les plus puissants ont été nommés à ce comité et ont fini par arriver à un consensus.

À l’Assemblée générale 2011 du CTC, ce consensus a été établi, et les statuts du CTC ont été modifiés en conséquence. C’est ainsi que l’article 4 et le processus de justification, lequel est au cœur du différend actuel, ont été adoptés.

Une question demeure : ce nouveau processus fonctionne-t-il?

Non.

En 2017, Unifor a fait observer à plusieurs reprises que le processus de justification devait être mis à jour et comportait des failles, comme le SNEGSP l’avait fait en 2010‑2011. Il était également préoccupé par les tactiques musclées employées pour mettre en tutelle des sections locales parce qu’ils avaient simplement exprimé le désir de quitter leur syndicat.

À l’Assemblée générale 2017 du CTC, les déléguées et délégués ont adopté la motion de créer un comité d’affiliés qui travaillerait avec le président pour trouver une solution aux problèmes liés à l’article 4 et recommander des améliorations à apporter au processus et des modifications statutaires, au besoin.

À l’inverse de ce qui s’est passé pendant la crise similaire de 2010, Unifor, le plus grand syndicat du secteur privé et le syndicat qui avait soulevé des inquiétudes, a été exclu du comité.

Comment pouvons-nous dégager un consensus alors que nous ne faisons même pas partie du dialogue? C’est totalement inacceptable. Les dirigeantes et dirigeants du SNEGSP, lorsqu’il a réclamé des changements en 2011, ont joué un rôle déterminant dans le comité qui a trouvé un consensus, comme il se devait.

En tant que dirigeante élue d’Unifor et fière membre du Conseil exécutif national, j’ai dû prendre en considération les droits des travailleuses et travailleurs dans notre décision récente.  À mon avis, ils se trouvent au cœur du débat.

C’est aussi simple, ou compliqué, que cela.

Je porte un respect infini aux membres d’Unifor et à tous les autres syndiqués. Les militantes et militants syndicaux constituent une source d’inspiration quotidienne pour moi. Leur courage, leur détermination et leur croyance fondamentale qu’un monde meilleur est possible grâce à leur militantisme sont semblables à des étincelles : ils animent le mouvement syndical.

Certains de mes amis et de mes collègues militants souffrent en ce moment. D’autres ne comprennent pas notre décision. J’ai parlé à bon nombre d’entre vous.

Vous m’avez dit que les dysfonctions et les différends au niveau du CTC ne devraient pas se répercuter sur notre travail important et notre solidarité à l’échelle provinciale et communautaire.

Je suis d’accord. Je ne crois pas non plus qu’ils le devraient. Trop souvent, le CTC a choisi les parties de ses statuts qu’il souhaitait appliquer à un moment donné. Soyons clairs : il y a une distinction entre donner une interprétation et ne pas appliquer des articles entiers.

En 2010‑2011, plusieurs d’entre nous se sont retroussé les manches pour éviter qu’une décision du CTC cause du tort aux fédérations et aux conseils du travail.  Mais rien n’a changé dans le dossier extrêmement important de l’affiliation des syndicats aux centrales syndicales.

L’approche « tout le monde dehors » ou « tout le monde dedans », selon les circonstances, du CTC est néfaste pour notre mouvement. Elle tue le militantisme.

Je vous suggère de vous renseigner sur le combat des travailleuses et travailleurs de l’hôtellerie du centre-ville de Toronto contre UNITE HERE, leur syndicat américain, car il fait aussi partie intégrante du débat (https://www.facebook.com/Unifor7575/).

Mes amis, il est temps de poser la question suivante : pourquoi les sections locales ne peuvent-elles pas s’affilier à des fédérations et à des conseils du travail sans aussi s’affilier au CTC?

La structure actuelle a peut-être fonctionné pendant 50 ans, mais le militantisme a évolué. Notre mouvement s’est développé. Notre façon de militer a changé. Nous accomplissons une grande partie de notre travail en coalitions ou en collaboration avec d’autres mouvements, à l’échelle locale.

À quel point cette structure nuit-elle au travail sur le terrain et à la solidarité véritable?

Le CTC doit cesser d’appliquer les règles et les statuts à son avantage, sans se soucier des fédérations et des conseils du travail.

Depuis longtemps, beaucoup d’entre nous le disent publiquement et en privé, mais la volonté politique fait défaut. À tout le moins, nous devrions élaborer un plan pour protéger nos fédérations et conseils du travail quand un conflit survient à l’échelle nationale.

Vous savez autant que moi que la solidarité n’apparaît pas par magie quand on paie des cotisations pour faire partie d’une organisation. C’est vrai pour nos syndicats et, surtout, pour nos instances syndicales centrales. Lorsque les droits des travailleuses et travailleurs passent en deuxième, le problème est très grave.

Alors que des travailleuses et travailleurs sont victimes d’intimidation et destitués de leurs fonctions électives parce qu’ils ont osé réclamer des orientations plus progressistes en matière de négociation et de recrutement, j’espère que vous vous rangerez de mon côté et que vous soutiendrez que c’est inacceptable dans notre mouvement. Il faut trouver une vraie solution. L’âme de notre mouvement en dépend.