Ottawa doit empêcher les pirates d’Internet de décimer les emplois canadiens

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Article publié initialement dans le Huffington Post le 31 janvier 2018

L’industrie culturelle canadienne, évaluée à 8,5 milliards de dollars, est destinée à perdre du terrain si personne ne colmate la fuite qui permet aux pirates numériques étrangers de voler notre contenu.

Si des pirates étrangers s’emparaient de chalutiers canadiens et de leur contenu tous les jours, il y a fort à parier que le gouvernement interviendrait.

Si des brigands vidaient les wagons à céréales dans l’Ouest canadien, le gouvernement mettrait sur pied une police pour prévenir ces vols à grande échelle.

Lorsque des pirates des mers menacent nos navires de ravitaillement au large de l’Afrique, des frégates canadiennes effectuent des patrouilles pour les protéger.

Alors pourquoi le gouvernement fédéral reste-t-il les bras croisés alors qu’un autre type de pirates internationaux dépouillent des entreprises canadiennes de 500 millions de dollars et mettent en péril des centaines d’emplois?

C’est pourtant du vol. Dans ce cas-ci, le butin consiste en du contenu numérique, et les crimes sont perpétrés par des sites Web clandestins hébergés à l’étranger. Les victimes sont des créateurs de contenu du secteur des médias, qui emploie 140 000 Canadiens.

Hélas, il est maintenant chose courante de télécharger des émissions de télévision ou des films, puis de les écouter gratuitement quand bon nous semble. Des émissions de télévision et des films, parfois encore à l’affiche, se trouvent facilement sur des sites illégaux de diffusion en continu.

D’après une étude, les Canadiens ont visité 1,8 milliard de fois des sites Web de piratage en 2017.

Trop peu de gens se soucient des artisans qui produisent leurs émissions préférées.

Les acteurs, les vidéastes, les décorateurs et les journalistes savent que leurs emplois sont menacés. Les entreprises médiatiques canadiennes perdent des millions de dollars par année, tandis que les voleurs numériques s’enrichissent sur leur dos.

L’industrie culturelle canadienne, évaluée à 8,5 milliards de dollars, est la cible d’attaques et est destinée à perdre du terrain si personne ne colmate la fuite qui permet aux pirates numériques étrangers de voler aussi facilement tout le contenu qu’ils veulent.

En tant que principal syndicat du secteur des médias au Canada, Unifor représente 12 000 journalistes, techniciens et autres travailleurs des médias.

Ils conçoivent des décors, rendent compte de l’actualité et produisent des émissions et des films. Leurs emplois sont menacés quand les émissions les plus populaires et les films de leurs employeurs sont volés.

Il faut réduire l’accès aux foyers canadiens à ces pirates internationaux.

Unifor fait partie de Franc-Jeu Canada, une coalition composée d’autres syndicats, de créateurs de contenu et d’entreprises médiatiques qui exhorte le CRTC d’établir un mécanisme juridique contre le piratage, à l’instar de 20 autres pays, dont le Royaume-Uni, la France et l’Australie.

La coalition a présenté au CRTC une demande visant à protéger l’industrie culturelle canadienne par la création d’une sous-division du CRTC chargée de bloquer les sites Web les plus actifs à première vue dans le monde du piratage numérique.

Le blocage de sites Web n’aurait évidemment pas la cote auprès de beaucoup de gens, surtout ceux qui sont maintenant habitués à voir les émissions et les films les plus récents sans payer pour un service de câble ou de télévision à la carte.

Pour ceux qui tiennent à ce qu’Internet demeure gratuit et non censuré, il convient de noter que la proposition de Franc‑Jeu Canada ne compromettrait pas la neutralité du Net ni la liberté d’expression.

Par souci de clarté, précisons que nous ne parlons pas de censure. Nous parlons de bloquer des sites qui volent du contenu et le rediffusent. Aucun fournisseur de services Internet ne déciderait des sites à bloquer.  C’est une nouvelle division du CRTC qui trancherait.

Il faut réduire l’accès aux foyers canadiens à ces pirates internationaux.

Le nouveau processus judiciaire, soumis à la surveillance de la Cour fédérale d’appel, contribuerait grandement à protéger les emplois et à maintenir la production d’émissions et de films de divertissement de qualité dans un secteur de plus en plus fragile.

Pour les travailleurs comme Peggy Kyriakidou, membre d’Unifor et coiffeuse styliste sur des plateaux de cinéma et de télévision à Toronto, c’est simple.

« Nous devons faire savoir que le vol a des conséquences jusque sur le revenu des gens, comme moi, qui essaient d’élever leurs enfants, vivre et profiter de la vie », a déclaré Mme Kyriakidou, qui craint pour son emploi dans le secteur des médias.

C’est le même secteur qui a demandé au gouvernement fédéral d’aplanir les disparités pour les entreprises médiatiques canadiennes et de sauver les nouvelles locales en taxant Facebook et Google.

Mais le gouvernement n’a rien fait.

Cette fois-ci, une grande partie des artistes, des diffuseurs et des créateurs de contenu les plus connus au Canada essaient de faire comprendre au gouvernement qu’ils méritent d’être rétribués pour leur travail.

Il est temps que le gouvernement prête attention à ce problème et mette fin au vol de contenu culturel canadien avant qu’il soit trop tard.