L’unité : une condition nécessaire au renouvellement de l’Accord sur le bois d’œuvre résineux

Partager
Main Image
Image
Message du président avec une photo de Jerry Dias

Article publié dans le Huffington Post du mercredi 9 mars 2016

Les sept prochains mois pourraient être très agités dans le secteur forestier, particulièrement en ce qui concerne le bois d’œuvre résineux.

Pourquoi? Parce que l’Accord sur le bois d’œuvre résineux que le Canada a conclu avec les États-Unis en 2006 est venu à expiration le 12 octobre dernier. À ce moment-là, le Canada espérait tout simplement renouveler l’accord, mais les États-Unis ont refusé. Une période de grâce d’un an s’est donc ouverte. Jusqu’en octobre 2016, les États-Unis ne pourront pas entamer de nouvelles poursuites relatives au bois d’œuvre canadien.

Cette période expirera à un bien mauvais moment. En octobre 2016, les États-Unis ne seront qu’à un mois du jour de l’élection présidentielle.

Plus cette date approchera, plus il sera difficile d’amener les États-Unis à conclure une entente raisonnable. Les candidats, quels qu’ils soient, seront peu enclins à signer une entente qui semble favoriser l’industrie canadienne d’une façon ou d’une autre.

Par le passé, le bois résineux a même été un enjeu politique chez nos voisins du sud. Nous pouvons nous attendre à ce qu’il soit encore traité de la sorte compte tenu de la rhétorique électorale que l’on entend déjà.

C’est une mauvaise nouvelle pour le Canada, surtout si l’industrie canadienne ne se serre pas les coudes.

Au cours des sept prochains mois de discussions, il est vital que les parties prenantes adoptent une position commune qui protège les emplois au pays. Lors de la dernière ronde de négociations, il y a 10 ans, les provinces et les entreprises ont défendu des positions différentes suivant leurs propres besoins.

Le résultat était prévisible : elles ont conclu un accord qui avantageait les États-Unis. Cette situation ne doit pas se reproduire. 

Certains pourraient avancer que les enjeux sont moins importants que par le passé. Certes, le marché d’exportation du Canada s’est diversifié depuis la signature de l’Accord sur le bois d’œuvre résineux. En 2006, environ 80 p. 100 des exportations canadiennes de bois résineux étaient destinées aux États-Unis. Aujourd’hui, cette proportion n’est plus que de 50 p. 100 grâce à la hausse des exportations vers l’Asie.

Or, le marché américain, qui représente encore 5,6 milliards de dollars en ventes de bois d’œuvre résineux, demeure très important. Vu le repli du marché asiatique (en Chine en particulier) et la croissance récente du marché immobilier aux États-Unis, l’équilibre pourrait commencer à se rétablir.

D’autres circonstances ont aussi évolué depuis 2006. L’industrie nord-américaine est beaucoup plus intégrée. La plupart des principaux producteurs canadiens possèdent une importante capacité de sciage aux États-Unis, ce qui n’était pas le cas il y a 10 ans.

Par exemple, près de 40 p. 100 de la capacité de sciage de West Fraser Timber Co. se trouve aux États-Unis. Pour ce qui est de Canfor Corporation, il s’agit de 12 p. 100, et l’entreprise poursuit son expansion aux États-Unis.

En parallèle, les autres produits forestiers fabriqués au Canada et expédiés aux États-Unis sont de plus en plus frappés de droits compensateurs. À la suite d’une requête déposée par deux producteurs américains de papier satiné (la sorte utilisée pour les revues et les catalogues sur papier glacé), des droits de 20,33 p. 100 ont été imposés aux exportations canadiennes.

Le même type de mesure était régulièrement pris à l’égard du bois d’œuvre résineux du Canada jusqu’à ce que l’accord soit signé en 2006. Le signal est donc clair : les États-Unis sont tout disposés à se réengager dans cette voie en octobre prochain.

Plus que jamais, l’industrie canadienne et tous les ordres de gouvernement doivent travailler main dans la main pour parvenir à un nouvel Accord sur le bois d’œuvre résineux, en évitant que leurs divergences internes les divisent, afin que les États-Unis ne l’emportent pas.

Il y a trop d’emplois de qualité en jeu et de collectivités qui dépendent de ces derniers pour agir autrement.