L’intelligence artificielle au travail : Force des syndicats et transformation par l’IA

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A conference room including participants of the AI at Work conference.
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Le développement rapide de l’intelligence artificielle (IA) est souvent commercialisé comme une révolution nouvelle et inévitable. Cependant, au-delà des campagnes de marketing sophistiquées, ce virage numérique est le dernier chapitre d’une histoire séculaire sur l’évolution du travail et la raison pour laquelle le pouvoir collectif est essentiel pour que les travailleuses et travailleuses aient leur place à la table de négociation afin de protéger leurs emplois, leurs compétences et leurs environnements de travail.

Les 22 et 23 janvier derniers, des représentantes et représentants d’Unifor ont participé avec des universitaires et des décideurs à la conférence internationale « L’intelligence artificielle au travail », qui s’est penchée sur la façon dont l’IA a été instaurée dans les milieux de travail et sur les mesures de protection nécessaires pour protéger les effectifs.

L’objectif de la conférence était de dépasser le débat simpliste de la lutte entre le « bien et le mal » quand il est question de l’IA, pour concentrer plutôt la discussion sur la gouvernance, la réglementation et les répercussions réelles de ces technologies sur les travailleuses et travailleurs.

L’un des thèmes principaux de la conférence était la façon restrictive souvent adoptée par les employeurs pour décrire le travail de leurs effectifs. Janine Berg, de l’Organisation internationale du Travail, a fait observer que la plupart des postes étaient constitués d’un ensemble de tâches qui faisaient appel à  un jugement indépendant, à l’expérience et à l’interaction humaine, des éléments dont on fait généralement abstraction dans les stratégies d’automatisation, lesquelles cherchent simplement à remplacer la main-d’œuvre par des machines.

La gestion algorithmique, des logiciels utilisés pour attribuer les tâches, évaluer le rendement ou appliquer des mesures disciplinaires, est de plus en plus présente dans les différents secteurs où travaillent les membres d’Unifor, notamment la fabrication, les transports, les télécommunications et les médias. Les outils qui suivent les données des véhicules, les frappes sur le clavier ou les paramètres de la productivité peuvent s’immiscer profondément dans la vie privée des travailleuses et travailleurs, souvent sans limites claires sur le stockage et l’effacement des données, ainsi que l’accès aux données. S’exprimant sur la réglementation et la technologie, Valerio De Stephano, de l’Osgoode Hall Law School, a indiqué que la gestion par algorithmes laisse invisibles des volets essentiels du travail, tout en développant une surveillance qui n’est pas nécessaire.

Les panélistes ont dit que l’application de systèmes d’IA de série à des postes complexes échoue souvent parce que ces outils ne donnent pas une bonne représentation du discernement humain ni de la connaissance tacite. Le processus d’automatisation dicte la standardisation du travail au moyen de la technologie en déqualifiant les tâches et en facilitant le contrôle.

La conférence a replacé l’essor actuel de l’IA dans un contexte historique et fait observer que les changements technologiques servent depuis longtemps à enlever du pouvoir aux travailleuses et travailleurs. Dans son intervention sur la réglementation et la technologie au travail, Simon Deakin, de l’Université de Cambridge, a retracé cette dynamique jusqu’au métier à tisser Jacquard, inventé au XIXe siècle, qui s’est emparé du savoir-faire historique des travailleuses et travailleurs qualifiés pour le transférer aux machines.

La tendance actuelle vers l’IA est fortement alimentée par du capital-risque. Les panélistes ont expliqué que son adoption rapide dans les lieux de travail est souvent motivée par les pressions des investisseurs plutôt que par des améliorations avérées de la qualité du travail ou des services.

Selon les panélistes, la surveillance constante au travail est associée à une augmentation du stress, à l’épuisement professionnel et à une réduction de l’autonomie du personnel.

L’automatisation partielle peut rendre les tâches plus difficiles. Lorsque des systèmes automatisés prennent en charge des tâches routinières, les travailleuses et travailleurs humains se retrouvent avec les interactions les plus complexes et les plus exigeantes sur le plan émotionnel, ce qui dégrade encore davantage la qualité des emplois.

Six Silberman, de l’Université d’Oxford, a présenté un projet de politique corédigé avec Jeremias Adams-Prassl, qui propose des mesures de protection minimales réglementaires ou négociées pour les travailleuses et travailleurs confrontés à la gestion algorithmique.

Ce projet prévoit de limiter la collecte de données, d’assurer la transparence quant à l’utilisation des données sur les travailleuses et travailleurs, d’interdire les licenciements entièrement automatisés et de garantir un examen humain lorsque des décisions majeures sont prises. De plus, il souligne la nécessité de consulter les syndicats et de les protéger contre les représailles.

Si les panélistes ont dit qu’il est nécessaire de renforcer la réglementation et la législation, ils ont par ailleurs également insisté sur le fait que la négociation collective est un outil immédiat et efficace.

« Nous allons devoir compter sur ce que nous pourrons faire à la table de négociation collective, a conclu la présidente nationale d’Unifor, Lana Payne. La négociation collective donne aux travailleuses et travailleurs la possibilité de faire entendre leur point de vue, et cela nous permet de placer des garde-fous à mesure que les technologies évoluent. »

Alors que l’IA et l’automatisation s’accélèrent, la conférence a mis en lumière ce qui est en jeu pour les travailleuses et travailleurs du Canada. L’objectif d’Unifor demeure de protéger les bons emplois, la dignité au travail et le droit des travailleuses et travailleurs d’influencer l’utilisation des technologies au travail.

Media Contact

Melissa Palermo

National Communications Representative
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