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Lettre d’opinion de Lana Payne dans le Toronto Star
Alors que l'administration Trump poursuit ses attaques absurdes contre l'industrie canadienne de l'automobile, il devient de plus en plus clair que la Chine est la seule véritable gagnante dans cette guerre commerciale.
L'annonce voulant que Stellantis ait l'intention de construire certains de ses véhicules électriques Jeep en Chine et prévoit exporter ces véhicules partout dans le monde, y compris au Canada, est un autre coup dur pour les membres d'Unifor travaillant à l'usine d'assemblage de Brampton et pour l'ensemble de l'industrie canadienne de l'automobile.
Les plans l'entreprise pour les véhicules Jeep ont été dévoilés discrètement, le 24 septembre dernier, par Lü Haitao, directeur général d'une coentreprise entre Stellantis et le fabricant automobile Dongfend, un partenaire chinois. Des rapports suggèrent que la production de véhicules Jeep en Chine commencera dès 2027.
Cette décision représente un échec à de nombreux égards. L'usine de Brampton aujourd'hui à l'arrêt devait construire la prochaine génération de véhicules électriques Jeep Compass destinés au marché américain, un programme qui aurait assuré un emploi à des milliers de travailleuses et travailleurs au Canada et ailleurs sur le continent. C'était évidemment avant que les tarifs douaniers de l'administration Trump ne viennent frapper le Canada et avant que Stellantis ne cherche à couper les ponts et à déguerpir.
La véritable tragédie pour les travailleuses et travailleurs de l'industrie nord-américaine de l'automobile réside dans le fait qu'absolument aucun des véhicules électriques que Stellantis promettait de construire à l'usine de Brampton, puis dans une usine de l'Illinois, n'est actuellement en production. Et si j'avais de l'argent à miser, je dirais qu'aucun de ces véhicules ne sortira jamais de nos chaînes de production.
Les tarifs douaniers ont entraîné l'érosion des analyses de rentabilité pour la construction d'automobiles abordables en Amérique du Nord. Au même moment, les reculs de l'administration Trump en ce qui concerne les politiques sur le climat ont fait chuter la demande pour des véhicules électriques et encouragé les fabricants automobiles à tourner vers la production de véhicules à essence et au diesel, et ce, au moment même où les guerres déclenchées par les Américains à l'étranger faisaient bondir le prix de l'essence.
En raison de cette guerre commerciale inutile, les travailleuses et travailleurs des industries canadienne et américaine de l'automobile ont perdu des dizaines de milliers d'emplois sacrifiés du fait de l'incertitude causée par les tarifs douaniers américains.
Mais au bout du compte, qui sort gagnant de cette guerre? La Chine, évidemment.
L'annonce de Stellantis et de Dongfend en est une nouvelle preuve.
Plutôt que de construire des véhicules électriques Jeep à Brampton avec des pièces provenant de partout en Amérique du Nord, les fabricants automobiles préfèrent importer ces véhicules de Wuhan. Sans aucun contenu nord-américain. Sans créer aucun emploi.
Il est très possible que les États-Unis réussissent à empêcher ces véhicules Jeep construits en Chine de se faire un chemin jusqu'aux salles d'exposition américaines.
Les tarifs douaniers prohibitifs de plus de 100 % imposés par les États-Unis sur les véhicules électriques chinois demeurent en vigueur. Les Américains mettent également en œuvre des règles qui interdisent à la technologie avancée des véhicules chinois d'intégrer leur marché intérieur. Ces deux politiques ayant des objectifs fondés ont été mises en œuvre sous l'administration Biden. Elles ont été conçues parallèlement à des mesures incitatives dynamiques d'incitation à l'investissement dans les véhicules électriques visant à stimuler la production locale, à soutenir la transition des usines et à construire les véhicules de l'avenir, tout en protégeant le marché contre l'offensive chinoise cherchant à dominer les ventes mondiales de véhicules électriques. Pendant un certain temps, le Canada a appuyé cette stratégie visant à protéger les industries automobiles nord-américaine et canadienne.
Toutefois, lorsque l'administration Trump a déclenché sa guerre commerciale, le Canada a changé son fusil d'épaule. Le gouvernement fédéral a revu sa stratégie automobile dans une tentative de rapprochement avec la Chine. Le Canada a levé ses interdictions temporaires sur les importations et permet maintenant l'achat d'un nombre toujours croissant de véhicules chinois. Cette décision est entièrement fondée sur le faux espoir d'attirer des investissements considérables de la part des fabricants automobiles chinois ici même au pays. Cependant, toute personne ayant une bonne connaissance du marché automobile mondial comprend que la Chine a très peu d'intérêt à investir.
L'une des raisons qui expliquent l'externalisation de la production des véhicules électriques Jeep à Wuhan réside dans la volonté de la Chine de maximiser sa propre capacité de production surdimensionnée. Les ventes intérieures de voitures en Chine accusent un grave ralentissement. Pour maintenir leurs usines d'assemblage en activité, les fabricants automobiles chinois cherchent à stimuler encore davantage leurs exportations. Ce n'est pas une bonne nouvelle pour le Canada ni pour tous les autres pays qui fabriquent des automobiles.
Il est impensable de croire que nous pouvons concurrencer les subventions massives versées par l'État, la propriété industrielle jalousement protégée et les normes du travail inacceptables de la Chine.
Si le plan de Stellantis et de Dongfend devait aller de l'avant, les Canadiennes et les Canadiens pourraient se retrouver à devoir acheter des véhicules électriques Jeep produits en Chine, alors même que notre syndicat lutte pour empêcher Stellantis de fermer l'usine de Brampton où ces véhicules électriques Jeep auraient dû être construits pour l'Amérique du Nord.
S'ils arrivent à se frayer un chemin jusqu'aux salles d'exposition canadiennes, ces véhicules Jeep construits en Chine seront le malheureux symbole de toutes les erreurs commises en matière de politiques industrielles qui auront miné le succès du secteur automobile nord-américain et la prospérité de ses travailleuses et travailleurs depuis l'arrivée en poste de Donald Trump. Et pendant ce temps, la Chine pourra crier victoire.