Les travailleurs du secteur de l'énergie attendent toujours l'aide du gouvernement fédéral

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Par Gavin McGarrigle, Directeur de la région de l’Ouest et Linda MacNeil, Directrice de la région de l’Atlantique

La vitesse et la profondeur du ralentissement économique infligé par la crise de la COVID-19 ont été sans précédent. En mars 2020, l'économie canadienne a vu son produit intérieur brut diminuer de 9 % et le marché du travail a perdu plus d'un million d'emplois. Les données d'avril et de mai risquent d'être encore pires.

Dans le secteur de l'énergie, ces répercussions économiques ont été exacerbées par une guerre des prix entre la Russie et l'Arabie saoudite, qui ont vu une surabondance de pétrole fourni alors que la demande a chuté à des niveaux jamais vus depuis un quart de siècle. Le secteur pétrolier et gazier canadien a été particulièrement touché, le prix du baril de Western Canadian Select étant plus élevé à l’expédition qu’à l’achat.

À un moment comme celui-ci, où les travailleuses et travailleurs canadiens de tous horizons sont confrontés à de graves difficultés financières et se trouvent dans l'impossibilité de payer leur loyer mensuel et leurs factures, il est compréhensible que plusieurs se méfient des mesures de soutien aux industries comme celle annoncée vendredi dernier par le gouvernement fédéral pour le secteur énergétique canadien. La plupart d'entre nous se souviennent des sauvetages aveugles d'entreprises pendant la crise financière de 2008-2009, qui a vu les dirigeants d'entreprises du monde entier utiliser l'argent du sauvetage pour engraisser leur salaire et faire monter le prix des actions par des rachats d'actions, tout en faisant payer la facture aux contribuables.

Pour les compagnies pétrolières et gazières en particulier, nombreux sont ceux qui se demandent si un plan de soutien a un sens à un moment où nous devrions porter notre attention sur les entreprises produisant des technologies vertes et des énergies renouvelables. En d'autres termes, si la crise de la COVID-19 accélère la disparition du secteur de l'énergie tel que nous le connaissons, peut-être devrions-nous profiter de cette occasion pour nous lancer dans un avenir sans carbone.

Le problème d'une telle pensée, cependant, est qu'elle ignore les près d’un million de travailleuses et travailleurs au Canada qui dépendent actuellement du secteur de l'énergie pour leur subsistance. En l'absence d'une voie clairement définie pour le secteur, laisser les compagnies pétrolières et gazières à elles-mêmes dans un moment comme celui-ci signifie en fin de compte abandonner ces travailleuses et travailleurs à un avenir inconnu, tant pendant qu'après la crise. Comme l'a si souvent déclaré le mouvement syndical, nous avons besoin d'une transition juste pour les travailleuses et travailleurs de l'industrie des combustibles fossiles, et non pas d'une transition aléatoire ou inexistante.

Une transition juste ne signifie pas que nous devons ignorer nos engagements en matière de climat et donner un chèque en blanc aux compagnies pétrolières et gazières. Bien au contraire, cela signifie qu'il faut utiliser des incitations financières et des instruments juridiques pour responsabiliser le secteur de l'énergie et faire en sorte qu'il réussisse sa transition vers un avenir plus vert et à faible intensité de carbone, tout en protégeant les emplois et en permettant aux travailleuses et travailleurs d'acquérir de nouvelles compétences.

Le récent plan de soutien – 1,7 milliard de dollars pour nettoyer les puits orphelins et un fonds de réduction des émissions de 750 millions de dollars, dont 75 millions pour aider à réduire les émissions de méthane dans l'industrie pétrolière extracôtière de Terre-Neuve – est un pas dans la bonne direction. Il incite le secteur de l'énergie à maintenir les emplois tout en réduisant la pollution et l'intensité en carbone. Il reconnaît également les défis particuliers auxquels l'industrie pétrolière extracôtière est actuellement confrontée alors qu'elle doit relever les défis économiques les plus difficiles de son histoire.

Toutefois, il faut faire davantage pour que l'industrie pétrolière et gazière survive à la crise actuelle et soit en mesure de maintenir les emplois existants. Le gouvernement devrait imposer des conditions strictes en matière de rémunération des dirigeants et de rachat d'actions afin de s'assurer que les fonds sont utilisés pour protéger les emplois plutôt que la cupidité des entreprises. Des mesures de soutien devraient être associées à des garanties d'emploi spécifiques concernant le déploiement futur de technologies propres et la réduction de l'intensité carbone. Il doit également y avoir une surveillance rigoureuse des fonds déboursés pour garantir que les investissements en capital ne servent pas à automatiser des opérations existantes à forte intensité de carbone et à mettre à pied des travailleuses et travailleurs.

Enfin, les travailleuses et travailleurs des régions qui dépendent fortement du secteur de l'énergie pour leur bien-être économique auront besoin d'un soutien financier plus important. L'aide financière aux travailleuses et travailleurs employés directement ou indirectement par le secteur de l'énergie doit se concentrer sur la fourniture d'une aide directe au revenu et sur la garantie de ressources suffisantes en matière de soins de santé pour les travailleurs susceptibles d'être exposés à la COVID-19.

La crise COVID-19 a été dévastatrice pour les travailleuses et travailleurs de tout le Canada. Nous regardons tous vers la lumière au bout du tunnel et le retour de l'économie. En attendant, le gouvernement doit toutefois soutenir les emplois existants et assurer leur retour une fois l'économie rouverte, tout en continuant à tracer la voie vers un avenir à faible émission de carbone. Le moment est venu de mettre en œuvre le principe d'une transition juste pour les travailleuses et travailleurs du monde entier.