Les syndicats et la lutte pour la justice en matière de logement au Canada

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En septembre, le gouvernement fédéral et la Société canadienne d'hypothèques et de logement ont lancé l'Initiative pour la création rapide de logements (ICRL), un programme de logement d'un milliard de dollars destiné à soutenir la création de jusqu'à 3 000 nouvelles unités de logement abordable, l'acquisition de terrains, ainsi que la conversion et la rénovation des bâtiments existants en logements abordables. L’ICRL fait partie de la Stratégie nationale sur le logement du gouvernement fédéral, un plan ambitieux de plus de 55 milliards de dollars sur 10 ans lancé en novembre 2017 qui permettra de créer 100 000 nouvelles unités de logement et de restaurer ou de rénover des milliers d'autres.

Le logement reste la dépense la plus importante pour la majorité des ménages canadiens, et plus de 1,6 million de ménages canadiens vivaient en situation de besoin impérieux de logement en 2018.

Le mouvement syndical au Canada est actif dans la lutte pour la justice en matière de logement depuis des décennies.

Malgré ce bon travail, les syndicats canadiens peuvent et doivent faire beaucoup plus.

Franchement, c'est une question de simple calcul. Alors que nous nous battons à la table des négociations pour obtenir des augmentations de salaire égales ou supérieures au taux d'inflation, pour beaucoup de nos membres, le coût du logement – le principal facteur du coût de la vie – augmente à un rythme beaucoup plus rapide .

Par exemple, pour les propriétaires, le prix des maisons au Canada a augmenté de 69,1 % entre 2007 et 2017, alors que le revenu médian a augmenté de 27,6 % au cours de la même période. Pour les locataires, l'histoire est la même. En 2019, le salaire moyen d'un travailleur non syndiqué au Canada a augmenté de 3 % par rapport à l'année précédente, tandis que les loyers moyens dans les RMR canadiennes ont augmenté de 4,1 % (et cette augmentation a été beaucoup plus importante dans certaines grandes villes canadiennes).

La lutte pour la justice en matière de logement est aussi la lutte pour l'équité et la justice raciale, un pilier essentiel du travail des syndicats. Les jeunes travailleuses et travailleurs, les travailleuses et travailleurs du secteur des services, les travailleuses et travailleurs racialisés, les travailleuses et travailleurs immigrés, les travailleuses et travailleurs LGBTQ, les travailleuses et travailleurs autochtones, les travailleuses et travailleurs ayant une incapacité, appartiennent à des groupes qui sont moins susceptibles de posséder un logement et beaucoup plus susceptibles de ressentir les effets négatifs de la crise du logement. Par exemple, 20,1 % des ménages de minorités visibles avaient des besoins impérieux de logement en 2016, contre 11,2 % pour les ménages de minorités non visibles; 21 % des personnes autochtones avaient des besoins impérieux de logement cette même année, contre 11 % pour les non-autochtones.

L'engagement accru des syndicats dans la lutte pour la justice en matière de logement peut varier selon les circonstances. Il peut s'agir de faire participer les membres aux audiences de planification locale pour soutenir le développement de plus de foyers et de logements de transition. Il peut s'agir de mobiliser des militantes et militants pour aider à protéger les locataires vulnérables – dans certains cas des collègues – menacés d'expulsion. Il peut aussi être question d’aider à financer des coalitions locales de justice en matière de logement.

La pandémie mondiale a mis à nu de profondes fissures dans le filet de sécurité sociale du Canada, aggravant la crise du logement déjà profonde. Si la pandémie a pu contribuer à certains effets positifs, notamment la stabilisation voire la baisse des loyers dans certaines villes canadiennes, il est beaucoup plus inquiétant de constater une série d'effets négatifs, notamment une forte hausse des sans-abris, une vague d’expulsions liées à la COVID, et des prix de l'immobilier toujours plus élevés sur certains marchés clés du Canada. L'initiative pour la création rapide de logements est une étape importante pour résoudre la crise du logement au Canada, mais il faut faire plus, et les syndicats ont un rôle à jouer. La pandémie mondiale nous a montré qu'il n'y a pas de meilleur moment que maintenant pour que le mouvement syndical se retrousse les manches et s'engage plus activement dans la lutte pour la justice en matière de logement.