Les corrections apportées aux soins de longue durée doivent être permanentes

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Dans tout le Canada, les établissements de soins de longue durée sont devenus des épicentres de la pandémie de la COVID-19, la moitié des décès dus à la pandémie y étant enregistrés.

Nous avons tous entendu les histoires horribles de Bobcaygen et de Dorval, où des établissements de soins de longue durée ont été envahis par la COVID-19, et où des patients et des grands-parents sont morts seuls et séparés de leur famille au moment où ils avaient besoin d’elle. La police enquête sur la situation à Dorval.

Un résident de Bobcaygen a déclaré au Toronto Star que l'établissement qui est devenu l'épicentre de la COVID-19 n'avait rien de particulièrement spécial. « Nous étions juste les premiers », a déclaré Doug Whalen, président du club de curling de Bobcaygeon.

Il a raison, bien sûr.

Les problèmes qui ont conduit à l'épidémie là-bas et dans d'autres foyers similaires au Canada sont profondément enracinés et systémiques.

En fait, les signaux d'alerte sont là depuis longtemps et ne peuvent plus être ignorés.

Depuis des années, Unifor est en tête des syndicats qui luttent pour un financement accru et de meilleures conditions de travail dans les établissements de soins de longue durée. Nous avons fait remarquer que le recours au personnel à temps partiel et occasionnel a obligé un grand nombre de personnes à accepter plus d'un emploi pour joindre les deux bouts. En raison de la pénurie chronique de personnel, les résidents ne reçoivent pas les soins dont ils ont besoin ou qu'ils méritent.

De telles conditions de travail augmentent considérablement la probabilité de transmission des maladies d'un établissement à l'autre. En cas de pandémie, cette situation s'avère mortelle.

Heureusement, certaines juridictions commencent à en prendre note et à agir. La Colombie-Britannique, par exemple, a affecté du personnel vers les services de première ligne des centres de soins de longue durée et a augmenté les salaires des travailleuses et travailleurs de ces centres jusqu'à 7 dollars de l'heure. Peut-être tout aussi important, la province a pris ces mesures dès le début de la pandémie.

D'autres provinces sont plus lentes à agir, et certaines ne le font qu'à contrecœur.

L'Ontario et la Nouvelle-Écosse, par exemple, ont continué à ignorer le manque de personnel dans les soins de longue durée, ainsi que le fait que les faibles salaires et les conditions de travail difficiles rendent le recrutement et la rétention du personnel extrêmement difficiles. 

En fait, l'Ontario a permis aux établissements de recourir plus facilement à du personnel occasionnel, des bénévoles et n’importe quelle personne potentiellement non qualifiée pour travailler dans les foyers en permettant à ces employeurs d'ignorer les conventions collectives.

Contrairement à la Colombie-Britannique, l'Ontario et la Nouvelle-Écosse n'ont pas encore fait pression pour obtenir des salaires plus élevés dans le secteur des soins de longue durée pendant la crise de la COVID-19, et bien que certains employeurs individuels aient répondu à l'appel d'Unifor en faveur d'un salaire majoré de 3 dollars de l'heure pour les travailleuses et travailleurs des soins de longue durée, la mise en œuvre a été lente sans que les autres provinces n’interviennent.

L'Ontario a finalement annoncé mardi qu'elle limiterait le personnel des soins de longue durée à un seul établissement. Cependant, en ne suivant pas l'exemple de la Colombie-Britannique pour superviser la dotation en personnel et fixer une rémunération standardisée, l'Ontario pourrait avoir laissé les établissements de soins de longue durée vulnérables à la pénurie de personnel et aux travailleurs incapables d'obtenir suffisamment d'heures pour payer leurs factures.

De plus, ni l'Ontario ni la Nouvelle-Écosse n'ont traité de manière adéquate la question du dépistage, de l'équipement de protection individuelle (EPI) et de la sécurité des travailleuses et travailleurs en temps opportun, malgré une pénurie d'EPI.

Pire encore, certaines des mesures prises sont temporaires, pour la durée de la pandémie, alors qu'elles devraient être permanentes.

Pendant trop longtemps, on a laissé les conditions de travail, ainsi que les conditions de vie, se détériorer en raison d'un financement insuffisant.

Une leçon que nous devons tirer de toute cette crise est que nous ne pouvons pas continuer à jouer aux dés, à réduire les dépenses et les impôts, et espérer que les choses iront dans notre sens. Ce genre d'approche ne fait qu’augmenter notre vulnérabilité aux catastrophes, comme nous le constatons actuellement.

Notre approche du « régime minceur » des soins de santé nous coûte finalement très cher. Pour éviter cela, nous devons être proactifs et veiller à ce que les changements apportés pour faire face à la pandémie, afin d'améliorer la protection de la santé des résidents et du personnel, soient permanents.

Les résidents ne méritent rien de moins, pas plus que les travailleuses et travailleurs qui ont prouvé leur dévouement tout au long de cette crise.