Légiférer sur des congés de maladie payés est la bonne chose à faire

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Nous manquons de temps.

Chaque jour, une nouvelle étude ou un nouvel argument est publié dans les journaux ou les magazines demandant des congés de maladie payés pour freiner la propagation de la COVID-19 et de ses variants qui se répandent de façon alarmante.

Les municipalités mènent le combat avec le soutien des travailleuses et travailleurs. Les petites entreprises et les experts en santé publique sont aussi de la partie.

D'un seul coup, c'est comme si les Canadiennes et Canadiens réalisaient collectivement que cette injustice ne les touche pas eux uniquement. Seulement 10 % des travailleurs à bas salaire et de première ligne et 42 % de l'ensemble des travailleurs canadiens ont accès à des congés de maladie rémunérés.

Ces travailleuses et travailleurs sont contraints de faire des choix impossibles : continuer à travailler ou mourir de faim.

Une étude réalisée pour la région de Peel a révélé que sur les 7 874 personnes qui ont été testées positives, un quart d'entre elles sont allées travailler tout en présentant des symptômes de COVID.

Quatre-vingt personnes sont allées travailler même après avoir été testées positives à la COVID-19.

Les lieux de travail associés aux plus grandes éclosions étaient également ceux qui dépendaient fortement des travailleuses et travailleurs temporaires, un site utilisant trois agences distinctes de main-d’œuvre temporaire.

Les travailleuses et travailleurs temporaires à bas salaire sont obligés de travailler lorsqu'ils sont malades, car ils n'ont pas de congés de maladie payés ou d'accès à d'autres aides au revenu et craignent de perdre leur emploi ou d'être sanctionnés s'ils s'absentent du travail. 

La pandémie de la COVID-19 est une question de vie ou de mort, mais dans le monde que nous avons construit, il en va de même pour l'expulsion, la sécurité alimentaire et même le fait d'avoir un emploi.

Nous ne pouvons pas compter sur les entreprises à but lucratif pour faire ce qui est juste par bonté de cœur.

Selon un rapport récent, seules 15 % des entreprises locales au Canada ont amélioré leur politique en matière de congé de maladie pendant la pandémie.

Il est clair qu’un changement doit être légiféré.

Rendre obligatoire les congés de maladie payés est la bonne chose à faire. Les travailleuses et travailleurs doivent avoir accès à 14 jours de congé de maladie pendant une crise de santé publique comme la pandémie actuelle.

Ces protections devraient être un strict minimum, mais la couverture est rare. 

Dans les quelques juridictions où les congés de maladie payés par l'employeur sont obligatoires, ils sont très limités.

L'Î.-P.-É. prévoit un jour de maladie payé par année après cinq années d'emploi continu, et au Québec, les travailleuses et travailleurs ont accès à deux jours payés par année après trois mois d'emploi continu. Dans les secteurs sous réglementation fédérale, c'est le gouvernement fédéral qui fixe les normes, et ces lois n'accordent aux travailleuses et travailleurs que trois jours rémunérés.

En Ontario, il n’y a pas de norme minimale, de sorte que les travailleuses et travailleurs n'ont droit à aucun jour de maladie rémunéré.

Le premier ministre de la Colombie-Britannique, John Horgan, est le seul dirigeant à avoir déclaré que la province est prête à combler les profondes lacunes qui subsistent dans la Prestation canadienne de maladie pour la relance économique.

Les premiers ministres sont les gardiens de la plupart des lois sur le travail, mais les politiciens provinciaux restent les bras croisés, refusant d'accorder à tous les travailleurs et travailleuses des jours de maladie adéquats.

Les lois provinciales du travail fixent les normes minimales de l’emploi dans de nombreux secteurs. Elles constituent la première ligne de défense contre l'exploitation, l'injustice et les conditions de travail dangereuses.

Toutefois, l'un des premiers actes du gouvernement du premier ministre Doug Ford a été l'abrogation radicale des amendements au droit du travail qui supprimaient le principe « à travail égal, salaire égal », les jours de maladie payés et le salaire minimum de 15 dollars.

Il s'agissait d'une demande directe du Conseil canadien du commerce de détail, qui a mené une campagne appelant Ford à « abandonner la législation et à recommencer à zéro! ». Le Conseil représente certains des plus grands employeurs canadiens payant leur main-d’œuvre au salaire minimum, tels que Loblaw, Sobeys, Walmart Canada et Metro.

La législation que Ford a abandonnée est le résultat d'un examen pluriannuel des conditions de travail à l'échelle de la province, auquel ont participé des travailleurs, des syndicats, des employeurs, des chercheurs, etc.

Elle a été rejetée à la demande des mêmes grandes entreprises qui affichent aujourd'hui des bénéfices records alors que leurs travailleuses et travailleurs sous-payés sont confrontés à la maladie et à la mort.

Lorsque les congés de maladie payés ont été imposés à New York, la majorité des petites entreprises ont soutenu la loi, et s'y sont conformées sans réduire les heures de travail, ni diminuer l'embauche, ni augmenter les prix. La croissance de l'emploi s'est poursuivie. Le ciel ne leur est pas tombé sur la tête.

En Ontario, nous avons près d'un an de preuves d’éclosions dans tous les types de lieux de travail, des soins de santé aux entrepôts et à la fabrication, en passant par les salons de manucure et les restaurants.

Qu'attendons-nous? Les provinces doivent agir maintenant, combler cette lacune, légiférer sur les congés de maladie payés et les rendre permanents.