Le problème des emplois à temps partiel à Terre-Neuve-et-Labrador

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Linda MacNeil, directrice de la région de l’Atlantique d’Unifor

Les emplois à temps partiel n’ont rien de nouveau pour les Canadiens : les employeurs exploitent depuis longtemps une lacune dans nos normes d’emploi qui leur permet de faire preuve de discrimination envers ces travailleuses et travailleurs. Ce n’est un secret pour personne que les travailleuses et travailleurs à temps partiel gagnent un salaire inférieur à la moyenne, ne peuvent compter sur aucun nombre d’heures garanties, et se voient souvent privés des avantages dont leurs collègues à temps plein bénéficient.

Plus de 3,6 millions de travailleuses et travailleurs (soit environ 20 % de la main-d’œuvre) gagnent leur vie à temps partiel au Canada.

Cette notion voulant qu’il s’agisse de travailler « une partie du temps » seulement est un mythe. Aux dernières nouvelles, nous travaillons tous et toutes, souvent très dur, chaque heure où nous sommes au boulot. Alors pourquoi nos lois permettent-elles aux employeurs de faire preuve de discrimination à l’endroit des travailleuses et travailleurs, qu’ils travaillent 4 ou 40 heures par semaines ou qu’ils soient arbitrairement considérés comme des « entrepreneurs indépendants »?

Loblaw, le plus important et le plus riche détaillant en alimentation au Canada, est probablement le pire des délinquants. Cette chaîne emblématique de supermarchés a restructuré ses activités en une seule génération : l’entreprise emploie maintenant presque exclusivement des travailleuses et travailleurs à temps partiel. Loblaw pourrait être un chef de file de l’industrie. L’entreprise pourrait investir dans le plus précieux de ses atouts, les travailleuses et travailleurs, mais elle choisit plutôt de les réprimer activement en supprimant des emplois et en maintenant les salaires le plus bas possible.
Plus de 80 % des travailleuses et travailleurs des épiceries de quartier Dominion à Terre-Neuve-et-Labrador travaillent à temps partiel, et la plupart ne le font pas par choix.  Ils gagnent en moyenne un salaire horaire inférieur de 30 % à celui de leurs collègues à temps plein. Ils ne disposent d’aucun horaire régulier ou congé de maladie payé et peu d’entre eux sont admissibles aux avantages médicaux. 

Cette semaine, Unifor entamera des négociations avec Loblaw afin de conclure une nouvelle convention collective. Mettre fin à l’élimination continue et délibérée des bons emplois est la priorité absolue du syndicat.

Loblaw a les moyens de le faire. L’entreprise a réalisé des bénéfices nets de près de 1 milliard de dollars l’an dernier. Les travailleuses et travailleurs des épiceries Dominion méritent certainement leur juste part.

Mais Loblaw a plutôt choisi d’éliminer encore quelques dizaines d’emplois à temps plein dans ses épiceries de la province plus tôt cette année, soit environ six par magasin. L’entreprise a demandé aux travailleuses et travailleurs actuels d’assumer un rôle double et même triple. Incroyablement, elle est connue pour encourager ses travailleuses et travailleurs à temps partiel sous-payés à travailler à temps plein, ce que la plupart font par désespoir.

L’histoire de l’emploi à temps partiel au Canada est ancrée dans un traitement injuste, l’inégalité et la marginalisation des groupes vulnérables. Ce n’est donc pas une surprise d’apprendre que les femmes sont surreprésentées dans les emplois à temps partiel (environ les deux tiers), sans parler des jeunes et des aînés. Malgré la réalité, plusieurs estiment que le travail à temps partiel vaut moins que le travail à temps plein.

Il n’est donc pas étonnant de savoir que plus de la moitié des travailleuses et travailleurs à temps partiel à Terre-Neuve-et-Labrador préfèreraient travailler à temps plein, selon Statistique Canada. C’est certainement le cas dans les épiceries Dominion.

Mais il faut que tous les employeurs de la province fassent leur part. Le gouvernement de Dwight Ball peut montrer la voie. Il est grand temps que cette province modernise ses lois sur le travail, comble les lacunes injustes, augmente le salaire minimum à 15 $ l’heure, et exige le traitement équitable des travailleuses et travailleurs, peu importe leur statut d’emploi.

Il y a un problème d’emplois à temps partiel à Terre-Neuve-et-Labrador. Et il est temps d’y remédier.