Le Canada a besoin de ses compagnies aériennes

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Jerry Dias

Le Canada est un grand pays. C'est pourquoi, en tant que nation, nous sommes si fortement tributaires de notre industrie aérienne, dont les lignes desservent tous les coins du pays. C'est pourquoi les enjeux sont si importants en ce moment.

Pensez-y. Les familles sont aujourd'hui dispersées sur de vastes distances. Les Canadiennes et Canadiens de l'Atlantique trouvent du travail dans les champs pétrolifères. Des jeunes de l'Ouest se déplacent vers l'Est pour trouver un emploi à Toronto, Montréal ou Ottawa. Des Canadiennes et Canadiens plus âgés vivent leur rêve de retraite dans un endroit plus calme.

Les voyages ont rendu tout cela possible tout en restant en contact avec la famille. Avant que la COVID-19 ne frappe, les frères et sœurs séparés par des milliers de kilomètres pouvaient rester proches et les grands-parents pouvaient régulièrement rendre visite à leurs petits-enfants. Nous pouvions simplement monter dans un avion – pour certaines destinations, il semblait même y avoir des vols toutes les heures – et revoir nos proches.

La pandémie a fait disparaître cette facilité de voyager et nous a montré à quel point tout cela était précieux et précaire.

Sans aide immédiate pour le secteur aérien en difficulté, la déconnexion provoquée par les vols perdus et la fermeture des plateformes aériennes pourrait durer des années – et dans certains endroits devenir permanente même si le reste de la société commence à revenir à la normale.

Comme je l'ai dit cette semaine au Comité permanent fédéral des transports, de l'infrastructure et des collectivités, nous ne pouvons pas laisser cette situation se produire.

La COVID-19 a frappé l'industrie du transport aérien tôt et fort, et continue de le faire.

À l’heure actuelle, 45 % des membres d'Unifor dans le secteur aérien sont soit mis à pied, en congé forcé ou ont vu leur emploi supprimé. Chez Air Canada, 60 % sont sans emploi. Chez Porter et Sunwing, tous nos membres sont en congé forcé ou inactifs.

Les travailleuses et travailleurs ont également perdu leur assurance maladie, et ils sont plus nombreux chaque jour à recevoir un préavis de mise à pied. D'autres sont contraints de subir des réductions de salaire pour éviter des mises à pied, tout en se demandant s'ils auront même un emploi auquel revenir.

C'est un coup dur pour un secteur qui employait auparavant quelque 240 000 travailleuses et travailleurs, et contribuait à hauteur de près de 37 milliards de dollars au produit intérieur brut du Canada. Il s'agit d'un élément essentiel du commerce des biens et des services du Canada et d'un pilier essentiel de l'industrie du tourisme.  

Les compagnies aériennes ont considérablement réduit leurs liaisons et même supprimé certaines destinations, laissant des communautés entières sans aucun vol et diminuant l'espoir de les voir revenir un jour.

Si le gouvernement n'intervient pas maintenant pour sauver l'industrie, ces craintes sont fondées.

Toute aide à l'industrie aérienne doit donner la priorité aux travailleuses et travailleurs. Ils ont perdu leur travail ou l'ont vu sévèrement réduit.

Par exemple, les pilotes doivent continuer à voler sous peine de perdre leur licence. Tout redémarrage important du transport aérien, lorsqu'il se produira, pourrait être entravé si les travailleuses et travailleurs – notamment les pilotes, les contrôleurs aériens et les mécaniciens – n'ont pas pu maintenir leurs heures de travail pour conserver leurs compétences et leurs qualifications.

La formation et la recertification des pilotes peuvent prendre jusqu'à deux ans et sont incroyablement coûteuses.

La réaction tardive du Canada pourrait donc s'avérer encore plus coûteuse à l'avenir. Jusqu'à présent, ce pays a fourni moins de 2 milliards de dollars. Parmi les pays du G7, seule l'Italie a fourni moins.

Nous pouvons et devons faire mieux.

Nous ne pouvons pas nous contenter de compter sur les vaccins comme panacée pour l'économie – ou l'industrie aérienne en particulier. L'impact économique de la COVID-19 se poursuivra longtemps après que nous aurons maîtrisé ce virus.

Les compagnies aériennes continuent de souffrir financièrement, tout comme elles l'ont fait après la crise financière de 2008-2009. Il a fallu une décennie à l'industrie et à ses travailleuses et travailleurs pour se remettre de ce choc, et certains continuent de souffrir.

La différence cette fois-ci est que, contrairement à 2008-2009, de nombreux clients des compagnies aériennes ont envie de prendre l'avion dès qu'ils le pourront. Il y a un désir refoulé de voyager, de voir des êtres chers ou de ne pas avoir à prendre d’autres vacances chez soi, et nous aurons besoin d'une industrie aérienne viable prête à répondre à cette demande.

Le gouvernement fédéral envisage de renforcer encore les restrictions de voyage dans le cadre de sa réponse à la pandémie, car la deuxième vague résiste à tous les autres efforts et de nouveaux variants surgissent. Toute mesure de ce type doit s'accompagner d'une aide pour les personnes touchées par les mesures, y compris dans le secteur aérien.

Nous avons besoin d'une discussion approfondie sur le rôle que les tests rapides peuvent jouer pour rendre les voyages plus sécuritaires.

En tant que grand pays, nous en sommes venus à compter sur l'industrie aérienne pour garder des liens proches avec nos familles et nos amis, même s'ils vivent à de grandes distances les uns des autres – et une fois que ce virus aura été combattu, beaucoup de gens voudront renouer avec leurs proches.

Cependant, nous devons d'abord nous assurer que les compagnies aériennes survivent pour qu'elles puissent répondre à cette demande.