La vente de la chaîne de journaux Torstar montre l'ampleur de la crise dans les médias

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Les conservateurs canadiens doivent faire sauter les bouchons de champagne aujourd'hui après la vente du plus grand quotidien au Canada à deux de ses avides partisans.

Depuis plus de 100 ans, le Toronto Star est la voix des travailleurs canadiens et mène le débat sur des questions dont les conservateurs ne supportent pas de parler : les salaires et les conditions de travail décents, les droits des Canadiens marginalisés, les politiques d'immigration raisonnables, etc.

Le quotidien a fondé son engagement à donner la parole aux sans-voix en s’appuyant sur les principes d'Atkinson – que le Star soit un journal résolument progressiste – afin de témoigner de la réalité des communautés marginalisées pour aider à bâtir une meilleure société.

Ce matin encore, le Star a relaté ses 17 années à exposer les conditions de vie dans les foyers de soins de longue durée. Alors que la pandémie a récemment fait la une des journaux, le Star et ses journalistes dévoués ont pourtant mené le débat pendant des années.

Le Star est également le rare média au pays à disposer d'une journaliste à plein temps dédiée au secteur du travail. Les reportages de Sara Mojtehedzadeh ont permis de mettre la question des travailleurs temporaires et de l’économie à la demande à l'ordre du jour national. Ce sont des enjeux que nous percevons tous désormais sous un angle nouveau avec la COVID-19. Nous sommes un meilleur pays et les travailleurs sont plus en sécurité grâce à la qualité de son journalisme et de celui de ses collègues dévoués de la salle de rédaction du Star.

Les nouveaux propriétaires affirment qu'ils continueront à adhérer aux principes d'Atkinson pour défendre les travailleurs canadiens partout au pays. Aussi bon que cela puisse paraître, c'est la même chose que ce que nous avons entendu de la bouche des populistes de droite depuis des années. Jason Kenney prétend lui aussi parler au nom des travailleurs canadiens, mais il continue à nous montrer le contraire.

Les deux nouveaux propriétaires sont des donateurs du Parti conservateur. L'un d'eux a même fait don du maximum autorisé à Maxime Bernier de l’extrême droite lors de sa candidature à la direction du parti.

Le Toronto Star a dit un jour à propos de Bernier : « Ce n'est un secret pour personne que Bernier a des opinions extrêmes, voire indéfendables, sur l'immigration, le changement climatique et bien d'autres sujets. Il est également évident que ses opinions ne sont pas en accord avec les principes bien établis du Star. »

Espérons que les bonnes personnes au Star ne l'oublieront pas.

D'élection en élection, le Toronto Star et ses journaux frères ont été les seuls à soutenir les libéraux et le NPD. La majorité des journaux du Canada ont toujours soutenu les conservateurs, quelles que soient les politiques économiques et sociales destructrices que les conservateurs ont concoctées avec leurs riches amis.

Le Star est devenu le plus grand journal du Canada précisément en raison de son dévouement au journalisme progressiste et à la couverture des sujets que d'autres journaux plus conservateurs n'auraient pas couverts. Les nouveaux propriétaires seraient bien avisés de s'en souvenir.

Le fait que le Star et tous ses journaux frères se soient vendus à un prix ridicule montre la situation désespérée dans laquelle se trouvent les médias aujourd'hui.

La prise de contrôle, faisant de Torstar une entreprise à capital fermé, intervient après des décennies de baisse des recettes publicitaires, le succès numérique de Facebook et Google qui a englouti la grande majorité de la publicité en ligne, et le coup de grâce de la COVID-19 qui a provoqué les derniers dégâts.

Pendant ce temps, le secteur des médias continue d'attendre l'aide fédérale promise depuis longtemps.

Dans le meilleur des cas, nous comptons tous sur les médias pour faire fonctionner la démocratie. En cas de pandémie, nous comptons sur un bon journalisme pour rester en sécurité, voire pour rester en vie.

Ces derniers mois, des dizaines de médias ont fait faillite dans tout le Canada, la pandémie s'étant révélée être la dernière goutte d'eau dans un secteur en difficulté.

L'aide du gouvernement fédéral a été promise plus d’une fois. Unifor a mené la lutte pour obtenir cette aide importante et pour que Google et Facebook paient leur juste part pour le journalisme qui leur permet de réaliser d’énormes profits.

Nous ne pouvons plus attendre. L'Australie a agi pour que les géants de l'Internet payent. La France est intervenue aussi, tout comme d'autres pays dans le monde.

Il n'y a plus de délai possible. Nous devons faire de même au Canada.