La sécurité en temps de crise : la réforme du programme d'assurance-emploi du Canada

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La COVID-19 a suscité une importante discussion sur la nature d’un travail décent et les insuffisances du filet de sécurité sociale du Canada, qui aurait dû avoir lieu depuis longtemps.

Le rôle vital joué par les emplois que beaucoup considéraient autrefois comme ne méritant pas une augmentation minimale de salaire, et l'importance de veiller à ce que nous ayons tous assez d'argent pour payer le loyer et mettre de la nourriture sur la table, sont des leçons importantes dont nous devons tous nous souvenir dans le monde post-pandémique.

Aujourd'hui, nous payons un prix énorme pour éviter un effondrement économique complet et pour aider tous les Canadiens et Canadiennes à payer leurs factures, mais les causes de ce défi financier remontent bien plus loin que la pandémie elle-même.

Il y a vingt ans, l'excédent du régime d'assurance-emploi (AE) atteignait 57 milliards de dollars à cause d’une série de changements politiques visant à limiter le nombre de travailleuses et travailleurs ayant accès aux prestations en cas de besoin.

Pendant des décennies, les travailleuses et travailleurs ont été pris dans le feu croisé d'un débat idéologique qui les blâmait pour leur propre chômage et considérait les « généreuses » aides au revenu comme un facteur de dissuasion pour trouver du travail.

De telles attitudes ont contribué à ce que l'excédent du régime d'assurance-emploi atteigne les 57 milliards de dollars, un montant inadmissible alors que tant de personnes étaient dans le besoin.

Tout a commencé avec les conservateurs de Brian Mulroney dans les années 1980 et s'est intensifié sous les libéraux de Jean Chrétien, avec des changements radicaux qui comprenaient le remplacement de l'assurance-chômage par l'assurance-emploi, la suppression des contributions financières fédérales, l'inadmissibilité aux prestations des travailleuses et travailleurs qui quittent leur emploi, la réduction des prestations et le resserrement des critères d'admissibilité.

Il n'est pas surprenant que cela ait entraîné une baisse significative de la couverture de l'assurance-emploi pour les chômeurs, qui est passée de 80 % en 1990 à 44,5 % en 2008. 

Les attaques se sont poursuivies sous les conservateurs de Stephen Harper avec des exigences irréalistes en matière de recherche d'emploi et des dispositions qui ont rendu encore plus difficile l'accès des travailleuses et travailleurs à un régime auquel ils avaient cotisé pendant des années. 

Puis, l'économie à la demande a commencé à croître, et de plus en plus de travailleuses et travailleurs ont été contraints à un emploi précaire. Même avant cette crise, le Centre canadien de politiques alternatives rapportait que seul un travailleur sur quatre gagnant moins de 15 dollars de l'heure était admissible à l'assurance-emploi – bien qu'il ait versé une part plus importante de son revenu dans le régime.

Comme les travailleurs à bas salaire sont principalement des femmes, des travailleurs racialisés, des migrants, des jeunes et des travailleurs ayant une incapacité, cela pose également de graves problèmes d'équité. Et parce que le fait de quitter un emploi ne permet pas aux travailleuses et travailleurs d’avoir accès à l'assurance-emploi, plusieurs sont obligés de conserver un mauvais emploi ou un emploi dangereux et sont à la merci d'employeurs qui les exploitent.

L'énorme excédent de l'AE a été détourné vers les coffres du gouvernement, et la douleur ressentie par les chômeurs qui n'ont pas accès à l'AE a été utilisée pour équilibrer les budgets, combler les lacunes de financement d'autres programmes et payer les réductions d'impôt pour les entreprises. Aujourd'hui, il ne reste plus que 4,9 milliards de dollars d'excédent.

Si nous n'en avions pas déjà dépensé la majeure partie, l'excédent de l'AE aurait pu servir à payer la totalité du coût du programme de Prestation canadienne d'urgence (PCU), dont le coût est actuellement estimé à 24 milliards de dollars, et une grande partie des 71 milliards de dollars destinés à soutenir le programme fédéral de la Subvention salariale d’urgence.

Le fait est qu'un système d'assurance-emploi solide, complet et performant, qui s'adresse à tous les travailleurs et travailleuses, aurait pu éviter la nécessité de développer des programmes qui se chevauchent.

Cela dit, il convient de reconnaître que le Canada a réussi à créer un nouveau programme social en quelques semaines et à corriger certains éléments lorsque des lacunes flagrantes sont mises en évidence. Il convient de saluer cette réussite qui témoigne du pouvoir collectif que nous pouvons exploiter lorsqu'il existe une volonté politique de mettre en place un solide filet de sécurité sociale. Il n'y aura plus d'excuses à l'avenir.

Bien que l'assurance-emploi se soit développée au fil des ans pour offrir d'importantes prestations supplémentaires, telles que les prestations de maladie et les prestations parentales, ainsi que la formation professionnelle, nous ne devons pas perdre de vue l'objectif ultime du programme: soutenir financièrement les travailleuses et travailleurs en cas de perte temporaire d'emploi.

La crise actuelle offre au gouvernement une occasion unique de faire en sorte que l'assurance-emploi fonctionne à nouveau. Il existe des solutions systémiques immédiates qui rendraient l'AE plus simple et plus accessible pour tous les travailleurs et travailleuses. Il s'agit notamment d'un seuil d'admissibilité standard de 360 heures, de l'augmentation du taux de remplacement du revenu à au moins 75 %, de l'élimination de toutes les périodes d'attente, de l'accès aux prestations pour les travailleuses et travailleurs qui doivent quitter un emploi, et de l'augmentation de la durée des congés de maladie à 26 semaines et des prestations régulières à 50 semaines.

En période de difficultés économiques, nous avons besoin d'un solide programme de sécurité du revenu qui protège tous les travailleurs et travailleuses, quels que soient leur région, leur situation professionnelle, leur niveau de compétences et leur revenu. En période de difficultés économiques, personne ne devrait être laissé pour compte.