La relance du transport aérien doit se concentrer sur la durabilité sociale et les emplois de qualité

Main Image
Image
Kaylie Tiessen, représentante nationale, service de recherche - Note de recherche
Partager

Cela fait plus d'un an que la pandémie de coronavirus est apparue et que le transport aérien a été sévèrement restreint.

Statistique Canada a publié cette semaine les dernières statistiques économiques sur le transport aérien. Sans surprise, les chiffres dressent un tableau troublant.

Les grandes compagnies aériennes canadiennes ont transporté moins de 800 000 personnes en janvier. C'est près de 90 % de moins que le nombre de passagers que ces mêmes compagnies aériennes ont transporté en janvier 2020. Les revenus d'exploitation ont diminué de 85 % par rapport à janvier 2020. Le PIB créé par l'industrie a chuté encore plus, pour atteindre seulement 11 % des niveaux d'avant la COVID-19.

Près d'un quart des travailleuses et travailleurs ont été mis à pied.

Le graphique ci-dessous illustre les conséquences économiques liées à la COVID-19 sur le secteur du transport aérien au Canada. Essentiellement, on peut dire que le secteur est tombé d'une falaise.

Sources: Calculs de l’auteur à partir de données de Statistique Canada, tableau 14-10-0201-01, tableau 23-10-0079-01 et tableau 36-10-0434-01.

Unifor réclame depuis des mois un plan national de relance de l’aviation. Ce plan comprend un ensemble de mesures de soutien spécifiques à l'industrie qui garantit que les travailleuses et travailleurs bénéficient des retombées, notamment en protégeant les salaires et les conditions de travail dans les compagnies aériennes, les aéroports et les services de navigation et en veillant au maintien des titres de compétence. Les Canadiennes et Canadiens vont vouloir reprendre l'avion et le gouvernement doit s'assurer que l'industrie est prête à décoller dès que les restrictions seront levées.

Le plan préconise également d’adopter une approche scientifique à l’égard des restrictions aux frontières, notamment par la mise en œuvre de tests rapides et d’une quarantaine évolutive et, surtout, à mon avis, en s’appuyant sur une vision de l'avenir de l'industrie qui assurera des emplois décents, des normes de santé et de sécurité solides et une pleine croissance du secteur au bénéfice des passagers et des travailleuses et travailleurs.

Les membres d'Unifor dans le secteur du transport aérien ont déjà traversé des crises auparavant.

Au cours de la récession de 2008-2009, Air Canada a essuyé des pertes de 1 milliard de dollars et le cours de son action a chuté à 0,78 dollars. En 2009, nos membres ont accepté d'importants changements à leur convention collective dans le cadre d'un effort visant à sauver le transporteur de la faillite.

En 2018, le cours de l'action et la rémunération des dirigeants avaient largement dépassé le simple recouvrement des pertes, mais nos membres ont dû se battre bec et ongles pour récupérer ce qui avait été perdu.

Pendant cette même période, les stratégies de compression des salaires et des conditions de travail abondaient dans tout le secteur. Dans les aéroports, les pratiques de transfert de contrats ont explosé.

Dans les compagnies aériennes, le gel des salaires et les menaces de sous-traitance ont marqué la décennie, obligeant les travailleuses et travailleurs à se battre pour des miettes alors que les profits continuaient de grimper en flèche.

Les pilotes sont constamment confrontés à la menace d'une réglementation qui risque d’augmenter la fatigue et de diminuer la sécurité. Ceux qui fournissent des services de navigation sont confrontés à la menace constante d'être remplacés par de nouvelles technologies.

Les travailleuses et travailleurs du transport aérien et les syndicats travailleront dur pour s'assurer que cette tendance ne se reproduise pas au sortir de la crise, mais nous avons besoin d'un partenaire actif au sein du gouvernement fédéral.

Comme le secteur est réglementé par le gouvernement fédéral, les travailleuses et travailleurs du transport aérien comptent sur ce dernier pour fixer les salaires et les conditions de travail, les dispositions relatives aux soins de santé, les aides sociales et la possibilité de se syndiquer. De nombreuses modifications réglementaires sont prévues et doivent être mises en œuvre rapidement, notamment l'augmentation du salaire minimum fédéral à 15 dollars, la fin des transferts de contrats et la mise en œuvre d’une réglementation sur les heures de travail afin d'éviter la fatigue et de garantir la sécurité du secteur.

La reprise qui suivra la crise de la COVID-19 doit être très différente des reprises antérieures qui ont accentué la déréglementation, créé des situations de travail précaires et déchargé les coûts de la reprise sur les travailleurs et les consommateurs.

Il n'est pas question que les compagnies tentent de profiter de la crise de la COVID-19 pour remanier les organisations et réduire les salaires et les conditions de travail. Le gouvernement fédéral doit empêcher que cela ne se produise en mettant en œuvre la Stratégie nationale de relance de l'aviation d'Unifor et en veillant à ce que l'industrie se relève en mieux, et non en pire, de cette crise. 

Les recommandations d'Unifor pour relancer et rebâtir le secteur du transport aérien font partie de sa feuille de route pour une relance économique équitable, inclusive et résiliente – le plan d'Unifor pour rebâtir en mieux. Pour en savoir plus, consultez le site rebatirenmieux.unifor.org.