La réforme de l’assurance-emploi : un très bon début

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Message du président

Ce texte a été publié dans le Huffington Post le jeudi 31 mars 2016

Les modifications apportées à l’assurance-emploi dans le budget fédéral la semaine dernière représentent un changement d’attitude positif et important de la part d’Ottawa.

Sous le précédent gouvernement  conservateur, les travailleurs qui avaient perdu leur emploi ont appris qu’Ottawa ne serait pas là pour les soutenir avec un régime d’assurance-emploi qui leur permettrait de passer à travers les moments difficiles de la recherche d’emploi, alors que le gouvernement a, à plusieurs reprises, diminué l’admissibilité aux prestations d’assurance-emploi.

Le résultat était prévisible : moins de 40 p. cent des personnes perdant leur emploi aujourd'hui peuvent toucher des prestations d’assurance-emploi. C’est moins de la moitié du pourcentage qui pouvait compter sur des prestations dans les années 1980. En d’autres termes, sur une période d’une génération de coupes et de changements aux règles, les travailleurs ont appris qu’Ottawa ne les protègerait pas.

La situation a changé la semaine dernière lorsque le nouveau gouvernement libéral a déposé son premier budget qui comprend plusieurs modifications à l’assurance-emploi que le gouvernement prétend apporter pour que 50 000 autres Canadiennes et Canadiens soient admissibles aux prestations :

  • L’exigence de 910 heures de travail avant d’être admissible aux prestations est désormais remplacée par des niveaux d’admissibilité par région
  • Le délai de carence avant de recevoir des prestations passe de deux semaines à une semaine
  • Les travailleurs dans les régions durement frappées par la baisse du prix des matières premières, comme le nord de l'Alberta, Sudbury et Terre-Neuve, peuvent toucher des prestations pendant cinq semaines supplémentaires jusqu’à concurrence de 50 semaines
  • Les travailleurs ayant une durée de service plus longue dans ces régions peuvent toucher 20 semaines supplémentaires de prestations jusqu’à concurrence de 70 semaines.

Ces changements replacent grandement le régime d’assurance-emploi dans sa lignée de départ, soit de fournir une relative stabilité aux familles et à leur communauté pendant les moments difficiles. Bien que ces changements ne corrigent pas tous les problèmes de l’assurance-emploi, le changement d’attitude est la chose la plus importante ici. Alors qu’il s'agissait récemment de trouver des manières d’empêcher les travailleurs de toucher les prestations qu’ils méritaient, maintenant il s’agit de trouver des moyens de faire en sorte que l’assurance-emploi aide les travailleurs, leur famille et leur communauté lorsqu’ils en ont le plus besoin.

Hier à Calgary, le premier ministre Trudeau a dit que le gouvernement révise toujours ces changements pour améliorer l’assurance-emploi et continuera de chercher des moyens « d’augmenter cet impact si nécessaire ».

Les libéraux ne sont pas à court de moyens pour examiner les façons d’augmenter l’impact de leurs changements à l’assurance-emploi à ce jour. Un bon début serait d’augmenter la prestation maximale à 537 dollars, une hausse de seulement 13 dollars par rapport à l’année dernière et néanmoins encore trop faible pour aider une famille à traverser des moments difficiles.

Il serait encore plus important de renverser la capacité du gouvernement, à la suite de l’exemple de gouvernements précédents, de transférer des milliards de dollars en soi-disant excédents de l’assurance-emploi aux recettes générales.  Au cours des dernières années, la caisse de l’assurance-emploi a accumulé près de 6,9 milliards de dollars en excédents: 3,5 milliards de dollars en 2015, 2,2 milliards de dollars en 2015 et 1,2 milliard de dollars prévu en 2016, alors que les sommes tombent directement dans les coffres du gouvernement.

Le précédent gouvernement conservateur avait prévu de prévenir les futurs excédents en coupant les cotisations versées dans la caisse de l’assurance-emploi, une mesure que les libéraux n’ont pas renversée. C’est encore une mauvaise réponse à la question des excédents.

Cet argent a été placé dans cette caisse par des travailleurs en cas de moments difficiles. C’est leur argent, et ils méritent de savoir que ces sommes seront là pour eux, d’une façon ou d’une autre, lorsqu’ils en auront besoin. S’il y a plus d’argent dans la caisse que ce qui est nécessaire pour verser les prestations d’assurance-emploi, cet argent ne devrait pas aller dans les coffres du gouvernement ni être utilisé pour réduire les cotisations. À la place, les fonds supplémentaires pourraient être utilisés pour étendre le programme en permettant à un plus grand nombre de personnes d’être admissibles aux prestations, bonifier les prestations et étendre les programmes de formation.

Il y a une époque, avant que les gouvernements ne commencent à faire des compressions à l’assurance-emploi et à chercher de nouveaux moyens pour priver les travailleurs des prestations qui leur étaient dues, le régime aidait vraiment les travailleurs à trouver un nouvel emploi.

Des programmes comme le programme national de formation et d'autres ont permis aux travailleurs de continuer à toucher des prestations tout en suivant une formation à temps plein pour qu'ils puissent développer les compétences nécessaires pour trouver un nouvel emploi. Les femmes étaient encouragées grâce à ce programme à apprendre un métier spécialisé. Les jeunes avaient des opportunités d’apprentissage dépassant de loin ce qui est disponible aujourd’hui.

Mais, ce type d’opportunité n’est pas possible si l’assurance-emploi est perçue comme une sorte de caisse occulte pour le gouvernement ou si elle est utilisée pour financer une baisse des cotisations.

Aucun gouvernement ne devrait être autorisé à retirer des sommes de la caisse de l’assurance-emploi, et il est sans doute temps de promulguer ce principe sous forme de loi. Une législation qui garantit que les sommes versées par les travailleurs dans la caisse de l’assurance-emploi soit là pour eux lorsqu’ils en ont besoin serait une grande source de réconfort pour les travailleurs et leur communauté.  

Notre nouveau gouvernement a pris des mesures importantes pour s'assurer que l'assurance-emploi réponde aux besoins des travailleurs et de leur communauté. La prochaine étape logique serait de garantir que cet argent sera là pour eux lorsqu’ils en auront besoin.