La pandémie fait peut-être reculer la situation des femmes, mais la lutte continue

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Cette chronique a été publiée à l'origine dans le Globe and Mail.

La pandémie a démoli plusieurs idées traditionnelles en ce qui concerne notre économie, l’égalité et le travail, en particulier le travail essentiel, dont les femmes s’acquittent en grande partie.

Où en serions-nous sans le travail des femmes accompli au cours de la dernière année? Et pourtant, aussi essentiel que ce travail ait été pour le bien-être du pays, nous continuons de lutter pour le respect et une rémunération équitable.

Les congés de maladie payés sont devenus la pointe de l’iceberg, nous incitant à lancer des appels encore plus vastes pour améliorer les normes d’emploi et les droits du travail dans tout le pays. La lutte pour des salaires équitables et un travail décent pour tout le monde représente la base de l’iceberg. C’est pourquoi les femmes syndiquées luttent pour faire augmenter le salaire minimum, font campagne pour le droit universel à la syndicalisation, et pour le droit de demander d’identifier les risques au travail et de refuser d’effectuer un travail dangereux. Au Canada, une poignée de PDG déclare des bénéfices records année après année alors que le seuil des normes minimales au travail disparaît sous nos pieds.

Comme nous l’avons vu tout au long de l’histoire, la crise actuelle pèse lourd sur les femmes, ainsi que sur les personnes non binaires et diversifiées sur le plan du genre. Elle pèse encore plus lourd sur les femmes racialisées. Nos lieux de travail sont des champs de bataille parce que les patrons gardent de plus en plus d’argent pour eux-mêmes, alors que les femmes doivent se battre pour obtenir des salaires équitables et avoir accès à de l’équipement de protection individuelle adéquat. Après des décennies de lutte, nous ne disposons toujours pas d’un système de garde d’enfants véritablement établi et accessible, et l’écart de rémunération entre les sexes continue de miner l’expérience professionnelle des femmes. La pandémie a d’ailleurs aggravé les choses.

Doug Ford, le premier ministre de l’Ontario, semble à bout de patience lorsque les gens continuent de réclamer des congés de maladie payés. Mais permettez-moi de vous dire la vraie vérité : nous n’avons pas l’intention de cesser nos revendications ni notre mobilisation.

Honnêtement, trop de politiciens ont laissé l’idéologie nuire à une réponse adéquate face à la pandémie, une réponse qui doit prioriser les gens ainsi que les travailleuses et travailleurs.

Ils ont laissé tout le poids de la pandémie retomber sur les épaules des femmes. Les femmes travaillent plus que jamais en première ligne, et pourtant, plus de 20 % d’entre elles sont sous-employées, preuve qu’il existe des obstacles systémiques inhérents sur notre marché du travail. Les femmes sont plus nombreuses que les hommes à avoir perdu leur emploi pendant la crise, faisant chuter notre participation au marché du travail d’un point de pourcentage.

Nous reculons.

Les femmes syndiquées se battent pour la justice en milieu de travail depuis des décennies. Les racines mêmes de la Journée internationale des femmes que nous célébrons le 8 mars découlent de la lutte pour un salaire équitable, un travail sécuritaire et le droit à un syndicat pour tout le monde.

Plus de 100 ans après la première célébration des réalisations et du potentiel des femmes, les luttes en milieu de travail sont tout aussi importantes. Tous les préposés aux services de soutien à la personne savent à quel point la dernière année a été tragique et difficile.

Ainsi, bien que nous nous souviendrons que certains politiciens ont fait obstacle aux travailleuses et travailleurs, aux femmes et à tous ceux et celles qui soutiennent nos communautés dans les bons comme dans les mauvais moments, il y a encore des choses qu’ils ne savent pas.

Un jour, toutes les provinces du Canada disposeront de congés de maladie payés obligatoires et les employeurs les paieront.

Un jour, les employeurs ne pourront plus confier en sous-traitance leurs responsabilités à des agences de travail temporaire, privant les travailleuses et travailleurs de chaque dollar de profit, et les rendant vulnérables à des droits du travail affaiblis et à des bas salaires permanents.

Un jour, nous inaugurerons un régime universel d’assurance-médicaments qui réduira considérablement le coût des médicaments pour les Canadiens moyens et établira le prochain modèle de base du système public de soins de santé au Canada.

Les femmes, les mouvements démocratiques féminins et les organisations de travailleurs et travailleuses voient bien les liens entre le travail décent, le logement abordable, la justice raciale, l’accès à l’éducation, aux soins de santé publics et aux services de garde d’enfants, et l’important filet de sécurité qui améliore les conditions de tout le monde.

Les femmes se battent pour ces droits depuis longtemps et nous n’abandonnerons certainement pas maintenant.

Alors que les politiciens vont et viennent, la solidarité féminine continue sans interruption, tout comme nos demandes de justice en matière de genre.

Et en ces temps de crise, les politiciens peuvent écouter et agir, ou prendre la porte.

Lana Payne est la secrétaire-trésorière nationale d’Unifor.