« La grande remise à zéro » va aggraver la crise économique

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La grande réinitialisation. Premier minister Furey, #NeVendezPasTNL

Par Kaylie Tiessen, Service de la recherche d’Unifor

Alors que le premier ministre Andrew Furey envisage de réduire les salaires et de faire régresser les conditions de travail des citoyens de la province, comme le recommande Moya Greene dans son rapport « La grande remise à zéro » de l’Équipe de la reprise économique du premier ministre (PERT), les gouvernements et les conseillers du monde entier parlent de rebâtir en mieux en recourant à des politiques de croissance inclusive qui garantissent que personne n'est laissé pour compte.

Nous avons déjà entendu dire que, si elles sont mises en œuvre, les recommandations du rapport de l’équipe PERT entraîneront la perte d’au moins 9 000 emplois, réduiront le budget des soins de santé de 35 % d'ici la fin de la sixième année et que toute nouvelle technologie introduite pour remplacer les humains dans le secteur des soins de santé a peu de chance de prendre le relais.

Les recommandations du rapport « La grande remise à zéro » réduiront les salaires des travailleuses et travailleurs du secteur public et entraîneront une augmentation des inégalités en poussant davantage de personnes vers des emplois à bas salaires. La recommandation de revoir toutes les conventions collectives et les rémunérations du secteur public diminuera également la force dont disposent les travailleuses et travailleurs lorsqu'ils négocient collectivement par l'intermédiaire d'un syndicat dans les secteurs public et privé.

Les politiques proposées dans le rapport de l’équipe PERT vont à l'encontre du consensus émergeant selon lequel le monde doit se relever de cette crise en faisant mieux pour les gens et la planète.

La croissance inclusive est une croissance économique durable et équitable, qui répartit plus équitablement les bénéfices de la croissance économique entre tous les acteurs d'une économie. Les politiques peuvent inclure des investissements publics dans les infrastructures et les soins, des politiques visant à augmenter les salaires et à renforcer les conditions de travail, et à détourner les investissements privés des activités indésirables.

En octobre de l'année dernière, le Fonds monétaire international (FMI) a publié un rapport soulignant la valeur des investissements publics dans des programmes tels que les soins de santé, affirmant qu'ils peuvent réellement accélérer la reprise économique. Les chercheurs ont constaté qu'un investissement dans les programmes publics égal à 1 % du produit intérieur brut (PIB) augmente l'activité économique de 2,7 %. De plus, les investissements privés augmentent de 10 % et les emplois de 1,2 %.

La Banque du Canada parle aussi de croissance inclusive. Dans son dernier discours en tant que première sous-gouverneure, Carolyn Wilkins a déclaré:

« Le Canada doit se concentrer sur la création d'une croissance durable qui laisse moins de gens derrière afin de rendre plus gérables les niveaux élevés de la dette. »

Arrêtons-nous à cela : la création d'emplois de meilleure qualité et de services publics plus forts fera croître l'économie et rendra les niveaux d'endettement plus faciles à gérer. Une pression à la baisse sur ces résultats rendra la dette plus accablante.

L'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), l'administration Biden et même la plupart des partis politiques fédéraux au Canada reconnaissent enfin ce que beaucoup savent depuis des années : les inégalités freinent la croissance économique et nous empêchent tous de progresser.

L'expérience d'autres pays nous a appris que la réduction des salaires et des services publics pour faire face à la dette et aux déficits peut en fait aggraver une crise économique.

Les coupes massives peuvent créer une crise du chômage qui érode davantage la capacité de payer d'un gouvernement en réduisant l'assiette fiscale et en augmentant le besoin de services – c'est une spirale descendante qui entraîne de plus en plus de gens dans la pauvreté ou l'insécurité, ou les deux.

Comment l’équipe PERT a-t-elle pu se tromper à ce point?

Terre-Neuve-et-Labrador a déjà le taux de chômage le plus élevé du pays, et 25 % des travailleuses et travailleurs de la province travaillent au salaire minimum et 30 % gagnent moins de 15 $ l'heure. La province est l'une des plus inégalitaires du pays. La part du revenu des 10 % de personnes ayant le revenu le plus élevé a augmenté de façon constante au cours des 20 dernières années, tandis que la part du revenu des 10 % de personnes ayant le revenu le plus faible a diminué.

Ces tendances et ces écarts d'inégalité ne feront que s'aggraver si les recommandations de l’équipe PERT sont adoptées.

Le gouvernement devrait plutôt se concentrer sur la création d'une croissance inclusive qui, comme l'explique si bien Carolyn Wilkins, crée un cycle de renforcement positif rendant les niveaux d'endettement plus gérables.

La création d'une croissance inclusive à Terre-Neuve-et-Labrador nécessiterait certainement une remise à zéro, mais une remise à zéro qui réoriente l'économie vers l'équité et la résilience afin que davantage de personnes puissent résister aux tempêtes de la volatilité économique lorsqu'elles se présentent. (Note complémentaire : la réduction des inégalités de revenus réduit également la volatilité économique – un autre résultat de la boucle de renforcement positif).

Pour commencer, le premier ministre Furey devrait porter le salaire minimum à au moins 15 $ l'heure et veiller à ce qu'il suive le coût de la vie au fil du temps. Le premier ministre devrait également mettre en œuvre des politiques visant à exiger des pratiques équitables en matière d'horaires de travail afin d'augmenter le nombre d'emplois à temps plein et de réduire le nombre de personnes qui doivent avoir plusieurs emplois pour joindre les deux bouts.

Les travailleuses et travailleurs employés dans la fonction publique élargie, y compris les services de garde d'enfants, les soins de longue durée, l'éducation et les soins de santé, devraient recevoir un salaire décent, être assujettis à des pratiques d'établissement d'horaires équitables et bénéficier de solides avantages sociaux. Si le gouvernement ne fait pas cela, le premier ministre créera l'instabilité et l'insécurité qu'il prétend essayer d'éviter.

Les travailleuses et travailleurs méritent une transition équitable, quelle que soit la raison du déplacement. Il y a tellement de transitions qui ont lieu en ce moment, y compris la restructuration liée à la COVID-19, les changements technologiques et le passage à une industrie de l'énergie verte.

Les économies inclusives nécessitent des politiques de redistribution et de pré-distribution qui garantissent que les gens gagnent un revenu équitable pour les services qu'ils fournissent par leur travail, et qui redistribuent également les revenus en fournissant des programmes publics et des infrastructures payés par un système d'imposition progressif.

Ce sont toutes des politiques que j’ai déjà mentionnées et elles ne sont que le début de la création d'une économie équitable, inclusive et résiliente qui répartit équitablement les bénéfices de l'activité économique entre toutes les personnes.

Il ne fait aucun doute que la population de Terre-Neuve-et-Labrador est résiliente. Mais la mise en œuvre des recommandations du rapport de l’équipe PERT créera des difficultés inutiles et aggravera la crise. M. Furey devrait plutôt se concentrer sur la construction d'une économie plus équitable pour tous.

Pour plus d'informations sur la croissance inclusive et une économie bâtie pour tous, visitez les sites: Peoplesrecovery.nl; rebatirenmieux.unifor.org et OECD.org/inclusivegrowth