La grande remise à zéro laisse tomber les travailleuses et travailleurs du pétrole, mais la transition équitable pourrait les faire progresser

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A Fair Reset: Big Reset Leaves Oil Workers in a Lurch, Just Transition Can Move them Forward
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Qu'est-ce que cela signifie d'aimer les travailleuses et travailleurs du pétrole de Terre-Neuve-et-Labrador à l'heure de la crise climatique et des transformations énergétiques mondiales? La réponse : si on les aime, il faut soutenir une transition équitable.

C'est un signal de « code rouge » pour l'humanité, alors que les conséquences de la crise climatique se font sentir dans le monde entier et chez nous. Si rien n'est fait, les gens souffriront de multiples façons, y compris les travailleuses et travailleurs du pétrole et du gaz. 

Comme les scientifiques nous en avertissent depuis des décennies, nos émissions réchauffent la planète et créent une catastrophe environnementale qui pourrait bien être sans retour. Le mois dernier encore, les scientifiques du monde entier nous ont à nouveau avertis, en des termes très clairs, que l'activité humaine est à l'origine de la crise climatique, avec des vagues de chaleur, des sécheresses, des incendies de forêt, des inondations, des tempêtes extrêmes et une élévation du niveau de la mer sans précédent.

Malheureusement, ils prédisent que le pire est à venir. En effet, la semaine dernière, plus de 200 périodiques spécialisés dans le domaine de la santé ont appelé les dirigeants politiques à mettre un terme à l'augmentation des émissions, car elles constituent « la plus grande menace pour la santé publique mondiale ».

Pourtant, malgré toutes les preuves scientifiques qui s'accumulent, le rapport « La grande remise à zéro » de Moya Greene n'aborde la crise climatique que du bout des lèvres. La transition proposée par Moya Greene s'apparente plutôt à une mascarade écologique. Elle recommande aux gouvernements de repenser les redevances, les exigences en matière de retombées locales et les réglementations environnementales pour favoriser la croissance du secteur pétrolier, afin de financer ensuite la décarbonisation. Mais cela revient à suivre un régime anticancéreux tout en fumant davantage de cigarettes, pour reprendre l'analogie de James Rowe. Au lieu de cela, nous devons agir immédiatement pour mettre en œuvre une transition juste qui nous éloigne du pétrole et nous mène vers une économie à faible émission de carbone et plus équitable.

En outre, malgré tous les discours sur la volonté de créer un avenir prospère, le rapport de Moya Greene laisse les travailleuses et travailleurs en plan, liés à une industrie en déclin et ne disposant que de peu de soutien pour transférer leurs compétences hautement techniques et transférables vers les emplois dans le domaine de l'énergie verte qui se profilent à l'horizon. 

De nouveaux mots en F pour un monde en crise climatique : combustibles fossiles

Il ne fait aucun doute que la combustion de combustibles fossiles alimente la crise climatique. Le dernier rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) indique que la combustion de combustibles fossiles – pétrole, gaz et charbon – est responsable d'environ 64 % des émissions mondiales depuis 1750, et de 86 % au cours de la dernière décennie. C’est pourquoi le secrétaire général des Nations unies a observé que ce rapport « doit sonner le glas du charbon et des combustibles fossiles, avant qu'ils ne détruisent notre planète ».

Comme le souligne le rapport du GIEC, « chaque tonne d'émissions de CO₂ contribue au réchauffement de la planète ». Et le secteur pétrolier de TNL en ajoute beaucoup. Ces dernières années, les sites de production en mer ont émis environ 2 millions de tonnes de gaz à effet de serre par an. Mais ce n'est qu'une fraction du total. Les émissions liées à la consommation des plus de 2 milliards de barils de pétrole produits en mer par TNL depuis 1997 approchent probablement le milliard de tonnes d'émissions.

Ainsi, même si Moya Greene, les représentants de l'industrie et certains dirigeants politiques peuvent prétendre que notre pétrole est « propre », « à faible teneur en carbone » ou « carboneutre », la réalité est que, quel que soit le pétrole produit dans les zones extracôtières de Terre-Neuve-et-Labrador, il est brûlé ailleurs, avec un coût climatique terrible.

Malgré cela, le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador promet d'augmenter la production, en visant le forage de 100 nouveaux puits d’exploration en mer d’ici 2030. L'ironie tragique est que c'est l'année où la communauté mondiale devrait réduire de moitié ses émissions pour avoir une chance de stabiliser le climat.

Terre-Neuve-et-Labrador a d'autres options, plus équitables, qui peuvent limiter la crise climatique, tout en faisant preuve d'amour et de respect envers les travailleuses et travailleurs du secteur pétrolier et gazier.

La transition verte représente la meilleure opportunité d'emploi de notre époque

De nombreux experts politiques ont souligné les énormes avantages économiques de la transition vers une économie d'énergie propre. L'automne dernier, Mark Carney, ancien gouverneur de la Banque du Canada, a souligné devant le secteur financier que cette transition est « la plus grande opportunité commerciale de notre époque ». C'est également une opportunité riche en emplois : l'Organisation internationale du travail estime que 24 millions d’emplois dans le secteur de l’énergie verte seront créés au cours de cette décennie grâce à la transition énergétique mondiale.

Les transitions énergétique et économique sont déjà en cours dans le monde entier et Terre-Neuve-et-Labrador est à la traîne. L’Union européenne a récemment approuvée un fonds de transition juste de 17,5 milliards d’euros pour soutenir les communautés les plus touchées par l'abandon des combustibles fossiles, dans le cadre de son plan de dépenses pour la relance après la COVID-19. Le président américain Biden s'est également engagé à verser 4 milliards de dollars pour accélérer la transformation de l'énergie propre dans l'ensemble de l'économie américaine.

Dans ces pays et bien d’autres, le changement climatique est désormais la pièce maîtresse de la reprise économique. Les gouvernements investissent dans les énergies renouvelables, dans de nouvelles lignes électriques pour acheminer l'énergie renouvelable, dans la construction de stations de recharge pour véhicules électriques, ainsi que dans la construction écologique et la modernisation des structures existantes pour les rendre plus efficaces sur le plan énergétique. Tout cela est fait pour rendre leurs économies plus durables, mais aussi pour créer des millions d'emplois bien rémunérés – des emplois auxquels les travailleuses et travailleurs du secteur pétrolier et gazier peuvent accéder grâce à une éducation, un développement des compétences et un soutien financier appropriés.

À quoi ressemblerait une transition juste pour Terre-Neuve-et-Labrador?

Que faut-il donc pour créer une transition qui permette de faire face à la crise climatique et d'aider les travailleuses et travailleurs à profiter des avantages de la transition énergétique mondiale?

Il faut que les gouvernements, à tous les niveaux, collaborent avec les organisations syndicales, les travailleuses et travailleurs, les communautés autochtones, les représentants de l'industrie, les collectivités locales et les organisations de la société civile pour:

  1. Soutenir les travailleuses et travailleurs dans leur transition des industries des combustibles fossiles vers des secteurs à faible émission de carbone en leur offrant des possibilités de recyclage (par le biais de la formation professionnelle et de l'enseignement postsecondaire universel). Veiller à ce que les travailleuses et travailleurs qui ne peuvent pas effectuer une transition bénéficient de protections sociales (soutien au revenu et aux prestations, transition vers la retraite et aide à la retraite anticipée).
  2. Développer un processus de planification inclusifs et transparent via des institutions démocratiques pour l'énergie propre. Plus que jamais, nous avons besoin de l'apport réel des travailleuses et travailleurs, des communautés et des experts scientifiques dans les politiques gouvernementales afin de garantir que personne ne soit laissé pour compte.
  3. Sur cette base, élaborer des plans pour assurer une transition rapide de notre économie et de notre marché du travail vers la création et l'utilisation d'énergies propres, l'amélioration de l'efficacité énergétique, l'expansion des transports publics verts et l'adoption d'autres solutions durables pour notre planète.
  4. Réorienter les milliards de dollars de subventions et de soutien aux combustibles fossiles vers la création massive d’emplois dans la rénovation des bâtiments, l'électrification des transports, la gestion et le recyclage des déchets.
  5. Accroître les investissements publics en faveur des infrastructures résilientes au changement climatique, comme les toits verts, les aires de stationnement vertes, les bassins de drainage naturels, ainsi que pour le réaménagement des infrastructures naturelles (comme les zones humides restaurées) et des terres exploitées (fossés à deux étages, bandes tampons le long des autoroutes et bassins d'inondation naturels).
  6. Respecter les communautés locales, en particulier les droits et la souveraineté des peuples autochtones. Il est essentiel de s'assurer que les efforts de transition juste respectent les droits et la souveraineté des peuples autochtones, en particulier leur droit au consentement libre, préalable et éclairé, conformément à la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones. 

Les Canadiens sont déjà confrontés à des incendies, des vagues de chaleur record, des inondations extrêmes et des ouragans. Et pourtant, cet été sera considéré comme l'un des plus frais et des plus calmes de notre vie. Le pire est à venir.

Alors maintenant, en tant que province qui a misé son développement économique sur une cause principale de cette crise, Terre-Neuve-et-Labrador doit tirer parti des compétences et de l'expérience que les travailleuses et travailleurs du secteur pétrolier et gazier ont acquises au fil des ans dans cette industrie et planifier une transition juste vers l'abandon du pétrole, une transition qui protégera et renforcera nos communautés et fournira de bons emplois qui ne mettront pas en danger l'avenir de nos enfants.

Dr. John Peters est chercheur au Centre interuniversitaire de recherche sur la mondialisation et le travail de l'Université de Montréal. Son nouveau livre, Jobs with Inequality: Financialization, Post-Democracy, and Labour Market Deregulation in Canada (University of Toronto Press), sera disponible en février 2022. @JPetersBluGreen

 Dr. Angela Carter est professeure agrégée au département de sciences politiques et à la Balsillie School of International Affairs de l'Université de Waterloo. Elle est l'auteure de Fossilized: Environmental Policy in Canada’s Petro-Provinces, lauréate du prix Donald Smiley 2021 pour le meilleur livre publié dans un domaine lié à l'étude du gouvernement et de la politique au Canada. @AngelaVCarter

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