Deux budgets provinciaux, deux visions

Partager
Main Image
Image
Message du président

Ce texte a été publié dans le Huffington Post le mercredi 20 avril 2016

Deux des provinces canadiennes qui dépendent fortement des recettes pétrolières réagissent complètement différemment à la chute du prix du pétrole.

Ces deux provinces ont déposé leur nouveau budget jeudi dernier. L’une d’elles veille sur ses citoyens en ces temps difficiles, alors que l’autre accentue la pression sur les plus durement frappés, au moment même où ils en ont le moins les moyens.

Je sais laquelle je préfère.

Le gouvernement néo-démocrate de Rachel Notley montre au reste du Canada, et à Terre-Neuve-et-Labrador en particulier, qu’il faut se serrer les coudes lorsque les temps sont durs. À l’autre bout du pays, le gouvernement libéral de Dwight Ball ne fait pas preuve de la même compassion en annonçant des hausses d’impôts et des compressions dans les services qui causeront du tort aux plus démunis.

L’Alberta inspire, mais pas Terre-Neuve-et-Labrador.

À vrai dire, l’Alberta entre dans la crise du prix du pétrole en meilleure santé économique que Terre-Neuve-et-Labrador, car elle n’a pratiquement aucune dette et affiche un taux de chômage inférieur. Par contre, ses recettes pétrolières ont chuté de 85 p. 100 depuis l’année dernière pour atteindre un creux inégalé en 40 ans.

Un gouvernement de droite aurait pu voir dans cette conjoncture une occasion de sabrer les dépenses et les services gouvernementaux pour tenter de retrouver la voie de la prospérité sur le dos des travailleurs, des familles à faible revenu, des malades et des aînés. Cela ne serait pas la première fois.

En revanche, le gouvernement Notley a choisi d’investir dans les habitants de sa province, car il sait pertinemment qu’il fera rouler l’économie s’il donne du travail aux Albertains. En faveur de la création d’emplois, du développement des infrastructures et des investissements ciblés, il rejette l’austérité.

Les emplois sont au cœur du budget de l’Alberta, que le gouvernement a d’ailleurs appelé « Plan d’emploi de l’Alberta ». Il affecte 250 millions de dollars à la création de 100 000 emplois projetés au cours des trois prochaines années, dont 25 millions de dollars à de nouvelles occasions d’apprentissage et de formation.

De plus, l’Alberta aidera les familles à faible revenu qui peinent à offrir à leurs enfants une bonne qualité de vie en leur versant des prestations pour enfant (mesure qui devrait toucher quelque 380 000 enfants) et en débloquant du financement pour améliorer les services de garde et les rendre plus abordables.

Comme la province entière souffre du faible prix du pétrole, il est rassurant de voir qu’un gouvernement tend la main aux familles les plus vulnérables, tout en investissant dans les infrastructures pour stimuler l’économie.

Si seulement on pouvait en dire autant du gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador!

La province enregistre une baisse similaire de recettes pétrolières. Les redevances pétrolières représentaient autrefois 30 p. 100 des revenus de la province. Elles ne se situent plus qu’à environ 7 p. 100. Il s’agit d’un coup dur, mais la réaction de la province est encore plus difficile à avaler.

La taxe sur l’essence a doublé pour s’établir à 33 cents, tandis que la taxe de vente harmonisée a augmenté de deux points pour s’établir à 15 p. 100. Les tarifs des traversiers provinciaux, sur lesquels de nombreux habitants comptent, ont également augmenté.

Entre-temps, des palais de justice ferment, des programmes de santé subissent des compressions et 10 projets d’infrastructures sont suspendus ou carrément annulés. Qui plus est, le budget prévoit la mise en œuvre d’une taxe de réduction du déficit à laquelle seront assujettis tous les travailleurs de la province.

Terre-Neuve-et-Labrador fait tout le contraire de l’Alberta, bien qu’elles fassent face au même problème, soit une diminution de leurs recettes pétrolières. Terre-Neuve-et-Labrador pige dans les poches de ses habitants au lieu de les remplir. Au lieu de stimuler davantage l’économie, elle tarit sa source de stimulation économique.

La mairesse de Burgeo, sur la côte ouest de l’île, affirme que le budget frappera de plein fouet les familles à faible revenu de sa collectivité, car leurs moyens financiers sont déjà limités. Le St. John’s Status of Women Council a indiqué que les fermetures de palais de justice mettront les femmes en danger en les privant d’accès à la justice. À l’occasion d’un rassemblement à St. John’s, une femme a décrit à quel point sa jeune famille allait avoir de la difficulté à honorer ses obligations hypothécaires à cause du nouveau budget.

En ces temps difficiles, le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador ne fait que compliquer la vie des travailleurs. Il suffit de tourner son regard vers l’autre bout du pays pour voir comment une autre province réagit à la même crise du pétrole : en offrant de l’aide dans les temps difficiles et en suscitant de l’espoir en l’avenir.

Rachel Notley a établi un modèle de compassion en ces moments difficiles, un modèle que d’autres devraient suivre, à commencer par Terre-Neuve-et-Labrador.