Des changements à la loi sur le financement électoral montrent que les conservateurs de l’Ontario sont inquiets

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Jerry Dias, Président national
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La dernière année a mis à nu les inégalités de notre société.

La COVID-19 a montré que les travailleuses et travailleurs qui luttent pour survivre en gagnant le salaire minimum, notamment les préposés aux services de soutien à la personne et les employés d’épicerie et d’entrepôt, et ceux du marché du travail à la demande sont non seulement essentiels, mais qu’ils se mettent aussi en danger pour assurer le fonctionnement de nos communautés pendant la pandémie.

Les familles de travailleuses et travailleurs de toute la province ont été forcées de faire des choix impossibles entre rester à la maison lorsqu’elles sont malades ou aller travailler et risquer de transmettre un virus mortel à leurs collègues.

À un peu plus d’un an des élections en Ontario, nous souhaiterions avoir l’occasion de faire entendre leur voix et d’utiliser les leçons apprises de la pandémie pour résoudre les problèmes systémiques qu’elle a mis au jour en élisant un gouvernement qui s’engage réellement à le faire.

Cependant, le gouvernement conservateur au pouvoir a présenté une nouvelle loi sur le financement électoral qui pourrait étouffer ce débat en amplifiant la voix des riches et en faisant taire celle des travailleuses et travailleurs.

La nouvelle loi doublerait la contribution politique personnelle permise de 1 500 à 3 000 $, une loi dont seuls les riches donateurs et leurs bénéficiaires pourront pleinement profiter.

Déjà, le Parti conservateur de l’Ontario compte non seulement le plus grand nombre de donateurs individuels (12 867 en 2019, par rapport à 7 828 pour le NPD et 5 205 pour les libéraux), mais aussi le plus grand nombre de particuliers qui donnent le montant maximum autorisé.

Il est donc logique que les conservateurs soient les plus susceptibles de profiter de l’augmentation du don maximum.

Parallèlement, la nouvelle loi limiterait grandement la voix des familles de travailleurs, qui doivent mettre en commun leurs ressources pour avoir une voix qui approche celle des riches bailleurs de fonds des conservateurs.

Pour ce faire, la loi limiterait le montant que les soi-disant groupes tiers, comme les syndicats, les groupes communautaires et les organismes sans but lucratif, peuvent dépenser au cours de l’année précédant une élection, alors qu’ils ne pouvaient le faire que pendant les six mois qui précèdent.

Le premier ministre Doug Ford sait exactement ce qu’il fait. Il s’agit d’une action claire contre des groupes comme Working Families, auquel Unifor est fier de contribuer parce que nous croyons qu’il est essentiel que les besoins des travailleuses et travailleurs soient au cœur de toute élection.

Une fois la pandémie derrière nous, nous aurons besoin d’entreprendre un vif débat sur les politiques de reconstruction de l’Ontario et du reste du Canada. Les travailleuses et travailleurs, ceux qui ont été en première ligne au cours de la dernière année et qui ont été les plus touchés par les ravages de la COVID-19, ont besoin et méritent de faire entendre leur voix.

Toutefois, cette nouvelle loi vise à mettre un frein à ce débat et à limiter la discussion sur des questions comme les congés de maladie payés et l’état des soins de longue durée.

La démocratie permet d’avoir ces discussions ouvertement et d’entendre tout le monde, et de décider ensuite des moyens d’aller de l’avant. Cependant, cette nouvelle loi étouffe cette discussion.

Soyons réalistes : les travailleuses et travailleurs ne donnent pas 1 500 $ aux campagnes politiques, encore moins 3 000 $. Les chiffres le démontrent. Alors que 6 % des donateurs conservateurs atteignent maintenant la maximum, seulement 1,9 % des donateurs libéraux et 1,2 % des donateurs au NPD le font.

Les travailleuses et travailleurs sont trop occupés à payer les factures pour faire des dons importants. Ils sont trop occupés à se demander s’ils ramèneront la COVID-19 à la maison. Ils sont stressés parce qu’ils se demandent s’ils recevront bientôt le vaccin.

Nous ne pouvons pas nous laisser distraire par des questions de vie ou de mort au point de ne pas remarquer ce détournement des lois électorales de la province au profit des conservateurs.

Le nouveau projet de loi va au-delà du financement et s’aventure sur un terrain inquiétant.

Il interdit aux groupes de défense des citoyens d’accepter des dons de mêmes personnes, d’utiliser la même agence de publicité pour leurs différentes campagnes, et même de parler entre eux des élections.

Pensez-y. Cette loi limiterait non seulement le montant que les groupes de défense des familles de travailleurs peuvent dépenser pour faire entendre leur voix, mais elle contrôlerait aussi à qui ils peuvent parler et même les agences de publicité auxquelles ils peuvent avoir recours.

Les syndicats partagent un objectif commun, soit celui d’améliorer la vie des familles de travailleurs. Mais en vertu de cette nouvelle loi, nous ne pourrons pas en discuter entre nous.

Il semble que ce gouvernement sache très bien que ses politiques devraient le faire chasser du pouvoir, et veuille réduire au silence ceux qui rappellent aux électeurs qu’il les a laissés tomber.