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Le 22 mars marque la Journée mondiale de l’eau, qui nous rappelle chaque année que l’accès à une eau potable sûre et propre est un droit de la personne fondamental et non un privilège.
L’essor fulgurant de l’intelligence artificielle (IA) ces dernières années a posé de nouveaux problèmes en matière de gestion des ressources en eau. Les gigantesques centres de données qui alimentent l’IA nécessitent d’énormes quantités d’eau pour refroidir le matériel informatique. Comment les gouvernements fédéral, provinciaux et municipaux déterminent-ils l’accès à l’eau potable pour certaines des entreprises technologiques les plus riches du monde et quelles sont les répercussions sur les priorités nationales existantes en matière d’eau?
La crise chez nous
À l’heure actuelle, 39 avis à long terme concernant la salubrité de l’eau potable restent en vigueur dans 37 communautés des Premières Nations au Canada. Certaines de ces communautés sont privées d’eau potable au robinet depuis plus de 25 ans. Des générations entières ont grandi sans pouvoir boire l’eau de leur propre robinet. À la fin de l’année 2025, les chefs autochtones ont qualifié cette situation de « scandale national » et ont fait pression sur le gouvernement fédéral pour qu’il accélère l’adoption d’une loi sur l’eau potable, qui a été reportée à plusieurs reprises.
Pendant ce temps, un rapport publié en janvier 2026 par la United Nations University a déclaré que le monde était entré dans une ère de « faillite mondiale de l’eau ». Le rapport prévient que de nombreux réseaux d’approvisionnement en eau ont été poussés au-delà du point de non-retour. Au Canada, cet avertissement devrait nous toucher de près.
La soif des géants de la technologie
Alors que les communautés luttent pour obtenir de l’eau potable, certaines des entreprises les plus riches du monde s’assurent l’accès à de vastes quantités d’eau municipale pour leurs centres de données d’IA.
Une enquête de la CBC menée à l’automne dernier a révélé qu’un seul centre de données Microsoft à Etobicoke avait été autorisé à consommer jusqu’à 1,2 milliard de litres d’eau par an, soit l’équivalent de 500 piscines olympiques. Une installation voisine à Vaughan devrait consommer 730 millions de litres par an. Selon l’International Energy Agency (Agence internationale de l’énergie), les centres de données ont consommé environ 140 milliards de litres d’eau pour leur refroidissement dans le monde en 2023 seulement, et ces chiffres ne feront qu’augmenter à mesure que l’utilisation de l’IA s’accélère.
Le gouvernement fédéral a réservé 700 millions de dollars pour attirer les investissements dans les centres de données, sans vraiment tenir compte de la consommation d’eau douce. Selon l’enquête de la CBC, le centre de données Amazon de Varennes, au Québec, fonctionne depuis 2018 sans compteur d’eau. Elle a également révélé qu’une installation Microsoft aux Pays-Bas consommait plus de quatre fois la quantité d’eau qui lui avait été allouée, alors que les habitants de la région étaient invités à réduire leur consommation.
Une ressource partagée, une responsabilité partagée
Le Canada accueille à bras ouverts les centres de données qui consomment des quantités impressionnantes d’eau potable, alors que 37 communautés des Premières Nations ne peuvent toujours pas boire l’eau du robinet en toute sécurité.
Peu importe où vous vivez, l’eau est essentielle à votre communauté et à votre subsistance.
Unifor estime que les gouvernements à tous les niveaux doivent prendre des mesures immédiates et concrètes pour remédier à ce déséquilibre :
- Le gouvernement fédéral doit tenir sa promesse d’éliminer tous les avis à long terme concernant la qualité de l’eau potable dans les communautés des Premières Nations.
- Les autorisations réglementaires accordées aux centres de données doivent inclure des exigences contraignantes et transparentes en matière d’utilisation de l’eau, notamment la publication de rapports, un contrôle indépendant et des limites applicables.
- Les administrations municipales doivent veiller à ce que les autorisations accordées aux centres de données ne se fassent pas au détriment des besoins en eau des résidents et des communautés, en particulier dans les régions sujettes à la sécheresse.
- Les communautés autochtones doivent donner leur consentement libre, préalable et éclairé avant toute allocation d’eau affectant leurs terres, leurs territoires et leurs ressources.
L’eau appartient à toutes et à tous. Ce n’est pas une marchandise que les entreprises les plus riches du monde peuvent consommer à leur guise pendant que des communautés en sont privées. Le rapport des Nations unies sur la faillite mondiale de l’eau indique clairement que l’époque où l’eau était considérée comme une ressource illimitée est révolue.