Dans le conflit avec la Co-op, l'entreprise ne peut pas s’en tirer à bon compte

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Par Jerry Dias, président national d’Unifor

À l'heure actuelle, tout le pays est au courant du lock-out qui dure depuis dix semaines à la raffinerie de la Federated Co-operatives Limited (FCL) à Regina. Ce que moins de gens savent, c’est l’étendue des efforts que l'entreprise a déployés pour le prolonger. Elle a habilement utilisé de nombreux avantages systémiques pour tenter de briser notre syndicat. La FCL s’en est tirée à maintes reprises. Il faut que cela cesse.

Le 5 décembre 2019, la FCL a mis en lock-out 730 membres de la section locale 594 d'Unifor après avoir renié sa promesse de maintenir les pensions des travailleurs en place.

Il convient de noter que ces pensions sont meilleures que celles dont bénéficient la plupart des Canadiennes et Canadiens, mais la plupart d'entre eux ne travaillent pas pour un employeur qui engrange chaque jour 3 millions de dollars de bénéfices.

Les membres d’Unifor sur la ligne de piquetage se battent contre un employeur tyrannique qui, grâce à des briseurs de grève légalisés, s’en est tiré pour tenter de faire fonctionner la raffinerie normalement, et sans doute de façon risquée, en utilisant une main-d'œuvre de remplacement aux qualifications douteuses.

La FCL s’en est tirée grâce à la police de Regina. Avant même que des injonctions ne soient émises, la police a pris sur elle de forcer les approvisionnements de la raffinerie à franchir les lignes de piquetage légales. Ils ont constamment fait monter la tension sur la ligne de piquetage avec des arrestations arbitraires, y compris la mienne.

Avec un accès libre aux briseurs de grève et une police locale agressive, il n'est pas étonnant que la FCL n'ait montré aucun intérêt pour des négociations de bonne foi. Tout le pont est empilé en sa faveur, il suffit d'attendre les travailleurs de la raffinerie et leurs familles pendant que le système fait le sale boulot pour eux.

Il faut mettre un terme à cette manipulation des entreprises. La balance doit être rééquilibrée afin que l'entreprise soit incitée à négocier réellement.

Le ministre du Travail de la Saskatchewan, Don Morgan, a nommé le réputé médiateur Vince Ready pour ramener la FCL et Unifor à la table de négociation. Bien que j'aie un grand respect pour M. Ready et que nous ayons l'intention de tout mettre en œuvre pour parvenir à un accord, je reste sceptique.

L'offre du ministre Morgan présente un défaut majeur, à savoir que le processus de médiation n'est pas contraignant. Une fois de plus, la FCL s’en est tirée.

Si les vingt jours de médiation prescrits ne débouchent pas sur un accord, Vince Ready préparera un rapport pour le gouvernement qu'il n'est pas tenu de rendre public. Nous serons de retour à la case départ, sauf que ce sera le 97e jour d'un lock-out amer et que l'entreprise n'aura toujours pas d'incitation à négocier.

Si la médiation échoue, le premier ministre Scott Moe doit légiférer sur l'arbitrage obligatoire. Cette mesure n'est pas sans précédent.

L'année dernière, le premier ministre Moe a présenté une motion d'urgence à l'Assemblée législative demandant au gouvernement fédéral de « mettre fin immédiatement à la grève du CN Rail par un arbitrage contraignant ».

Contrairement à l'empressement à utiliser la législation contre les travailleurs du CN Rail après seulement deux jours de grève, l'impasse avec la FCL est un cas évident de rupture des négociations sans fin en vue.

Avec tous les avantages systémiques que je décris ci-dessus, le PDG de la FCL, Scott Banda, a repoussé à plusieurs reprises les offres d'Unifor. La dernière fois que nous avons proposé à l'entreprise de réaliser des économies de 20 millions de dollars, Scott Banda a réagi en demandant des concessions encore plus importantes, notamment la suppression de nouveaux emplois.

Changer les modalités des négociations en cours de route n'est pas une voie vers un accord. C'est une voie qui mène à un conflit encore plus long. Le premier ministre devrait le comprendre.

Il existe un précédent récent pour guider le premier ministre Moe sur cette voie. En 2018, après un lock-out de 21 mois par le fabricant de pièces aéronautiques DJ Composites à Gander, Terre-Neuve, le premier ministre Dwight Ball a facilité un processus qui a finalement conduit la société à convenir d'un arbitrage contraignant.

Dans d'autres provinces canadiennes, la législation déclenche l'arbitrage obligatoire dans les longs litiges.

Au Manitoba, sous la direction du premier ministre conservateur Brian Pallister, la Loi sur les relations de travail prévoit l'arbitrage obligatoire après un conflit de plus de 60 jours.

Permettez-moi d'être clair : l'arbitrage ne devrait jamais être la première option dans le règlement des litiges. Toutefois, lorsque les litiges s'éternisent et qu'aucune solution n'est en vue, il est nécessaire de recourir à l'arbitrage pour mettre un terme à un conflit lorsqu'une ou plusieurs parties s'avèrent intraitables.

Unifor interpelle le premier ministre Moe à faire ce qui s'impose : cesser de laisser la FCL s'en tirer à bon compte. Si aucun accord ne peut être conclu avec le médiateur Vince Ready, il est temps de recourir à l'arbitrage obligatoire.