Corriger les normes laxistes en milieu de travail

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Article publié le lundi 25 janvier 2016 dans le Toronto Star

Objet : Les inspections-éclairs et l’éducation, éditorial du 21 janvier

Les inspections-éclairs et l’éducation, éditorial du 21 janvier

Bien que votre éditorial sur l'abus répandu des normes du travail révélé par les inspections du ministère du Travail décrive correctement les piètres conditions de travail auxquels sont confrontés de nombreux travailleurs, l’emphase que vous placez sur le besoin d'éduquer les employeurs est déplacée.

Par exemple, G4S Security est la plus grande entreprise privée de sécurité au monde avec 700 000 employés dans 125 pays. Le fait de suggérer qu’elle a besoin d’être « éduquée » pour respecter des normes de base du travail est absurde dans le contexte où la compagnie a sans doute une panoplie d’avocats et de gestionnaires des ressources humaines plus nombreuse que l’effectif complet de la division des normes du travail de l’Ontario.

Le manque de respect de l’entreprise à l’égard des lois du travail est bien documenté dans le compte rendu du sociologue James McCallum sur les pratiques de G4S dans différents pays. En réalité, le fait de suggérer une approche éducationnelle aux employeurs masque le fait qu’en raison des fortes activités de lobbying des employeurs, nous ne disposons pas d’un ensemble universel de droits minimum pour les travailleurs.

À la place, la loi est truffée d’un grand nombre d’exceptions où le gouvernement a fait fi du bien-être des travailleurs pour privilégier les intérêts des entreprises. Voici quelques exemples : les employeurs des travailleurs de la construction routière ont différentes règles concernant les heures de travail et les pauses. Les employeurs des travailleurs dans le secteur de soins à domicile ont des règles spéciales concernant les salaires ou les heures. Il est assez évident en consultant les « règles spéciales » du ministère du Travail que les exceptions sont pratiquement aussi étendues que les lois. Cette situation a mené à un ensemble complexe de règles que les employeurs peuvent facilement utiliser pour prétendre à la confusion.

Dans ce contexte, plutôt que de prôner l’éducation des employeurs, nous avons besoin de stratégies qui vont faire en sorte que tous les travailleurs en Ontario puissent compter sur un ensemble de normes minimales. Ce qui peut être accompli par des inspections proactives répandues pour que les employeurs sachent qu'ils ont peu de chance de fuir la loi, ou par des sanctions élevées lorsque les normes minimales du travail ne sont pas respectées. À l’heure actuelle, nous ne disposons ni de l’une ni de l’autre, ce qui permet aux employeurs de risquer de se faire prendre et de payer de petites sanctions le cas échéant.

Pour de grands employeurs comme G4S, les stratégies d’évitement sont une pratique courante. De rares inspections combinées à un processus lourd de dépôt de plaintes pour les travailleurs qui décident d’agir d’eux-mêmes mènent à un affaiblissement constant des conditions de travail pour les travailleurs en Ontario.

Kiran Mirchandani, professeure, Leadership, études supérieures et éducation des adultes, Institut d’études pédagogiques

Merci d’avoir publier les résultats d’une inspection-éclair récente du ministère du Travail sur les violations de la Loi sur les normes d’emploi. Le fait que 78 p. cent des employeurs ont violé la Loi révèle l'urgent besoin d'une réforme de la loi du travail en Ontario.

Le ministère diffusera bientôt un rapport intérimaire sur une telle réforme. Plusieurs intervenants, dont Unifor, ont déposé des mémoires au sujet des changements nécessaires. Les réformes doivent s’attaquer à la réalité évidente décrite dans notre article.

Il est clair que le système actuel basé sur le dépôt de plaintes ne fonctionne pas. Le fait de demander aux travailleurs de se tourner d’abord vers leur employeur pour faire une plainte va complètement à l’encontre des réalités en milieu de travail.

L’Ontario a besoin d’inspections proactives et de centres indépendants de défense des droits des travailleurs financés en partie par des sanctions imposées aux employeurs qui violent les lois. Alors que 52 p. cent des emplois de la GRT et de Hamilton sont désormais précaires, les travailleuses et travailleurs ont besoin d'être protégés.

Nous devons profiter de l’occasion qui se présente en ce moment pour corriger ce problème.

Katha Fortier, directrice régionale de l'Ontario, Unifor