Les travailleuses et travailleurs ainsi que les passagères et passagers paieront le prix de la privatisation des aéroports

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Le gouvernement fédéral prévoit de confier la gestion des principaux aéroports du Canada à des investisseurs à but lucratif. Ce sont les passagères et passagers ainsi que les travailleuses et travailleurs qui en feront les frais.

Les aéroports sont des infrastructures publiques essentielles. Leur raison d’être est de servir les personnes qui voyagent par avion et les collectivités, de favoriser les affaires et le tourisme, tout en procurant des emplois de qualité aux populations locales. La mission des investisseurs privés est, au contraire, de faire des profits. Ces profits devront bien provenir de quelque part, et ils seront générés, par exemple, par la hausse des redevances aéroportuaires, par la sous-traitance ou le transfert des contrats, ou par des réductions d’effectifs et, peut-être, par ces trois options.  

Les aéroports sont des monopoles. Si vous vivez à Montréal, Toronto, Calgary ou Vancouver, ou que vous expédiez des marchandises en provenance de ces villes, il n’y a pas d’alternative. C’est pourquoi les investisseurs privés, y compris les caisses de retraite canadiennes, feront la queue pour signer des ententes lucratives dans le but d’exploiter les aéroports en échange de flux de revenus stables.

Prenons l’exemple de l’aéroport Heathrow de Londres, connu pour ses hausses de frais exorbitantes et ses frais d’entretien excessifs, dont une bonne partie a été imposée pendant que la Caisse de dépôt et placement du Québec détenait une participation importante dans l’installation.

Afin d’augmenter leurs profits, les aéroports privés augmenteront les frais d’améliorations aéroportuaires et les tarifs de stationnement. Ils suivront également l’exemple des aéroports privatisés qui ont instauré de nouveaux frais pour faire des tâches courantes, comme déposer les passagères et passagers ou utiliser un chariot à bagages. Les voyageuses et voyageurs canadiens paient déjà trop cher pour leurs billets d’avion, et la privatisation ne fera qu’amplifier ce problème.

Les aéroports australiens ont été privatisés selon un modèle comparable à celui que propose le gouvernement. Le plafonnement des prix n’est pas resté longtemps en place. Une fois les tarifs déréglementés, l’aéroport de Perth a augmenté de plus de 60 %, au cours d’une décennie, les recettes qu’il percevait auprès des entreprises de transport aérien par passager.

Nous espérons que notre gouvernement aura appris quelque chose des résultats obtenus ailleurs dans le monde, et nous réclamons une réglementation rigoureuse. Mais la cupidité ne connaît pas de garde-fous. Les grandes entreprises et les investisseurs savent exactement comment exercer des pressions pour affaiblir et édulcorer les mesures de protection mises en place.

Nous sommes particulièrement préoccupés par le sort des milliers de travailleuses et de travailleurs, qu’ils soient employés directement par les autorités aéroportuaires ou par des sous-traitants, et sommes inquiets au sujet de ce qu’il adviendra de leurs conventions collectives. Aujourd’hui, ces travailleuses et travailleurs craignent énormément pour leur avenir.

La privatisation entraînera également de nouvelles préoccupations en matière de main-d’œuvre et de sécurité. Le dégivrage des aéronefs, l’entretien des pistes, le nettoyage et les autres services essentiels seront scrutés à la loupe dans le but de réduire les coûts au minimum, dans un secteur où les effectifs se trouvent déjà en situation de travail précaire et subissent des pressions constantes sur leurs salaires et leurs conditions de travail.

À titre d’exemple de cette volonté de maximiser les profits, l’aéroport de Sydney, en Australie, a réduit ses effectifs de 40 % dès l’expiration d’une « mesure de protection » temporaire contre les suppressions de postes.

Dans son analyse, le Congrès du travail du Canada montre que les autorités aéroportuaires sans but lucratif actuelles attirent déjà des capitaux privés et réinvestissent leurs surplus dans les infrastructures aéroportuaires. En outre, elles versent au gouvernement fédéral environ 525 millions de dollars par année sous forme de loyers pour les aéroports.

Certains espèrent probablement que la participation de caisses de retraite canadiennes conférera une aura de respectabilité et de confiance à ce projet de privatisation et de recyclage d’actifs.  Lorsque la volonté de générer des profits à partir des salaires différés des effectifs nuit à ces derniers et aux membres des collectivités, il est impératif de s’y opposer.

Il est possible d’améliorer la gestion des aéroports, mais la privatisation n’est pas la solution.

Avec un peu de recul, on constate une dernière question d’ordre général. Céder le contrôle direct des infrastructures stratégiques du transport ne cadre tout simplement pas avec l’objectif déclaré du gouvernement fédéral, qui est de bâtir une économie canadienne souveraine plus robuste et plus résiliente.  

Le projet du premier ministre Carney n’est pas la première tentative de privatisation des aéroports. D’autres projets ont déjà été envisagés. Aucun d’eux n’a réussi à décoller, et encore moins à convaincre la population. 
Il est temps de clouer au sol cette idée malavisée.

Lana Payne est la présidente nationale du syndicat Unifor, qui représente plus de 320 000 membres au Canada.

Mark Hancock est le président national du Syndicat canadien de la fonction publique, qui représente plus de 800 000 membres au Canada.