TRANSFORMER LA PEUR ET L'INCERTITUDE EN RIPOSTE : Les travailleuses et travailleurs du secteur forestier sous les feux de la rampe lors de la deuxième journée du Conseil canadien

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Samedi, les déléguées et délégués du Conseil canadien d’Unifor, réunis à Ottawa, se sont penchés sur le renforcement des sections locales, la promotion des priorités nationales en matière de négociation et la défense des travailleuses et travailleurs des secteurs confrontés à de profonds bouleversements économiques.

Le Conseil a abordé la crise croissante à laquelle sont confrontés les travailleurs et travailleuses du secteur forestier du Canada, qui compte près de 200 000 employées et employés, et où les fermetures d’usines, les baisses d’activité et les réductions d’effectifs ont dévasté des collectivités déjà touchées par les tarifs douaniers américains, la volatilité des marchés d’exportation et l’insuffisance des investissements.

« Les employeurs et les gouvernements ont maintes fois négligé d'investir suffisamment dans le secteur forestier », a déclaré Daniel Cloutier, directeur québécois d'Unifor.

« Or, il s’agit d’un secteur qui offre un énorme potentiel pour créer des emplois de qualité et soutenir des projets essentiels, notamment en matière de logement abordable. Malgré cela, les personnes au pouvoir ont préféré nous tourner le dos et abandonner les travailleuses et travailleurs ainsi que leurs collectivités. »

Stéphane Lefebvre, président du Conseil de la foresterie d’Unifor, qui est lui-même touché par la fermeture de son lieu de travail, a présenté ce jour-là au conseil une recommandation de la présidente nationale intitulée « Lutter pour l’avenir du secteur forestier du Canada », qui réclame une stratégie industrielle intégrée capable de transformer et de renforcer le secteur.

Dans la même journée, le Conseil a adopté cette recommandation ainsi qu’une autre recommandation de la présidente nationale intitulée : « Promouvoir des chaînes d’approvisionnement éthiques et des politiques en matière d’approvisionnement au Canada ».

« Nous allons organiser une Journée nationale d’action dans les collectivités forestières de tout le pays », a promis la présidente nationale d’Unifor, Lana Payne.

« Nous veillerons à ce que tout le monde [au Parlement] comprenne qu’il s’agit d’une crise. Nous continuerons jusqu’à ce que nous obtenions ce dont nous avons besoin pour soutenir les travailleuses et travailleurs forestiers dans chaque collectivité. Car nous avons besoin de ce secteur aujourd’hui, demain et dans 20 ans. Nous devons donc nous mobiliser toutes et tous ensemble pour le défendre. »

DES SECTIONS LOCALES FORTES

La deuxième journée s’est amorcée par une allocution du secrétaire-trésorier national d’Unifor, Len Poirier, qui a souligné que les travailleuses et travailleurs ont besoin d’un syndicat visible et engagé au quotidien, et pas seulement lors des négociations ou en période de crise.

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« Il ne peut y avoir de syndicat national sans des sections locales fortes », a déclaré M. Poirier.

« La majorité de nos membres ne vivent pas l'expérience d'Unifor au Conseil canadien. Ils la vivent au niveau de leur section locale. »

M. Poirier a exhorté les sections locales à représenter leurs membres et à communiquer avec eux, à accueillir les nouveaux membres et à former la prochaine génération de militantes et militants et de dirigeantes et dirigeants.

Il a également annoncé que près de 500 000 $ ont été recueillis par les sections locales et le syndicat national au profit des travailleuses et travailleurs en lock-out et en grève pendant le Conseil.

Le Conseil a entériné la recommandation du Conseil exécutif national concernant les représentantes et représentants au Conseil industriel, qui ont prêté serment.

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Le Conseil a entendu les interventions de trois directrices et directeur régionaux.

Dans son allocution, le directeur de la région de l’Ouest d'Unifor, Gavin McGarrigle, a lancé un appel en faveur d’un renforcement du pouvoir des travailleuses et travailleurs et d’une action gouvernementale visant à protéger les emplois syndiqués de qualité et les industries canadiennes.

Il a tiré la sonnette d’alarme concernant le secteur de la foresterie en Colombie-Britannique, citant entre autres la fermeture de l’usine Canfor de Northwood et l’arrêt des activités pour une durée indéterminée de Domtar à Howe Sound, des mesures qui touchent près de 700 membres d’Unifor.

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« Nous ne voulons pas de pensées, de prières ni de programmes de formation ponctuels, nous voulons des putains d’emplois », a-t-il affirmé avec virulence.

« Nous devons nous battre pour le secteur forestier, car si nous ne le faisons pas, personne ne le fera et il ne restera plus rien à défendre. »

M. McGarrigle a également critiqué la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, et le Parti conservateur uni de l’Alberta, affirmant qu’Unifor collabore avec d’autres syndicats dans le cadre de la coalition Labour Votes et prévoit de mener une campagne de membre à membre autour du référendum qui se tiendra en octobre en Alberta.

Amazon s’est imposé comme un véritable succès en matière de recrutement. M. McGarrigle a souligné la lutte pour la syndicalisation de l’entrepôt de l’entreprise à Delta, en Colombie-Britannique, le versement de plus d’un million de dollars de salaires rétroactifs aux travailleuses et travailleurs, ainsi que la conclusion d’une première convention collective grâce à l’arbitrage exécutoire.

« L’objectif n’a jamais été de se limiter à un seul entrepôt, mais bien de transformer un secteur d’activité et de changer la vie des gens tout en renforçant le pouvoir des travailleuses et des travailleurs », a-t-il déclaré.

« Nous affrontons les plus grands géants du monde et nous sortons vainqueurs. »

NOUS NE CÉDONS PAS ET NOUS NOUS SERRONS LES COUDES

La directrice de la région de l’Ontario d’Unifor, Samia Hashi, a déclaré que la réponse d’Unifor à la crise repose sur l’action collective.

Elle a reconnu et exprimé sa solidarité face à l’incertitude à laquelle sont confrontés les travailleuses et travailleurs dans le contexte de l’escalade de la guerre commerciale avec les États-Unis et des menaces qui pèsent sur les emplois dans les secteurs de l’automobile, de la foresterie, de l’acier et de l’aluminium.

« Nous avons également tous vu les travailleuses et travailleurs de l’Ontario et de tout le pays se mobiliser et transformer cette peur et cette incertitude en la riposte la plus importante et la mieux organisée que ce pays n’ait jamais connue pour protéger les emplois au Canada », a-t-elle affirmé.

Mme Hashi a également évoqué la crise des soins de santé en Ontario, dénonçant le manque de personnel dans les hôpitaux et l’épuisement professionnel des travailleuses et des travailleurs.

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« Nous avons porté notre campagne Les soins ne peuvent pas attendre directement au parc Queen's, pour exiger de véritables normes de dotation en personnel, des investissements sérieux et la fin de la privatisation insidieuse d'un bien public qui nous appartient à tous », a-t-elle ajouté.

« Nous avons demandé à rencontrer des députées et députés conservateurs. Savez-vous combien d’entre eux ont accepté cette rencontre? Deux. Nous avons donc décidé d’aller plus loin. Nous avons quitté les salles de réunion pour mener notre combat dans la rue. »

Mme Hashi a qualifié d'épidémie la violence entre partenaires intimes et a exhorté le gouvernement Ford à la reconnaître officiellement comme telle afin de dégager des ressources et des fonds et d'assurer la responsabilisation.

Elle a également rappelé le lock-out à Titan Tool & Die, qui a duré près d'un an, pour démontrer la nécessité d'une loi anti-briseurs de grève en Ontario.

« En juillet dernier, après onze mois, soit près d’une année passée sur la ligne de piquetage, nos membres de Titan ont enfin réussi à amener l’entreprise à la table de négociation et sont repartis avec les indemnités de départ et le respect qui leur étaient dus », a-t-elle déclaré.

« Titan Tool and Die est la preuve de ce qui arrive lorsqu’une entreprise pense pouvoir simplement ignorer son personnel et attendre que ses travailleuses et travailleurs se découragent. »

Mme Hashi s’est réjouie de l’essor du militantisme au sein de la communauté 2ELGBTQIA+ et des travailleuses et travailleurs autochtones et de couleur (TTAC), et a souligné la création du premier Comité des travailleuses et travailleurs noirs, autochtones et de couleur de la région d’Ottawa.

« Je me tenais dans cette salle lors de notre conférence des travailleuses et travailleurs autochtones et de couleur cette année et j’ai vu ce mouvement prendre une ampleur sans précédent. Ce n’est pas le fruit du hasard », a-t-elle déclaré.

« C’est le résultat de la décision prise par les membres, année après année, de ne pas attendre qu’on leur fasse une place à la table. Ils vont construire leur propre table et y ajouter davantage de chaises. »

« NON » EST UNE PHRASE COMPLÈTE

La directrice de la région de l’Atlantique d’Unifor, Jennifer Murray, a rassuré les membres du secteur forestier en leur rappelant qu’ils ne sont pas seuls. Elle a précisé aux déléguées et délégués que la véritable mesure du travail du syndicat ne se trouve pas dans les statistiques, mais dans la vie des travailleuses et travailleurs et des collectivités pour lesquelles il se bat.

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« La véritable histoire de notre syndicat réside dans ses membres. Elle s’écrit parmi les travailleuses et travailleurs qui se demandent s’ils auront encore un emploi le mois prochain. Elle s’écrit dans les familles qui s’efforcent de naviguer dans l’incertitude. On la trouve chez les membres aux prises avec des épreuves auxquelles ils ne s’attendaient pas. Cette histoire prend forme dans les communautés qui se battent pour préserver leur avenir », a-t-elle déclaré.

« Et elle se retrouve dans la solidarité qui émerge lorsque les travailleuses et travailleurs décident que personne ne mérite d’affronter seul ces difficultés. »

Mme Murray a cité l’exemple de 21 jeunes femmes de la Munro Academy, au Cap-Breton, qui sont entrées en grève lors de la négociation de leur première convention collective et ont obtenu la semaine de travail de 40 heures pour laquelle elles s'étaient battues.

Elle a également évoqué les laiteries Agropur, où un projet d'expansion permet de préserver 140 emplois syndiqués en Nouvelle-Écosse, et a rappelé la fermeture inattendue du site de Sussex et la perte de 40 emplois qui en a résulté.

Au terme d’une bataille de 10 ans, le projet de loi 148, une mesure législative contre les travailleuses et travailleurs, a été déclaré inconstitutionnel par la Cour suprême de la Nouvelle-Écosse. Le projet de loi 148 violait la Charte canadienne des droits et libertés, et privait les travailleuses et travailleurs de salaires et d’avantages sociaux qui leur revenaient de droit.

“« Cette victoire, qui a commencé avec Lana en première ligne, n’est pas le fruit du hasard. Elle est le résultat de la solidarité des travailleuses et travailleurs, qui ont fait entendre leur voix et refusé que leurs droits et leur dignité soient bafoués », a-t-elle déclaré. 

« Elle est le résultat de la lutte pour la justice menée par les membres d’Unifor, les militantes et militants ainsi que les alliées et alliés. Elle est la preuve que nous ne devons jamais nous résigner au statu quo. »

Mme Murray a conclu son discours en évoquant l’héritage du syndicat.​

« J’espère qu’ils raconteront l’histoire d’un syndicat qui était présent, d’un syndicat qui a écouté, d’un syndicat qui a lutté, d’un syndicat qui a refusé de laisser qui que ce soit derrière », a-t-elle affirmé.

« Et quand les gens avaient besoin de quelqu’un pour se battre à leurs côtés, Unifor était là. »

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PLUS DE DISCUSSIONS SUR LE PROGRAMME NATIONAL DE NÉGOCIATION COLLECTIVE

Les déléguées et délégués ont continué à faire part de leurs commentaires sur le programme national de négociation collective d’Unifor 2026-2029.

Ce programme, élaboré avec la contribution des membres de tout le pays, définit les priorités intersectorielles que les comités de négociation et les représentantes et représentants devront faire valoir lors des négociations au cours des trois prochaines années.