Fabriquer au Québec, un choix de société

Main Image
Image
White text that reads "Intimate partner violence is an epidemic" on a purple background
Partager

Par Daniel Cloutier, directeur québécois d'Unifor - Consultez la lettre publiée dans Le Devoir 

À l'aube d'une campagne électorale, le Québec traverse une tempête commerciale sans précédent. Depuis janvier 2025, nos usines encaissent un barrage d'attaques tarifaires venues de Washington : des droits sur le bois d'œuvre gonflés de 144 % pour la seule année 2025, des tarifs sectoriels atteignant 50 % sur l'aluminium, le cuivre et une liste sans cesse allongée de produits. 

Aujourd'hui, une nouvelle menace omnibus vise plus de 554 produits canadiens, en particulier nos productions à haute valeur ajoutée. Si elle se concrétise, jusqu'à 9 % de nos exportations pourraient être touchées, un choc de 7 milliards de dollars.

Soyons lucides. Le Québec est, de loin, la province la plus exposée. Derrière les moyennes canadiennes rassurantes se cache une réalité autrement plus préoccupante. Advenant l'application de cette salve, le fardeau tarifaire sur nos industries manufacturières serait près de deux fois plus lourd que la moyenne canadienne, et huit fois celui de l'Alberta.

À cette folie s'ajoute un effet pervers. Quand les portes des États-Unis se referment, les marchandises subventionnées d'Asie se déversent ailleurs, et le Canada devient un déversoir. On l'a vu récemment dans le meuble, avec des fermetures en rafale. Derrière ce dumping, une stratégie patiente qui élimine la concurrence pour mieux remonter les prix. Chez nous, le résultat porte un nom : des emplois qui disparaissent.

Depuis janvier 2026, près de 23 000 emplois en fabrication se sont évaporés au Québec, et ce n'est peut-être qu'un avant-goût. Prenons du recul. En 2000, le Québec comptait 650 000 emplois manufacturiers pour 7,3 millions d'habitants. Aujourd'hui, nous sommes plus de 9 millions, mais à peine 480 000 de ces emplois subsistent. Une chute de 35 % en un quart de siècle.

Est-ce un destin? Non. L'automatisation explique une partie de ce repli, mais rien ne nous oblige à laisser filer les ressources ainsi libérées : nous pouvons choisir de les réinvestir dans la fabrication avancée. Car chaque emploi manufacturier en soutient d'autres avec une intensité inégalée, le ratio le plus élevé de tous les secteurs. Et ce, sans compter son rôle moteur pour nos exportations, qui captent la richesse d'ailleurs pour la ramener ici et financer nos services publics. 

C'est cet équilibre entre ressources naturelles, savoir-faire manufacturier, services et un écosystème éducatif accessible qui a fondé la résilience économique du Québec. Le perdre serait une erreur historique.

Enfin, la fabrication est aussi le creuset historique du mouvement syndical, cette marée qui soulève tous les bateaux. C’est en bonne partie sur le plancher de ces usines que la lutte ouvrière pour la dignité et de meilleures conditions a pris racine. C’est aussi là que la solidarité entre travailleuses et travailleurs s’est exprimée et que quelque chose comme une classe moyenne est née. 

Le seul mérite de ce vent de face, c'est qu'il nous force à réfléchir. Depuis trop longtemps, nous naviguons à vue, au gré des cycles électoraux et des effets de mode. Cette approche réactive nous a menés dans un cul-de-sac et a miné la confiance des Québécoises et des Québécois en leurs propres moyens. Nous méritons mieux.

La politique industrielle n'est pas un chèque en blanc aux multinationales. C'est un outil pour reprendre le contrôle de notre développement, protéger nos actifs pendant la tempête et préparer l'éclaircie. C'est aussi un projet profondément démocratique, qui exige un vrai dialogue avec tous les partenaires, à commencer par les travailleuses et les travailleurs.

Voilà pourquoi nous demandons au prochain gouvernement deux engagements. À court terme, protéger notre écosystème manufacturier contre les attaques américaines. À moyen terme, développer notre fabrication par une politique industrielle intelligente et assumée, bâtie avec tous les partenaires sociaux.

L'avenir n'est pas une fatalité. C'est un choix. Faisons-le ensemble, et faisons-le maintenant.

620 motsd to be affected, representing a $7 billion hit.

Let’s be clear. Quebec is, by far, the most exposed province. Behind the reassuring Canadian averages lies a far more worrying reality. Should this round of tariffs be implemented, the burden on our manufacturing industries would be nearly twice as high as the Canadian average, and eight times that of Alberta.

And behind this madness lies a perverse effect. When the United States closes its doors, subsidized goods from Asia flow elsewhere and Canada becomes a dumping ground. We have seen this recently with the spate of closures in the furniture sector. Behind this dumping lies a patient strategy aimed at eliminating competition in order to drive up prices. Here at home, this has translated into the disappearance of jobs. 

 Since January 2026, nearly 23,000 manufacturing jobs have vanished in Quebec, and this may only be a foretaste of what lies ahead. Let’s take a step back. In 2000, Quebec had 650,000 manufacturing jobs for a population of 7.3 million. Today, our population stands at over 9 million, yet barely 480,000 of those jobs remain, representing a 35% decline in a quarter of a century.

Is this inevitable? No. Automation accounts for part of this decline, but there is no reason why we should let the resources freed up by automation slip away: we can choose to reinvest them in advanced manufacturing. For every manufacturing job supports multiple additional jobs, with the highest ratio of any sector. And that’s without even considering advanced manufacturing’s role as a driving force for our exports, which capture wealth from elsewhere to bring it back here, where it funds our public services. 

It is this balance between natural resources, manufacturing expertise, services and an accessible educational ecosystem that has underpinned Quebec’s economic resilience. To lose it would be a historic mistake.

Finally, manufacturing is also the historic birthplace of the labour movement – the tide that lifts all boats. It was largely on the shop floors of factories that the workers’ struggle for dignity and better conditions took root. It was also there that solidarity among workers found expression and that something akin to a middle class was born.

The only upside to the headwinds we are currently facing is that they have forced us to reflect. For too long, we have been flying blind, at the mercy of electoral cycles and passing fads. This reactive approach has led us into a dead end and undermined Quebecers’ confidence in our own abilities. We deserve better.

Industrial policy should not be a blank cheque for multinationals. It is a tool to regain control of our growth, protect our assets in times of turmoil and prepare for better days ahead. It is also a profoundly democratic undertaking that requires genuine dialogue with all partners, starting with workers.

That is why we are asking the next government to make two commitments. In the short term, to protect our manufacturing ecosystem from American attacks. And, in the medium term, to develop our manufacturing sector by adopting an intelligent and assertive industrial policy, developed in collaboration with all social partners.

The future is not a foregone conclusion. It’s a choice. Let’s make that choice together, and let’s do it today.

Media Contact

Véronique Figliuzzi

Représentante aux communications - Québec
Email