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Après plus d’un siècle, la production de whisky à Amherstburg, en Ontario, prend fin. La célèbre usine Crown Royal a fermé ses portes le 25 février alors que sa société mère Diageo a transféré aux États-Unis plus de 200 emplois occupés par des membres de la section locale 200 d’Unifor, un geste visant à apaiser Donald Trump. Au terme de 25 années de service, Doug Benekritis, président de la section locale 200 d’Unifor à Diageo, livre son dernier rapport, marquant ainsi la fin d’une époque pour les travailleuses et travailleurs, leurs familles et l’ensemble de la communauté.
Confrères, consœurs, amis et amis,
C’est avec une grande émotion que vous me voyez ici aujourd’hui, après 24 années passées en tant que fier membre de ce syndicat. La première fois que j’ai franchi les portes de cette usine, j’étais simplement à la recherche d’un emploi. J’y ai toutefois trouvé une famille.
Grâce à de bonnes conventions collectives et d’âpres négociations, à de longs quarts de travail et à des griefs parfois interminables, ce syndicat a été le pilier de notre lieu de travail. Face à l’incertitude, nous avons fait front commun. Si l’un d’entre nous éprouvait des difficultés, nous le ressentions tous. C’est cela, la solidarité : bien plus qu’un mot sur une bannière, c’est une action concrète, côte à côte.
La fermeture de notre usine est difficile. Elle est douloureuse. Pour bon nombre d’entre nous, c’était plus qu’un simple emploi, c’était 20, 30, parfois 40 ans de fierté, de routine et de raison d’être. Je tiens cependant à ce que les choses soient claires : une entreprise peut fermer une usine, mais elle ne peut pas fermer un syndicat. Cette force ne disparaît pas à la coupure du courant. Elle vit en chacun de vous.
Je tiens à remercier nos dirigeantes et nos dirigeants, passés et présents, pour les innombrables heures que vous avez consacrées à cette cause. Les réunions que personne ne voit. Les appels téléphoniques tard dans la nuit. Les combats à la table des négociations. Merci d’avoir protégé nos salaires, notre sécurité, notre dignité. Merci d’avoir fait en sorte que nous quittions cet endroit la tête haute.
Déléguées et délégués syndicaux et membres des comités, vous êtes le cœur de ce syndicat. Vous êtes celles et ceux qui se mobilisent au moment où il serait plus simple de se taire. Vous êtes la preuve que ce syndicat est efficace parce que ses membres le rendent efficace.
Aussi, aux membres plus jeunes et aux nouveaux venus : ce moment vous appartient.
Il ne suffit pas d’avoir une carte, il faut aussi assumer ses responsabilités. Joignez-vous à un comité. Devenez déléguée ou délégué syndical. Assistez aux réunions Posez des questions. Exigez la transparence. Apportez une nouvelle énergie et de nouvelles idées. L’avenir de ce syndicat n’est pas écrit par la voix la plus forte dans la salle, mais par les membres qui se manifestent.
Si cette fermeture nous enseigne quelque chose, c’est que la sécurité de l’emploi n’est pas garantie, mais que l’unité est puissante. Plus vous participez, plus ce syndicat devient fort. Votre voix compte. Votre participation compte.
Je quitte cet endroit avec fierté. Fierté du travail que nous avons accompli. Fierté des amitiés que nous avons nouées. Fierté d’avoir été à vos côtés pendant 24 ans.
Même si nous franchissons ces portes, nous ne tournons pas le dos à ce que nous avons bâti ensemble.
Restez unis. Restez mobilisés. Et n’oubliez jamais que la force d’un syndicat ne réside pas dans un bâtiment, mais dans ses membres.
Je vous remercie.