Le secteur canadien du raffinage : protégeons les emplois à Mississauga et l’approvisionnement national en huiles de base

Au Canada, toutes les machines industrielles et les activités de production à valeur ajoutée dépendent des lubrifiants et des graisses spécialisés pour fonctionner. Des camions de transport minier du nord de l’Ontario aux moissonneuses-batteuses qui récoltent les cultures dans la région des Prairies, en passant par les convoyeurs et les systèmes de conditionnement sûrs destinés aux consommateurs pour les produits alimentaires, les cosmétiques et les produits pharmaceutiques, ces produits permettent au Canada de continuer de fonctionner. Depuis 45 ans, les travailleuses et travailleurs au Centre de lubrifiants de Mississauga fournissent ces fluides essentiels.

Aujourd’hui, l’ensemble de cette chaîne d’approvisionnement nationale est menacé. Le géant américain de l’énergie HF Sinclair a annoncé son intention de fermer d’ici 2027 la seule raffinerie d’huiles de base à grande échelle du Canada, située à Mississauga.

Cette fermeture n’est pas attribuable à des pertes financières. Elle découle plutôt du fait qu’une entreprise étrangère souhaite réduire ses coûts, délocaliser la production à l’étranger et exporter les emplois au Canada afin de remplir les poches de ses actionnaires.

Que sont les huiles de base et pourquoi sont-elles importantes?

Vous ne voyez peut-être pas d’huiles de base au quotidien, mais sans elles, la vie moderne au Canada s’arrêterait. Les huiles de base constituent un ingrédient essentiel des huiles à moteur, des graisses pour la machinerie lourde, des lubrifiants pour les machines de transformation des aliments et des fluides de conditionnement pour les médicaments et les cosmétiques.

La raffinerie de Mississauga produit 15 600 barils par jour d’huiles de base haut de gamme, soit environ 2,5 millions de litres chaque jour. Seule installation de ce type au Canada, elle approvisionne les fabricants nationaux et exporte vers plus de 80 pays partout dans le monde.

Si cette installation ferme ses portes, le Canada perdra toute capacité nationale de raffinage de ses propres huiles de base. Chaque goutte nécessaire au fonctionnement de nos trains, camions, usines de transformation des aliments et équipements miniers devra être importée.

Usine rentable et négligence de l’entreprise : le modèle d’« exploitation jusqu’à défaillance »

Plutôt que de réinvestir ses bénéfices dans l’entretien de l’usine et la modernisation des équipements, HF Sinclair a appliqué une stratégie classique de type « exploitation jusqu’à défaillance », c’est-à-dire que l’entreprise a exploité les équipements jusqu’à l’obsolescence sans procéder aux mises à niveau nécessaires, encaissé les bénéfices, et s’est retirée lorsque des travaux d’entretien majeurs se sont imposés.

Son plan de restructuration prévoit désormais de confier en sous-traitance les travaux de raffinage en Corée du Sud et aux États-Unis, de renvoyer le produit fini au Canada et d’apposer l’étiquette de Lubrifiants Petro-Canada sur l’emballage.

Pire encore, HF Sinclair prévoit conserver son centre de recherche à Mississauga, ce qui signifie que les contribuables canadiens continueront de financer la recherche scientifique, alors que les usines étrangères récolteront les fruits de la fabrication et les bénéfices.

Conséquences pour la population canadienne

La fermeture de la seule raffinerie d’huiles de base du Canada a des répercussions bien au-delà d’un seul milieu de travail.

  • De bons emplois syndiqués disparaîtront : 150 travailleuses et travailleurs dévoués de l’usine risquent la mise à pied simplement parce qu’une entreprise américaine souhaite réduire ses coûts d’exploitation.
  • Une hausse des coûts dans l’ensemble de notre économie est prévue : les fabricants, les agriculteurs et les réseaux de transport canadiens seront contraints d’acheter des huiles importées à des prix internationaux volatils, rendant ainsi vulnérables les industries canadiennes à des flambées de prix.
  • Nous ne contrôlerons pas les chaînes d’approvisionnement : en cas de conflits commerciaux mondiaux ou de goulets d’étranglement dans le transport, le Canada ne disposera d’aucun approvisionnement national en lubrifiants pour assurer le fonctionnement des infrastructures essentielles.

Mesures à prendre maintenant

Les gouvernements canadiens ne peuvent pas rester les bras croisés pendant que des entreprises étrangères rachètent nos actifs industriels, en tirent des bénéfices et abandonnent les capacités de production nationales.

Unifor exhorte les gouvernements du Canada et de l’Ontario à prendre des mesures immédiates.

  1. Imposer un contenu national : Mettre en œuvre des règles de contenu national afin que les huiles de base et les graisses industrielles utilisées au Canada soient raffinées ici même, au Canada. Le contenu national est aussi un outil de lutte contre le changement climatique. Raffiner au Canada permet de réduire les émissions tout en diminuant notre dépendance aux entreprises étrangères puisque l’importation de carburants génère des émissions de carbone bien plus élevées que l’utilisation directe de produits pétroliers canadiens pour fabriquer des lubrifiants et des graisses.
  2. Désigner le Centre de lubrifiants de Mississauga comme infrastructure essentielle : Considérer le raffinage des huiles de base comme une industrie nationale essentielle qui ne peut pas être fermée au gré de la volonté des entreprises.
  3. Revoir les engagements en matière d’investissements étrangers : Faire respecter les engagements de bénéfices nets fixés en vertu de la Loi sur Investissement Canada, la loi fédérale qui examine les reprises étrangères d’entreprises canadiennes, lorsque des propriétaires étrangers ont acquis une installation donnée.
  4. Lier la recherche publique aux emplois au Canada : Cesser de permettre aux entreprises de bénéficier des fonds publics canadiens consacrés à la recherche alors qu’elles délocalisent la fabrication et la production.

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